Le Tribunal Russell pour la Palestine constate que Gaza est au bord d’un apartheid génocidaire.
Nelson Mandela a souvent déclaré que
« la Palestine était le plus grand problème moral de notre temps ».
Après avoir renversé le régime d’apartheid en 1994, il est allé plus
loin en disant : « Nous, les Sud-Africains ne pouvons pas nous
considérer comme libres sans que le peuple palestinien soit libre ».
Des millions d’entre nous en Afrique du Sud ont collectivement réagi
avec horreur face à l’horrible agression d’Israël sur la population de
Gaza au cours de ces 51 jours cauchemardesques de guerre, et face à la
cruauté continue en Cisjordanie. La poussière retombée, nous sommes
restés choqués au-delà de ce qui paraissait possible à la vue d’une
communauté de 1,8 million d’individus laissée en ruines : Khozaa,
Shujaiyya, Beit Hanoun... des familles et des quartiers entiers
disparus.
Selon les Nations Unies, 2131 Palestiniens ont été tués lors de
l’offensive d’Israël. Parmi ceux-ci 501 étaient des enfants, et 70 pour
cent d’entre eux avaient moins de 12 ans.
Le ministère de la Santé à Gaza a enregistré que 10 918 personnes ont
été blessées, dont 3312 enfants et 2120 femmes.
Selon les Nations
Unies, 244 écoles ont été bombardées et une a été utilisée comme base
militaire par des soldats israéliens. Al Mezan, l’organisation de
défense des droits humains, a documenté au moins 10 920 maisons
endommagées ou détruites, dont 2853 ont été complètement aplaties. Huit
hôpitaux - dont 6 sont aujourd’hui hors service - 46 locaux d’ONG, 50
bateaux de pêche, 161 mosquées et 244 véhicules ont également été
touchées.
Quatre-vingt pour cent des familles de Gaza n’ont aucun moyen de se
nourrir et sont dépendantes de l’aide. Les terres agricoles dans les
zones frontalières ont été imposées, par des tirs directs sur les
agriculteurs, comme des zones tampon qui s’étendent le long d’Israël.
Lorsque vous privez une population des moyens de vivre et de se
déplacer, quand les blessés ne peuvent pas accéder à des soins, quand
les exilés sont contraints de survivre dans des tentes de toile et que
tout cela se passe sous une attaque féroce par terre, mer et air, tandis
que la communauté regarde tranquillement Israël [commettre ses crimes]
tout en lui fournissant des armes - comment appelleriez-vous cela ?
« Le crime des crimes »
Pour la première fois en ce qui concerne Israël et ses « « actions à
Gaza », le Tribunal Russell sur la Palestine, dont je suis fier d’être
un membre du jury, a examiné le crime de génocide. Le professeur John
Dugard, un autre juriste du Tribunal explique : « Le crime de génocide
est le crime des crimes. Un grand soin doit être pris en compte pour son
étude. Néanmoins l’opération israélienne est d’une telle gravité que le
Tribunal Russell estime qu’il est nécessaire d’examiner si ce crime a
été commis ».
Les caractéristiques de ce crime comprennent les tueries, les lésions
corporelles graves ou les conditions d’existence devant entraîner la
destruction physique totale ou partielle d’un groupe national, ethnique,
racial ou religieux. Contrairement au crime contre l’humanité, ce crime
est infligé avec l’intention de détruire le groupe en tout ou en
partie. Ce que nous avons identifié lors de la présente session du
Tribunal est que nous sommes devant le cas d’un apartheid génocidaire,
d’une incitation au génocide, d’un danger réel et actuel, articulé à de
nombreux niveaux de la société israélienne, à la fois dans les médias
sociaux et traditionnels, les clubs de fans de football, parmi les
agents de police, les commentateurs des médias, les chefs religieux, les
législateurs, et les ministres du gouvernement.
Les habitants de l’Afrique du Sud, sauf pour une minorité de
sionistes et leurs affiliés, sont horrifiés. Nous avons connu
l’apartheid. Les combattants de la liberté parmi nous en visite dans les
territoires palestiniens occupés ont déclaré à l’unanimité « cela nous
rappelle l’apartheid, mais ce que nous voyons est bien pire ». Le
système d’apartheid en Afrique du Sud voulait faire travailler la
population noire à peu de frais au bénéfice de son économie et l’État
gardaient donc les Noirs en vie - même si c’était à peine. Mais il y
avait encore d’énormes similitudes avec l’apartheid israélien.
Comme en Israël, les gens « non-blancs » ou « non-Européens » (termes
de l’apartheid) ont été privés de l’égalité des droits et de la liberté
de mouvement. Les maisons qu’ils avaient dans les villes blanches
avaient été démolies et ils avaient été relégués dans des ghettos. Ils
subissaient les points de contrôle, les fouilles indignes, le
harcèlement constant et les exigences strictes de permis de travail. Si
vous aviez omis de présenter un permis et étiez dans une ville blanche,
vous alliez directement en prison. Toute résistance était accueillie
avec la répression policière, l’emprisonnement, la torture et parfois
des massacres comme le plus infâme à Sharpeville en 1960 où 69
manifestants pacifiques ont été tués. Cependant, aucun canton africain
(noir et blanc) ou bantoustan n’a jamais été bombardé du ciel ou attaqué
par des chars et de l’artillerie.
Au cours de ces tristes jours, les habitants de l’Afrique du Sud ont
appris les leçons de la lutte. Il fallait ne jamais céder à la
répression, mais continuer à résister. Se soumettre aurait signifié
valider et exonérer le système de l’oppresseur. Se laisser intimider ou
choquer par la répression punitive jusqu’à la soumission, aurait donné
l’occasion à l’oppresseur de prétendre que les opprimés étaient très
contents de leur sort. Il se serait alors vanté que ses « Noirs »
étaient mieux et plus heureux que ceux de l’Afrique indépendante.
Un devoir moral
Avec un tel héritage, nous avons bénéficié de la solidarité
internationale et du mouvement de boycott, de désinvestissement et de
sanctions (BDS) et nous savons notre devoir moral. Nous ne pouvons
tolérer une mise en question du droit du peuple palestinien à résister
par tous les moyens qu’il juge nécessaire. Nous rejetons les tentatives
d’assimiler la violence des deux côtés, comme si il pouvait y avoir la
parité entre le terrorisme d’État d’Israël et la résistance
palestinienne. Nous rejetons l’absurdité de qualifier de « terroriste »
la Résistance sous le motif qu’elle « creuse des tunnels ». Elle a assez
de raison de le faire comme nous l’avons fait parfois au cours de notre
lutte armée et comme l’ont fait les Juifs du ghetto de Varsovie dans
leur action courageuse lors du soulèvement de 1943 contre les nazis.
Nous comprenons aisément que ce sont précisément ces tunnels sur les
frontières de Gaza qui ont interrompu l’avance des forces terrestres
israéliennes et leur volonté d’’infliger encore plus de carnage.
Des manifestations de solidarité dans les villes autour de l’Afrique
du Sud (200 000 à Cape Town) ont appelé notre propre gouvernement ANC et
tous les gouvernements du monde à arrêter de jouer le jeu d’appeler les
deux parties à cesser la violence comme une condition préalable à un
cessez-le-feu et à des négociations. Nous allons avec certitude mettre
la pression sur le gouvernement pour qu’il mette en œuvre la campagne
BDS contre l’apartheid d’Israël, comme l’ANC a demandé à tous les
gouvernements de le faire au cours de notre lutte. Et il est inutile de
rétorquer que c’est la tâche de la société civile : c’est aux
gouvernements d’appliquer des sanctions et de veiller à leur mise en
œuvre par le secteur public et privé.
Les résultats du Tribunal Russel sur la Palestine (TRP) servent à
sensibiliser et mobiliser les gouvernements, les institutions, la
société civile et des mouvements de solidarité pour qu’ils appliquent
les tactiques et les politiques de la campagne de Boycott,
Désinvestissement et Sanctions. Le plus important a été l’enquête du TRP
sur la pratique israélienne de nettoyage ethnique et de ce que le
Tribunal Russell qualifie d’assassinats, de persécution et
d’extermination.
L’assaut barbare sur Gaza en juillet-août 2014 sera un des axes
principaux de notre campagne pour la responsabilité non seulement
d’Israël mais aussi des États tiers. Israël et ses complices ne doivent
pas rester impunis face à l’extermination d’un peuple. Nous devons
empêcher le crime de génocide d’avoir lieu.
Ce que nous avons vu à Gaza
en 2014 peut et se produira encore si le monde reste silencieux. Le
monde doit soutenir le peuple de Gaza, de la Cisjordanie, et les
réfugiés palestiniens. C’est pour le bien de la paix et de la justice
pour tous les êtres vivants sur la terre d’Israël/Palestine.
* Ronnie Kasrils a servi dans l’aile armée de l’ANC
depuis sa création en 1961 et a été vice-ministre sud-africain de la
Défense (1994-1999), Ministre des Eaux et Forêts (1999-2004) et Ministre
déléguée aux Services de renseignements (2004-2008). Il a pris sa
retraite mais il est resté actif dans les comités de solidarité avec la
Palestine.
http://www.aljazeera.com/indepth/op...
Traduction Info-Palestine.eu
Photo : EPA - Israël et ses complices ne doivent pas rester impunis, face à l’extermination d’un peuple, écrit Kasrils
Info Palestine


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