Une étude juridique publiée par Yesh Din décrit les récents efforts du
gouvernement pour légaliser une centaine d'avant-postes édifiés, sans
autorisation officielle et en violation du droit international, sur le
territoire palestinien.
L'État d'Israël, qui a promis en 2003 de s'opposer à la construction
de nouvelles colonies mais aussi de démanteler près d'une trentaine
d'avant-postes édifiés sans son autorisation en Cisjordanie occupée,
reviendrait-il sur ses engagements? C'est en tout cas le point de vue
défendu par l'ONG Yesh Din, qui a mené une revue détaillée des
politiques publiques en la matière et publie ce vendredi un rapport sévère.
« Depuis environ quatre ans, la majorité au pouvoir cherche clairement à
imposer un nouveau cadre juridique dans le but d'autoriser les
implantations illégales de manière rétroactive », dénonce Ziv Stahl,
l'auteur de l'étude. Selon le décompte qu'elle a établi, treize
avant-postes ont d'ores et déjà été « blanchis » a posteriori et une
quinzaine d'autres seraient en voie de régularisation. Dans le même
temps, seules quatre implantations ont été évacuées par les autorités.
80% des colonies illégales établies sur des terres privées
Outre
les 123 colonies « officielles », qui ont été édifiées en violation du
droit international mais bénéficient d'une autorisation des autorités
israéliennes, une centaine d'avant-postes prospèrent depuis plusieurs
décennies dans la plus stricte illégalité. Établis au cœur de la
Cisjordanie, ils créent une discontinuité entre les zones de peuplement
palestinien et compliquent la mise en œuvre de la solution des deux
États. Selon une recherche conduite par l'ONG La paix maintenant, 80% de
ces implantations sont établies - totalement ou en partie - sur des
terres privées appartenant à des Palestiniens. Elles hébergent quelque
10 000 résidents qui n'ont nullement l'intention de se laisser évacuer,
et dont les représentants pressent le gouvernement de pérenniser la
présence.
C'est dans ce contexte, selon Yesh Din, que la droite
nationale promeut une analyse juridique compatible avec le maintien,
voire la légalisation de ces avant-postes. Elle se fonde sur le rapport
rédigé en 2012 par une commission de trois juristes siégeant sous la
présidence du juge Edmund Levy. Chargés par Benyamin Nétanyahou
d'examiner le statut légal des colonies juives de Cisjordanie, ces
experts parvinrent à des conclusions diamétralement opposées à celles
communément retenues par la communauté internationale. Jugeant que le
droit de l'occupation ne s'applique pas sur ce territoire, ils
estimèrent en particulier que le gouvernement israélien est parfaitement
fondé à y établir des colonies de peuplement, et l'invitèrent dès lors à
supprimer les obstacles juridiques à leur développement.
« Cette doctrine affiche un tel
mépris du droit international que le gouvernement n'a pas osé la
reprendre officiellement à son compte, indique Ziv Stahl, mais ça n'a
empêché la majorité au pouvoir d'en promouvoir insidieusement les
principales recommandations. » Concrètement, l'État s'est engagé dans une
politique de légalisation qui a déjà bénéficié à une trentaine
d'avant-postes. Parallèlement, des députés du Likoud ou du Foyer juif
militent sans relâche pour l'adoption de plusieurs mesures qui visent
manifestement à « blanchir » les colonies illégales. Ils réclament
notamment un texte de loi qui permettrait d'exproprier, moyennant
indemnisation, les propriétaires palestiniens de terres sur lesquelles
celles-ci sont établies. Ils souhaitent par ailleurs qu'un tribunal
militaire spécialisé soit institué en Cisjordanie pour arbitrer les
querelles foncières, afin de court-circuiter la Cour suprême dont les
arrêts sont souvent jugés trop sévères par les colons.
De plus en
plus, cette interprétation du droit international se traduit également
dans la diplomatie publique israélienne. Depuis novembre 2015,
l'enseignement dispensé aux futurs diplomates par le ministère des
affaires étrangères intègre ainsi un module dans lequel ils apprennent à
défendre la « légalité » des colonies en Cisjordanie et à soutenir l'idée
qu'il ne s'agit pas d'un territoire occupé.
« Par ce glissement
progressif, s'inquiète Ziv Stahl, Israël est en train de se soustraire
aux contraintes imposées à la puissance occupante, qui visent à
l'empêcher d'imposer sur le territoire qu'elle contrôle des changements à
long terme pour son seul intérêt. »
lefigaro.fr

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire