Le racisme historique que nous autres Européens reconnaissons
aujourd’hui, et dont nous savons qu’il a nourri le colonialisme
occidental, n’est pas une chose qui appartient au passé.
Un article dans la publication australienne « New Matilda » met le
doigt sur la véritable question des attaques perpétrées à Paris – un
point dont personne n’a envie de parler.
Ce que ressentent en ce moment les Occidentaux est une indignation
puissante et très sélective qui s’identifie aux souffrances de gens
« comme nous ». Nous pleurons les morts à Paris sans même avoir prêté
attention sur ceux qui avaient été tués au Liban la veille, plus que probablement par les mêmes fanatiques qui ont lancé les attaques en France.
Beaucoup d’Occidentaux préfèrent écarter ce genre de remarques d’un
« ça n’a rien à voir ... ». C’est naturel, disent-ils, de s’occuper
davantage des gens que nous connaissons ou qui nous ressemblent. Cette
réaction instinctive est peut-être réconfortante, mais elle est
précisément le problème.
Après tout, qu’est-ce qui conditionne notre indignation sélective
sinon une compassion sélective ? Mais c’est notre compassion sélective
en tout premier lieu qui nous a mis dans ce gâchis. En tant
qu’Européens, nous nous sommes toujours vus comme pleinement humains,
mais nous avons vu ceux du moyen-Orient et le reste du monde en général
comme légèrement moins qu’humains, et pas tout à fait dignes de notre
sympathie.
Ce sont des sentiments de ce genre qui ont permis à l’Europe de coloniser, d’abuser et d’exploiter les gens à peau foncée.
Le racisme
historique que nous autres Européens ne reconnaissons que trop bien
aujourd’hui, et dont nous savons qu’il a nourri le colonialisme
occidental, n’est pas une chose du passé. Il est toujours bien vivant
tout au fond de nos âmes. Là où autrefois nous ressentions « le fardeau de l’homme blanc », nous ressentons maintenant son indignation.
Les deux choses reposent sur la même arrogance et sur la même
imputation de qualités moins humaines à ceux que nous voyons comme
différents de nous.
Nous sommes toujours en train d’essayer de civiliser les peaux
foncées. Nous pensons toujours que nous avons le droit de les changer,
de les plier à notre volonté, de les améliorer par la force. Nous
voulons toujours leur faire la leçon, les condamner, les menacer,
rejeter leurs élections, armer leurs chefs oppresseurs, piller leurs
ressources.
Et après avoir détruit leurs sociétés, nous attendons d’être capables
de leur fermer nos frontières quand ils entreprennent des voyages
désespérés pour trouver un peu de paix, un peu de sécurité loin des
zones de guerre en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et ailleurs,
que nous avons soit créées directement soit soutenues par notre argent
et nos armes.
Notre racisme n’a pas changé. Il est vivant et crée chaque jour de nouvelles justifications pour notre sélective compassion.
Ce qui a changé c’est que les avancées technologiques ont rendu les
armes de mort et de destruction plus faciles et moins coûteuses à
acquérir. Ceux que jadis nous opprimions en toute impunité, loin de nos
foyers, hors de vue, peuvent à présent nous trouver et nous faire goûter
nos propres remèdes.
Si nous voulons stopper les attaques et éviter de transformer nos
sociétés en ces dictatures oppressives que nous avons soutenues un peu
partout dans le monde, alors nous devons cesser d’intervenir de piller,
de manipuler et d’abuser. Et nous devons commencer par refuser de nous
permettre de nous identifier davantage aux victimes de Paris qu’à celles
de Beyrouth. Si nous étions vraiment aussi civilisés que nous le
croyons, nous comprendrions que les deux méritent également notre
compassion.
* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de
journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en
poste permanent en Israël (Nazareth). Ses derniers livres sont :
« Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake
the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s
Experiments in Human Despair » (Zed Books). Voici l’adresse de son
site : http://www.jonathan-cook.net
Photo : Beyrouth, jeudi 12 novembre 2015 (Stringer Reuters)
Info Palestine

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