01/04/1960 : 150 prisonniers algériens utilisés comme cobayes humains lors du second essai nucléaire français à Reggane.
René Vautier est mort le 4 janvier 2015.
Résistant à 15 ans, il fut, avec pour seule arme sa caméra, engagé sa vie durant contre le colonialisme et les injustices ; emprisonné dès son premier film à 21 ans ; censuré comme nul autre réalisateur français ne le fut.
Résistant à 15 ans, il fut, avec pour seule arme sa caméra, engagé sa vie durant contre le colonialisme et les injustices ; emprisonné dès son premier film à 21 ans ; censuré comme nul autre réalisateur français ne le fut.
Lui qui avait des liens si forts avec
l’Algérie s’était fait l’écho d’un témoignage terrible qui, jusqu’ici
n’a pas été évoqué dans la presse française. Il est temps de le faire.
Cela
se passe au CSEM (Centre Saharien d’Expérimentation Militaire) situé à
Reggane, à 700 km au sud de Colomb Bechar. Les tirs sont effectués à
Hamoudia, à une cinquantaine de km au sud-ouest de Reggane. Le premier
avril 1960 a lieu le second essai nucléaire français, sous le nom de
code “Gerboise blanche”. La bombe dégagea environ 4 kilotonnes.
Le
tir a été l’occasion d’étudier la résistance des matériels militaires
(avions, véhicules, parties de navires...) à une explosion nucléaire.
L’armée française a mené des essais sur des rats, des lapins et des chèvres.
Des exercices militaires en ambiance « post-explosion » ont été réalisés. Ils commencèrent vingt minutes après les tirs.
Mais
environ 150 hommes vivants furent aussi exposés aux effets de la bombe,
ligotés à des poteaux, à environ 1 km de l’épicentre.
Nous
sommes en pleine guerre d’Algérie, cette guerre qui a fait plusieurs
centaines de milliers de victimes algériennes, militaires et surtout
civiles. Beaucoup de victimes meurent torturées. Pour le colonialisme
français et son armée, la vie des algériens ne vaut pas cher à
l’époque...
René Vautier, avait monté son film “Algérie en
flammes”, tourné dans les maquis algériens dans les studios de la DEFA
(Deutsche Film-Aktiengesellschaft) en RDA.
Karl Gass, réalisateur documentariste à la D.E.FA. avait recueilli le témoignage d’un légionnaire français d’origine allemande affectés à la base de Reggane.
Karl Gass, réalisateur documentariste à la D.E.FA. avait recueilli le témoignage d’un légionnaire français d’origine allemande affectés à la base de Reggane.
Le témoin affirmait avoir reçu , juste avant
l’explosion, l’ordre de récupérer dans des prisons et des camps de
concentration, 150 Algériens qui devaient être utilisés comme cobayes à
proximité du point zéro. Il déclarait les avoir fait venir, les avoir
remis à ses supérieurs hiérarchiques, et ne les avoir jamais revus. Ce
légionnaire a été affecté ailleurs en 1961.
M. Mostefa Khiati,
médecin à l’hôpital d’El Harrach et M. Chennafi, enlevé avec cinq de
ses amis de Staouéli (ouest d’Alger) à Reggane où ils devaient
travailler, confirment ce témoignage (voir encadré “Ce que disent les
Algériens”).
En Algérie, la presse et les médias algériens, la
Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, des juristes, des médecins
évoquent ces questions.
Le 14 février 2007, le quotidien Le Figaro
cite une réponse à l’interpellation des Algériens. Elle est faite par
le responsable de la communication du ministère de la Défense,
Jean-François Bureau : " Il n’y a jamais eu d’exposition délibérée des
populations locales ". Il s’agit, selon lui, d’une légende entretenue
par la photo d’une dépouille irradiée exposée dans un musée d’Alger.
"Seuls des cadavres ont été utilisés pour évaluer les effets de la
bombe", ajoute-t-il.
Mais alors, quels sont ces cadavres ? D’où
venaient-ils ? Quelles étaient les causes des décès ? Où sont les
documents tirant les enseignements de leur exposition à la bombe ? Et
surtout, peut-on sérieusement croire qu’en pleine guerre d’Algérie,
l’armée française pouvait transporter des cadavres sur des centaines de
km pour des essais “éthiques” alors qu’elle torturait et tuait
quotidiennement civils et combattants algériens ?
Qui peut croire,
aussi, qu’un pouvoir qui se dote à grands frais d’une arme nouvelle, qui
fera l’essentiel de ses forces, va s’abstenir d’en faire l’essai
jusqu’au bout ? La logique “technique” à défaut d’être humaine, c’est de
la tester “en vraie grandeur” c’est à dire sur des êtres humains
vivants ... Tous l’ont fait : lisez, pays par pays, l’ encadré à ce
sujet.
Pourtant, il n’y a pas eu de scandale d’Etat à la hauteur de ce fait qui relève du crime contre l’humanité.
Le
fait que le FLN avait accepté, dans le cadre d’"annexes secrètes", que
la France puisse utiliser des sites sahariens pour des essais
nucléaires, chimiques et balistiques pendant quatre années
supplémentaires a sans doute créé des conditions propices à ce silence
officiel...
En effet, ces essais se sont poursuivis dans les
conditions de mise en danger des populations locales et des
travailleurs algériens sur les sites contaminés, le pouvoir algérien ne
souhaitait sans doute pas voir ce dossier sensible resurgir.
Derrière elle, l’armée française a laissé des poubelles nucléaires à peine ensablées
(voir L’Humanité du 21/02/2007), des populations victimes de multiples cancers, des nappes phréatiques radioactives.
(voir L’Humanité du 21/02/2007), des populations victimes de multiples cancers, des nappes phréatiques radioactives.
Mais
elle laisse aussi le souvenir, mieux caché pour l’instant, d’une
épouvantable expérimentation effectuée sur des êtres humains vivants.
Merci à René Vautier pour avoir tenté, durant des années, de lever la chape de plomb sur ce crime.
À présent les bouches et les archives doivent s’ouvrir.
Comme
la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, exigeons l’ouverture compète
des archives militaires sur les essais nucléaires dans le sud du Sahara
(algérien) dans les années 1960 à 1966.
Demandons aux nombreux
militaires et civils français et algériens qui ont servi sur la base de
Reggane et ont pu être témoins direct ou recueillir des témoignages de
dire ce qu’ils savent.
Que la France officielle reconnaisse aujourd’hui le crime.
À défaut de pouvoir le réparer, qu’elle prenne ses responsabilités pour
atténuer les conséquences de ses essais nucléaires sur les population
algériennes :
- La réhabilitation des sites d’essais nucléaires, conformément à la législation internationale.
- La
création d’une structure de santé spécialisée dans le traitement des
maladies cancéreuses causées par la radioactivité. La mise en place d’un
registre du cancer dans les régions d’Adrar, Tamanrasset et Béchar.
- La
prise en charge totale des malades.
- La création d’un pôle
d’observation des différents sites ayant servi aux essais nucléaires
comme ce fut le cas pour l’Angleterre et ses sites en Australie.
Auteur : Nicolas Pluet, militant communiste et ami de René Vautier.
Sources et éléments pour des encadrés éventuels complétant le texte principal.
Eléments pour un encadré sur
Ce que disent les algériens
Du côté algérien, des
recherches ont été faites dans les années 2000 et résumées ainsi par
l’avocate Me Fatima Ben Braham : « L’étude iconographique, de certaines
de ces photos, nous a permis de constater que la position des soi-disant
mannequins ressemblait étrangement à des corps humains enveloppés de
vêtements. A côté de cela, nombre d’Algériens détenus dans l’ouest du
pays et condamnés à mort par les tribunaux spéciaux des forces armées
[français] nous ont apporté des témoignages édifiants. Certains
condamnés à mort n’ont pas été exécutés dans les prisons, mais ils
avaient été transférés pour ne plus réapparaître. Ils avaient, selon
eux, été livrés à l’armée. Après consultation des registres des
exécutions judiciaires, il n’apparaît aucune trace de leur exécution et
encore moins de leur libération. Le même sort a été réservé à d’autres
personnes ayant été internées dans des camps de concentration. »
Après
des recherches, l’avocate a retrouvé une séquence des informations
télévisées montrant un combattant mort sur une civière entièrement
brûlé, ainsi commentée : « Et voilà le résultat de la bombe atomique sur
un rebelle ».
De plus, une étude minutieuse des photos de mannequins,
et particulièrement une, où plusieurs corps (5 environ) étaient exposés,
indique que les mannequins auraient une forte ressemblance à des corps
humains.
Elle a alors réuni un groupe de médecins et de médecins
légistes à l’effet de faire le rapprochement des corps exposés avec de
véritables corps humains dans la même position (tête, bras, jambes,
bassin, buste, etc.)
Les résultats ont été concluants : il s’agit bien
de corps humains (même le poids a été déterminé) et leur mort était
certaine.
En 2005, la question a été posée aux autorités françaises qui
ont d’abord répondu qu’il s’agissait uniquement de mannequins et de rien
d’autre, pour tester les habillements face aux essais.
Après
insistance des Algériens, les autorités françaises ont rétorqué que
« s’il y avait des corps à la place des mannequins, il faut se rassurer
que les corps étaient sans vie ».
Lors
d’un documentaire, réalisé par Saïd Eulmi et diffusé à l’ouverture du
colloque, il a été rapporté que des prisonniers de guerre avaient été
utilisés comme cobayes lors des essais. Des images de corps humains
calcinés accrochés à des poteaux ont été montrées. « Les corps de ces
martyrs (...) ont été retrouvés durcis comme du plastique », a souligné
Mostefa Khiati, médecin à l’hôpital d’El Harrach. « Les conventions de
Genève ont été violées. Il s’agit de crimes de guerre », a estimé
Abdelmadjid Chikhi, directeur des archives nationales.
Source : Metaoui Fayçal, El Wattan
Le
témoignage de M. Chennafi, « un sexagénaire, enlevé avec cinq de ses
amis de Staouéli (ouest d’Alger) à Reggane où ils devaient travailler
jour et nuit et préparer l’installation de la bombe nucléaire : « Après
l’explosion de cette bombe, les victimes étaient parties en fumée. Même
les ossements ont disparu ». Plusieurs militaires et médecins Français
ont confirmé l’utilisation par l’armée française d’habitants de la
région ou de Ghardaia afin de "tester l’effet des radiations" sur eux.
Ces derniers ont été placés dans les lieux servant de théâtre des
opérations sans protection aucune. Les survivants n’ont bénéficié
d’aucun traitement contre les radiations nucléaires par la suite.
Source : Planète non violence (webzine)
Ligue Algérienne des Droits de l’Homme
La
LADDH pense que l’exposition directe, par la France, de prisonniers
dans l’expérience nucléaires constitue “une flagrante violation de la
convention de Genève relative aux prisonniers de guerre et à leur
traitement.
Le FLN a accepté, dans le cadre d’"annexes secrètes",
que la France puisse utiliser des sites sahariens pour des essais
nucléaires, chimiques et balistiques pendant cinq années
supplémentaires. Onze essais se sont ainsi déroulés après l’Indépendance
du 5 Juillet 1962 et ce, jusqu’en février 1966.
La LADDH est porteuse d’exigences vis à vis de la France (voir article principal).
Eléments pour un encadré sur :
Radiations imposées.
Même les militaires n’étaient pas protégés.
Si
l’on compare avec ce qui a été fait en Polynésie pour la protection des
populations – des blockhaus pour Tureia qui se trouve à 110 km de
Mururoa et des « abris de prévoyance » sommaires pour les Gambier, Reao
et Pukarua, dans le Sahara algérien, les précautions prises pour la
protection des personnels militaires et des habitants des palmeraies
voisines ont été très sommaires, voire inexistantes.
Quelques documents estampillés « secret » permettent d’avoir une idée du mépris des autorités militaires à l’égard de leurs hommes. on peut constater que pour les populations sahariennes de Reggane (environ 40 km d’Hammoudia) et quelques palmeraies encore plus proches des points zéro, la protection était nulle. Aucun abri ou autre bâtiment n’a été construit pour ces populations, tout aussi bien que pour les personnels militaires de la base de Reggane Plateau ou les quelques dizaines de militaires et civils qui restaient sur la base d’Hammoudia pendant les tirs.
Quelques documents estampillés « secret » permettent d’avoir une idée du mépris des autorités militaires à l’égard de leurs hommes. on peut constater que pour les populations sahariennes de Reggane (environ 40 km d’Hammoudia) et quelques palmeraies encore plus proches des points zéro, la protection était nulle. Aucun abri ou autre bâtiment n’a été construit pour ces populations, tout aussi bien que pour les personnels militaires de la base de Reggane Plateau ou les quelques dizaines de militaires et civils qui restaient sur la base d’Hammoudia pendant les tirs.
A
Reggane au Sahara, à moins de 5 km de l’explosion, on donnait des
lunettes noires aux soldats pour se protéger les yeux. Mais ils étaient
en short et chemisette.
Des retombées à plus 3 000 km, des conséquences sanitaires terribles.
Outre dans tout le Sahara algérien, les retombées radioactives ont été enregistrées jusqu’à plus de 3000 km du site (Ouagadougou, Bamako, Abidjan, Dakar, Khartoum, etc.).
Outre dans tout le Sahara algérien, les retombées radioactives ont été enregistrées jusqu’à plus de 3000 km du site (Ouagadougou, Bamako, Abidjan, Dakar, Khartoum, etc.).
24 000 civils et militaires ont
été utilisés dans ces explosions, sans compter l’exposition aux
radiations de toute la population de la région.
À Reggane où les
essais ont été atmosphériques et ont couvert une vaste zone non
protégée, selon les médecins l’exposition aux radiations ionisantes
provoque plus 20 types de cancer (cancers du sein, de la tyroïde, du
poumon, du foie, du côlon, des os, etc.).
Les leucémies dépassent de manière sensible la moyenne dans la région. Des malformations touchent aussi bien les adultes que les enfants, les nouveaux nés et les les fœtus. On constate également une baisse de fertilité des adultes. Des cas de cécité sont dus à l’observation des explosions. À Reggane le nombre de malades mentaux est très important. Des familles entières sont affectées, sans parler des lésions de la peau, des stigmates physiques et des paralysies partielles, ainsi que d’autres phénomènes sur lesquels les médecins n’arrivent pas à mettre de mots.
Les leucémies dépassent de manière sensible la moyenne dans la région. Des malformations touchent aussi bien les adultes que les enfants, les nouveaux nés et les les fœtus. On constate également une baisse de fertilité des adultes. Des cas de cécité sont dus à l’observation des explosions. À Reggane le nombre de malades mentaux est très important. Des familles entières sont affectées, sans parler des lésions de la peau, des stigmates physiques et des paralysies partielles, ainsi que d’autres phénomènes sur lesquels les médecins n’arrivent pas à mettre de mots.
Le bilan des décès causés par les maladies radio-induites
ne cesse de s’alourdir à Tamanrasset. Au total 20 cancéreux, entre
femmes, hommes et enfants, sont morts en juillet dernier, s’alarme Ibba
Boubakeur en 201447, secrétaire général de l’Association des victimes
des essais nucléaires à In Eker (Aven), Taourirt.
« Nous avons
assisté à l’enterrement d’enfants amputés de leurs membres inférieurs et
de femmes à la fleur de l’âge. Le pire, c’est qu’aucune de ces victimes
ne possède un dossier médical, hormis les quelques certificats délivrés
par les médecins exerçant dans la région », se plaint-il. 52 ans après
cette tragédie que la France ne veut toujours pas réparer.
« On ne
peut pas avoir le nombre exact de victimes. En 2010, un recensement
partiel faisant état d’un peu plus de 500 victimes a été réalisé dans
les localités relevant uniquement de la commune de Tamanrasset, à savoir
Inzaouen, Ifak, Toufdet, Tahifet, Indalak, Izarnen, Outoul et Tit. Nous
y avons constaté beaucoup de maladies, des avortements, des
malformations et toutes les formes de cancer ».
Selon une étude
réalisée par des experts, 21,28% des femmes de cette région sont
atteintes de cancer du sein et 10,13% du cancer de la thyroïde.
Sources :
Ligue Algérienne des Droits de l’Homme. http://www.lematindz.net/news/15070-essais-nucleaires-en-algerie-la-la...
http://www.djazairess.com/fr/elwatan/60683 Le jour d’Algérie » du 13/02/2007
Eléments pour un encadré sur :
Essais humains : la France n’est pas la seule. ( Suite en cliquant sur le lien du Grand Soir )

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