Les dernières nouvelles de la célèbre Mer de glace
illustrent parfaitement les menaces de chômage qui pèsent sur le métier
de glaciologue.
L’attraction alpine qui permet aux touristes d’aller
frissonner sans risque et en train à 1400 mètres d’altitude, non loin de
Chamonix, a perdu près de trois mètres d’épaisseur sur toute sa surface
depuis un an. Soit trois fois plus que les années précédentes mais
autant qu’au cours des premières années du XXI° siècle. Le cancer
climatique qui ronge cette attraction touristique surveillé par le
Laboratoire de glaciologie de Grenoble continue donc de provoquer un
amaigrissement de 120 mètres sur l’épaisseur et plus de deux kilomètres
sur la longueur depuis 1905 du glacier. Il est donc entré dans sa phase
terminale et ne pourra pas être sauvé par la COP 21. Surtout si, comme
le représentant des Etats Unis vient de l’annoncer, son pays refuse à
l’avance de tout accord contraignant…
L’ingénieur de recherche, Christian Vincent,
surveillant la langue de glace qui se termine de plus en plus haut dans
la montagne, explique qu’à réchauffement climatique constant (version
très optimiste…) tous les glaciers alpins situés en-dessous de 3500
mètres auront donc disparu avant la fin du siècle. En France et dans le
reste de l’Europe.
S’il ne s’agissait que d’un folklore touristique très juteux pour la
société qui exploite cette attraction et ses produits dérivés, on
enterrerait sans le moindre chagrin la Mer de glace jonchée de détritus
touristique et de débris plastique. Mais sa fonte fait partie des
indicateurs que les spécialistes répertorient partout dans le monde.
Pour explorer de plus en plus difficilement et dangereusement, comme le
raconte la revue Nature parue il y a quelques jours dans
l’article « Les glaciologues sur la corde raide », ils doivent monter de
plus en plus haut dans les massifs montagneux ou prendre de plus en
plus de risques sur les banquises fondantes pour ausculter les mémoires
de ces amas glaciaires.
Cette disparition des glaciers qui touche l’Europe,
l’Asie, l’Islande, le continent américain ou l’Inde a deux conséquences
graves. D’abord cette évolution va rapidement priver les glaciologues de
l’outil de référence qui leur sert à évaluer les changements de
l’atmosphère. Ensuite, et surtout, la disparition de ces glaciers de
montagne prive d’eau des centaines de millions de petits agriculteurs.

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