Les promoteurs du Traité Transatlantique prétendent qu’il favorisera la
transition énergétique. Cette affirmation découle d’une vison fantasmée
du capitalisme, qui voudrait faire croire qu’en laissant Areva, Exxon ou
Total s’entendre, la transition énergétique adviendra comme par magie.
Avant la grande mobilisation de samedi, analyse et déconstruction de ce
discours mensonger.
Pour les promoteurs du traité transatlantique, la libéralisation des
marchés de l’énergie entraînerait une baisse des prix qui serait
bénéfique au pouvoir d’achat des consommateurs et à la compétitivité des
industries. Elle permettrait également de diversifier les sources
d’approvisionnement en Europe en remplaçant notamment le gaz russe par
du gaz de schiste américain.
Enfin, en favorisant les échanges, le marché transatlantique
stimulerait l’innovation et permettrait le transfert de technologies, ce
qui bénéficierait au développement des énergies renouvelables et donc
favoriserait la transition énergétique.
Malheureusement, ces arguments, vantant les vertus de la
libéralisation comme une vérité objective, ne visent en réalité qu’à
conforter la place actuelle des multinationales de l’énergie.
Le contre-exemple britannique
Premièrement, la structure de production et de consommation de
l’énergie est fortement rigide et inerte. Car les coûts d’entrée y sont
élevés à cause des infrastructures nécessaires – on n’ouvre pas une
compagnie pétrolière comme on ouvre une épicerie – et la demande est
faiblement élastique aux prix – on ne change pas de voiture ou de
chauffage en fonction du prix de l’énergie.
Ces spécificités en font un secteur à tendance oligopolistique. Il
suffit de regarder les conséquences de la libéralisation du secteur de
l’énergie au Royaume-Uni en termes de tarification et de structure du
marché.
Alors même qu’elle était considérée par la Commission européenne
comme l’exemple à suivre, la libéralisation du marché de l’électricité
britannique a accouché d’un oligopole de six entreprises qui se
partagent le marché en absence de toute menace concurrentielle crédible.
(1) Évidemment, les prix de l’électricité, alors qu’ils étaient censés
baisser, ont augmenté.
On est loin des prévisions des experts de la Commission européenne
lors de la création du marché unique. L’ouverture du marché
transatlantique amènera probablement à une situation similaire avec un
nombre de majors relativement limité, et déjà connu, qui se partageront
les différents marchés sans que personne ne se lance dans une guerre des
prix.
Une vision enchantée - et trompeuse - de l’économie de marché
L’autre argument avancé est que les énergies renouvelables vont se
développer grâce aux innovations induites par les échanges et le
transfert de technologies. Encore une fois, cet enchaînement révèle une
vision enchantée de l’économie de marché.
La plupart des innovations ne sont pas nées du libéralisme
économique, elles sont le fruit de politiques publiques d’investissement
dans la recherche. Même Internet n’est pas le résultat du dynamisme des
entrepreneurs et n’aurait jamais existé sans les années de recherche
publique du Département de la défense américain.
De même, la transformation de la Corée du Sud, d’une économie
exportatrice de produits bas de gamme en une puissance mondiale dans les
secteurs de l’automobile ou de la sidérurgie, provient avant tout de
choix politiques et pas de mécanismes générés naturellement par le jeu
du marché.
D’ailleurs, il y a une dizaine d’années, certains économistes
avançaient qu’avec l’augmentation des prix du pétrole, la transition
énergétique s’enclencherait naturellement. L’idée de base était de dire
que le prix du pétrole en augmentant allait permettre aux énergies
renouvelables d’être plus rentables et donc de s’insérer dans le marché.
Encore une fois, l’histoire a démontré l’inverse, le prix du pétrole a
été multiplié par cinq en dix ans sans que les énergies renouvelables
prennent une place significative.
Areva et Total, chantres de la transition énergétique ? Vraiment ?
Sans volonté politique, il n’y aura pas de développement des énergies
renouvelables ni de fortes économies d’énergie. Certes, la politique
publique idéale n’a pas encore été trouvée. Mais il est certain qu’elle
doit promouvoir ces nouvelles énergies tout en encadrant la puissance
des compagnies énergétiques historiques.
Comment peut-on nous faire croire que des négociations entre Areva,
Exxon ou Total feront surgir une politique favorisant la transition
énergétique. Le traité transatlantique ne fera que renforcer leurs
positions déjà dominantes.
D’ailleurs, l’autre volet de TAFTA sur la
protection de l’investissement confirme ce constat car n’importe quelle
politique publique faisant la promotion d’une énergie particulière en
imposant des restrictions à une autre forme d’énergie (comme la
fermeture de Fessenheim ou l’interdiction de la fracturation
hydraulique) pourra être perçue comme une barrière au commerce, et les
entreprises concernées pourraient les contester auprès des tribunaux
arbitraux.
Note
1- Boroumand (Raphaël Homayoun), « La dame de fer, la main invisible et la fée électricité », Le Monde, 15 juillet 2013.
Thomas Porcher et Frédéric Farah sont les auteurs de TAFTA : l’accord du plus fort.
Thomas Porcher est docteur en économie, professeur associé à l’ESG-MS et chargé de cours à l’université Paris-Dauphine (twitter : @porcherthomas).
Frédéric Farah, professeur de sciences économiques et sociales et chargé de cours à l’université Paris-Sorbonne nouvelle (twitter : @fredericfarah).
Frédéric Farah, professeur de sciences économiques et sociales et chargé de cours à l’université Paris-Sorbonne nouvelle (twitter : @fredericfarah).
Dessin : Stop Tafta

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