Coup
sur coup, on a appris que le Parlement français acceptait les conditions
nécessaires au retour des troupes nord-américaines sur le sol d’où le
général De Gaulle les avait expulsées, et vu arriver au Parlement de
Strasbourg un rapport visant au renforcement de la « défense européenne
intégrée à l’OTAN ».
À l’arrière-plan de cette agitation, une poussée de
la volonté des USA d’augmenter la pression sur la Russie comme prétexte
de son propre leadership. Dès lors, l’OTAN et les États-Unis passent « de la réassurance à la force de dissuasion
» en Europe de l’Est, a indiqué le 31 mars dernier le général Philip
Breedlove, chef des forces américaines en Europe. Concrètement, le
Pentagone entend lancer, à partir de 2017, des rotations continues d’une
brigade blindée. Elle comptera environ 4200 soldats, 250 chars et 1750
véhicules dans un ou plusieurs pays en Europe de l’Est qui ne sont pas
encore précisés. Le général Breedlove prétends ainsi « rassurer » les « alliés et partenaires de l’OTAN dans le sillage d’une Russie agressive en Europe et ailleurs ». Bien sûr !
Cette décision remet en question les annonces ces dernières années de
réduction des effectifs US en Europe. Les États-Unis développent de
nouveau, avec leurs alliés dans la zone, le fantasme d’une invasion
russe en Europe ! Comme à l’époque de la guerre froide et du fantasme de
la prétendue écrasante supériorité militaire russe en Europe, et sa
légende des « chars soviétiques à Paris en 48h ». Cette vision poussée à
l’absurde a pu amener en octobre 2014, lors d’une conférence de presse,
un responsable américain (John Kirby, contre-amiral et attaché de
presse du Pentagone à l’époque) à déclarer que l’armée Russe se
« rapprochait dangereusement des frontières de l’OTAN ». Grimaçante
mauvaise foi qui a donné lieu à un échange serré avec le journaliste
lui faisant remarquer que ce rapprochement était avant tout dû au
rapprochement des frontières de l’Otan de la Russie… Autre exemple : le
23 février 2015, des chars américains défilaient à 300m de la frontière Russe.
Dans cette ambiance dangereuse, il faut rappeler que chaque
élargissement de l’Union Européenne a été précédée d’une adhésion à
l’OTAN, élargissant la présence de l’organisation militaire à l’Est,
sans aucune précaution diplomatique envers la Russie ! Du coup, la
tension devenant palpable, la France et l’Allemagne ont empêché à
plusieurs reprises l’adhésion de l’Ukraine à l’Alliance Atlantique. Car
cela aurait été une véritable provocation à l’égard de la Russie. Les
deux pays ne se retrouvent pas moins en accord pour considérer que le
seul horizon de l’improbable « défense européenne » est de s’inscrire
dans l’OTAN…
En définitive, la présence étasunienne sur le continent européen,
mise en scène dans les exercices multinationaux de l’opération Atlantic
Resolve, s’élève à 62 000 hommes (cf. cartographie).
Les États-Unis se sont toujours préoccupés d’empêcher que la CEE, puis
l’Union européenne, considérée par eux comme un débouché commercial et
une ligne de défense face à l’URSS, puisse devenir une puissance
alternative. Ils ont pu compter sur la complicité d’élites dirigeantes
européennes partageant une vision et des intérêts communs avec leurs
homologues étasuniennes. On retrouve les mêmes à l’œuvre dans les
négociations sur le Grand Marche Transatlantique. Cette osmose n’a fait
que se renforcer à la fin de la Guerre froide. Un document l’a résumé :
le Defense Planning Guideline 1994-1999. C’est un document
d’orientation stratégique rédigé au lendemain de la guerre froide à la
demande de Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense, pour élaborer une
« stratégie de suprématie militaire ». Il recommandait que les
États-Unis préviennent « l’émergence d’accords de sécurité
intra-européens qui saperaient l’OTAN, et surtout la structure de
commandement intégré de l’alliance ».
La recommandation n’a pas été oubliée. Le débat sur le rapport examiné à cette session de Strasbourg le montre.
Tiré de l'article " Il paraît que Hollande était à la télé... "
Jean-Luc Mélenchon

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