dimanche 14 février 2016

Nouveau gouvernement : on ne va pas s’ennuyer !

guignol-et-le-noel-surprise_format_626x331.jpgGilles Devers   

Comme le gouvernement ne gouverne plus, ayant perdu tout contact avec la société réelle, il faut au moins souhaiter qu’il  nous offre un bon spectacle, et de ce point de vue, la nouvelle équipe ne devrait pas nous décevoir.

D’abord, la place des femmes. Ils nous ont gavé pendant quatre ans avec le « principe d’égalité » pour vanter le mariage pour tous et stigmatiser les musulmans avec leur soi-disante arriération, ce alors que les autres religions et écoles de pensée sont carrément à la ramasse. Et quel bilan après quatre ans de « principe d’égalité » ? Tous les postes importants sont tenus par des mecs : président de la République, secrétaire général de l’Élysée, les cinq ministères importants – affaires étrangères, défense, justice, police, économie –, président de l’Assemblée nationale, président du Sénat, président du Conseil constitutionnel, président de la Cour de cassation et président du Conseil d’État. Pour les questions sérieuses, ça ne rigole pas. Royal et Guigou se voyaient aux Affaires étrangères, mais c’est réservé à un mec, donc Ayrault. La méritoire Lebranchu a été dégagée en une minute, parce qu’elle avait osé critiquer le cumul de fonctions de Le Drian. Et comme il fallait faire une place pour l’extrêmement important président des Radicaux de Gauche et du groupe de presse La Dépêche du Midi, Lebranchu saute. Pour ce qui est du droit des femmes (50% de la population, et des retards endémiques, à commencer par le salaire), il n’est plus question d’un ministère autonome. Les femmes retrouvent le rayon couche-culotte, dans un ministère d’abord dédié à la famille et aux enfants. Et comme il faut parvenir à l’égalité arithmétique, on bombarde les secrétaires d’État ésotériques : droit des victimes (auprès du premier ministre et non pas du ministre de la Justice), biodiversité et « égalité réelle »… Celui-là, il fallait le trouver !
- Mais mince, il nous faut une autre black pour compenser le départ de l’icône !
- Oh purée, heureusement que tu t’en es aperçu. Mais qui trouver ? On n'a personne.
- Si, tu vas voir. On va demander à la puissante Geoffroy et elle va accepter.
Dis, Geoffroy, tu as un budget ? Et l’autorité sur des personnes, des services ? Tu as un projet de loi ? Allez, fais nous rire…
Ensuite, les combines du premier secrétaire du Parti socialiste. Comme Hulot et Aubry n’avaient pas voulu monter sur le Titanic, on s’est rabattu sur le second choix, Cosse et Ayrault. Cosse reprend le ministère délaissé par Duflot, après que Pinel et El Blanco aient dézingué la loi Duflot sur le logement. Et comme le calendrier législatif est saturé, Cosse ne fera rien d’autre que d’appliquer la loi Pinel. Tout ceci pour faire exploser ce qui reste d’EELV et bloquer la candidature de Duflot. Duflot veut être candidate, mais à moins de 5 %, il n’y a pas de remboursement… De quoi calmer les grands destins nationaux ! Les amis d’EELV sont fumaces, et d’ici quelques jours, on va voir ressortir les tweets incendiaires de Cosse sur Hollande… Et notre Ayrault, dégagé du gouvernement par le travail de sape d’El Blanco, qui revient se placer sous les ordres d’El Blanco deux ans plus tard. Une force de caractère et un tempérament de guerrier qui vont impressionner sur le plan international…
À suivre (1), le dossier COP21 que trois personnes revendiquent, alors que cet accord mité, conclu au conditionnel, déjà torpillé aux États-Unis, est une authentique plaisanterie. Fabius veut garder un bureau Quai d’Orsay et le contrôle du dossier, parce qu’il vise rien de moins que le prix Nobel de la paix ! Royal, qui rêvait du Quai d’Orsay, s’est vu refiler en lot de consolation la compétence sur le climat international. Et Ayrault va bien sûr revendiquer d’exercer pleinement ses fonctions diplomatiques. Un petit match à trois qui à coup sûr sera distrayant.  
À suivre (2), la géniale déchéance de nationalité. Le projet de Hollande est passé de justesse à l’Assemblée nationale, mais il va se fracasser au Sénat qui ne veut pas entendre parler d’apatridie, et le texte repartira l’Assemblée. À venir, des mois de débats englués, pour une réforme de la Constitution qui ne se fera pas, ce qui sera un échec cuisant pour Hollande. Ce alors que Cosse et Ayrault se sont mis en avant pour s’opposer à ce projet… il y a quelques semaines de ça, ignorant qu’ils seraient appelés ministres. Non, on ne va pas s’ennuyer...
Et à suivre (3), le nouveau gag de Hollande, à savoir le référendum local pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le projet chouchou de Ayrault. Pour que la puissance intellectuelle Cosse – ingérable – entre au gouvernement, Hollande a inventé de remettre l’avenir de l’aéroport un référendum local. Excellente idée… à ceci près qu’il n’existe aucun cadre juridique pour soumettre un programme d’État, qui a déjà été décidé, un référendum local… Et comment définir le territoire de ce « local » ? Pour tenir ce référendum, il faudrait donc voter une loi en urgence… Mais le délai est très court avant les présidentielles, alors on parle d’une ordonnance… Mais en quoi cette ordonnance serait-elle crédible si elle ne concerne que l’aéroport de Notre-Dame des Landes, alors que tant d’autres projets inutiles heurtent les populations locales ? Bref, le référendum, c’est pas pour demain ! Les occupants vont pouvoir reprendre leurs actions protestataires, et les partisans vont engager des recours contre l’État qui n’assume pas ses décisions… avec la Région, à Droite, qui va faire monter la pression.

Bien des tracas, mais il était tellement important que Madame Cosse devienne ministre du logement…

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