De temps à autre, tout particulièrement
quand approchent des élections, comme des spasmes, des ministres, le
Chef de l’Etat courent dans une cité populaire, dans une « banlieue »
comme ils disent, avec des dizaines de caméras à leurs trousses pour que
nul n’en ignore. Le mieux serait qu’ils y vivent.
Cela leur éviterait
ces voyages en terres exotiques. Peut-être comprendraient-ils ce qu’est
vivre avec des loyers trop élevés pour des salaires trop bas ou pas de
salaire du tout, des ascenseurs trop souvent en panne quand il faut
remonter les courses, des transports surchargés, le service public qui
ferme ou est délaissé, et autour de soi, le chômage de masse aussi élevé
qu’en Grèce avec une précarité qui se rapproche de celle des Allemands
ou des Anglais. Dans ces quartiers où le sentiment d’abandon est fort,
on compte trois fois plus de personnes en situation de pauvreté que dans
l’ensemble du territoire. L’échec scolaire y est massif. Il se combine
avec de terribles a priori sur les jeunes qui y vivent, aggravant encore
leurs difficultés pour être embauchés à cause précisément du lieu où
ils habitent ou des consonances de leur nom ou de leur prénom.
On ne peut pas dire qu’il n’y eut aucun
effort de rénovation urbaine. On estime que 40 milliards d’euros y ont
été investis dans un travail commun de l’Etat et des communes. La
physionomie de bien des cités a réellement changé. Les projets de
rénovation ont permis de les requalifier et de les transformer. Ceci est
utile. Le cadre de vie des habitants s’y améliore. Mais cela ne saurait
suffire. Notons que l’on reste loin de la mixité sociale annoncée. Les
difficultés sociales ne se dissolvent pas dans le béton.
Les discriminations spatiales, sociales
et raciales, les violences et particulièrement la violence sociale
s’amplifient. Le droit à la République pour tous, celle, authentique de
l’égalité, de la liberté, de la fraternité s’y amenuise.
Les quartiers populaires restent des
lieux où l’égalité républicaine n’est pas la réalité. La
désindustrialisation a fait disparaitre les anciennes banlieues
ouvrières et a profondément déstabilisé l’ensemble de la vie sociale des
cités avec un chômage massif et une précarisation des vies. Les flux de
population y sont devenus importants et permanents. Une sorte de
ghettoïsation a pu s’installer ici et là. Pourquoi d’ailleurs
appelle-t-on ces périphéries des « banlieues » si ce n’est pour signifier
qu’elles sont réellement des « lieux » mis au « banc » de la ville
principale, qui, pour les dirigeants de l’Etat, restent trop souvent des
sujets «périphériques».
Les enjeux y sont encore plus humains et
plus politiques. En effet, la relégation spatiale se double de la
relégation sociale et humaine. Comment les populations de ces quartiers
et de ces villes ne se sentiraient-elles pas humiliées, déconsidérées,
suspectées alors qu’elles ont été ciblées par un ensemble de choix des
pouvoirs successifs ? Il en est ainsi de la création sous la droite
sarkozyste d’un ministère de l’identité nationale confinant au racisme
d’Etat, du refus réitéré d’octroyer le droit de vote aux étrangers, de
l’enterrement de la procédure du récépissé de contrôle d’identité.
Contribuent au sentiment d’exclusion de bon nombre de jeunes français,
les violences policières et les contrôles permanents au faciès,
l’ambiance sécuritaire, la transformation par certains de la loi
«laïcité» pour faire croire qu’elle est un rejet de l’islam, la
discussion d’une loi portant sur les bienfaits de la colonisation. Sans
omettre les interdictions à l’été 2014 des manifestations contre
l’offensive guerrière israélienne tout comme le refus de reconnaitre
l’Etat de Palestine.
Rien ne changera si la question du
respect et de la dignité de chacune et de chacun ne devient pas
l’objectif à atteindre. Si celle de la possible reconquête économique,
sociale, culturelle, démocratique n’irrigue pas l’intervention publique à
tous les niveaux. La loi de l’argent-roi commande à réduire les dépenses sociales et publiques. La réduction des crédits aux communes, ainsi qu’aux associations conduit à amenuiser sans cesse la satisfaction des besoins sociaux, éducatifs et culturels.
Il y a donc tant de choses à changer
pour que dans ces quartiers renaisse un espoir trop souvent absent. Mais
leurs habitants sont ceux qui, en apparence paradoxalement,
s’apprêteraient à être les moins nombreux à se faire entendre lors des
prochaines élections régionales ou à exprimer leur colère en accordant
leurs suffrages aux candidats de l’intolérance, du racisme et de
l’exclusion. S’il en est ainsi, c’est qu’ils ont perdu confiance dans
des formations politiques qui se succèdent au pouvoir depuis tant
d’années sans que rien ne change pour eux, leurs familles et leurs
proches. Ne pas aller voter reviendrait automatiquement à survaloriser
le poids de l’extrême-droite. Voter à droite reviendrait à réclamer un
renforcement de l’austérité et des inégalités dans les régions, tout en
favorisant sa conquête du pouvoir central. Choisir le Parti socialiste
serait perçu comme un encouragement à poursuivre une politique
gouvernementale dont la majorité des électeurs de François Hollande ne
veut plus. Il reste à faire le choix de listes authentiquement de
gauche, porteuses de projets transformateurs sociaux, écologiques
démocratiques et culturels dans les régions, comme à l’échelle du pays
et de l’Union européenne. Animées d’une démarche qui associe les
populations à leur élaboration et à la mise en œuvre des décisions. Des
listes qui, en toute occasion, choisiront, le rassemblement pour barrer
la route à la droite et à l’extrême droite et qui ouvriront la voie à
des politiques visant le « mieux vivre » pour chacune et chacun. Des
listes qui ont pour ambition de faire des régions, non seulement des
boucliers contre l’austérité, mais qui utiliseront leurs moyens pour
créer les conditions d’une sécurité des parcours professionnels et la
formation pour toutes et tous, ainsi que l’impulsion du développement
culturel. Bref, des listes qui redonneront leurs lettres de noblesse à
la gauche et à la politique.

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