Le quotidien israélien Haaretz rend compte d’un rapport publié dimanche par la Banque Mondiale,
selon lequel les accords inégaux entre Israël et l’Autorité
Palestinienne de Ramallah (AP) privent celle-ci de revenus de l’ordre de
285 millions de dollars par an.
En cause notamment, des frais de
manutention prohibitifs facturés par Israël (pour des transbordement de
marchandises imposés par l’occupant “pour raisons de sécurité”),
et des taxes mal réparties. Le déficit budgétaire de l’AP s’en trouve
aggravé d’autant, ainsi que sa dépendance chronique vis-à-vis de
l’étranger, dont découle une soumission politique devenue légendaire.
Steen Lau Jorgensen, directeur de la Banque Mondiale
pour la zone de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza affirme que
réduire cette perte de revenus permettrait de ramener le déficit
budgétaire de l’AP pour 2016 sous la barre du milliard de dollars, et à
moins de la moitié du montant qu’elle est actuellement dans l’incapacité
de financer.
En vertu du "Protocole de Paris” de 1994 (découlant des “Accords
d’Oslo”), qui ont établi une “union douanière” entre Israël et l’AP,
Israël est supposé collecter au nom de l’administration palestinienne la
taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les taxes à l’importation et d’autres
taxes, et lui en reverser le montant mensuellement. Cet argent
représente plus des deux tiers des revenus fiscaux totaux de l’AP.
Cet accord n’a cependant jamais été complètement mis en application,
et en outre le gouvernement israélien a régulièrement exercé un chantage
en suspendant les versements quand des attitudes de l’AP lui
déplaisaient, ou en guise de représailles. Mais même quand Israël paie à
l’AP ce qui lui est dû en vertu des accords, la Banque Mondiale
constate que le compte n’y est pas. Selon Haaretz, “les recettes manquantes, écrit la Banque mondiale, consistent essentiellement en taxes sur le commerce bilatéral mal réparties entre Israël et l’Autorité palestinienne et en une sous-estimation des importations palestiniennes en provenance des pays tiers”.
En d’autres termes, on est en présence d’accords foncièrement inégaux
– “négociés” entre occupant et occupés, le premier étant au surplus
appuyés par la puissance des États-Unis et conseillé par les experts
financiers anglo-saxons les plus “pointus” – mais en plus ils ne sont pas loyalement appliqués : Israël se sert au passage. Pourquoi se gêner ?
Ce rapport de la Banque Mondiale, précise le quotidien israélien,
sera présente mardi à Bruxelles lors d’une réunion du “Comité de Liaison
Ad Hoc” des États donateurs. Cette réunion a été convoquée en raison de
l’impossibilité dans laquelle l’Autorité Palestinienne de Ramallah est
actuellement de boucler son budget 2016.
Le rapport de la Banque Mondiale précise encore que le l’estimation
de 285 millions de dollars de revenus “perdus” n’inclut pas les taxes
qu’Israël collecte dans la “zone C” de Cisjordanie, c’est-à-dire les 61%
de la superficie du territoire occupé qui restent toujours sous
contrôle israélien total.
Les auteurs du rapport préconisent la reprise des travaux du “Comité
économique conjoint” israélo-palestinien, qui avait été créé pour
piloter la mise en œuvre du “Protocole de Paris” et résoudre les
problèmes qu’elle soulève. Ils estiment que cela pourrait
significativement améliorer la “coopération économique bilatérale”.
Ils soulignent particulièrement l’importance du tarif prohibitif appliqué par Israël pour des “frais de manutention” [1] : ces
montants facturés à l’AP représentent pratiquement un tiers des
recettes de l’administration israélienne des douanes et de la TVA, dépendant du Ministère des Finances. Ces tarifs, estime la Banque Mondiale, doivent être revus.
Israël empoche l’argent des cotisations sociales des travailleurs palestiniens
Le rapport de la Banque Mondiale soulève un autre problème : Israël
continue à retenir un montant cumulé de 669 millions de dollars,
revenant sans discussion possible aux Palestiniens. Cette somme comprend
des cotisations de pension acquittées par des travailleurs palestiniens
occupés en Israël et leurs employeurs, ainsi que d’autres retenues sur
les salaires de ces travailleurs au titre de l’assurance pour soins de
santé et d’autres avantages similaires.
Les cotisations pour les retraites sont supposées être versées dans
un fonds de pension spécifique, mais celui-ci n’a pas encore été mis en
place par l’AP. La combinaison entre les défaillances de la gestion de
l’AP et la rétention délibérée de fonds de diverses natures par Israël
entraîne une situation – relève la Banque Mondiale – dans laquelle des dizaines de milliers de Palestiniens ne reçoivent pas les avantages sociaux auxquels ils ont droit.
Qui plus est, l’économie palestinienne ne connaît pas en Cisjordanie
une croissance suffisante pour permettre d’augmenter le niveau de vie
moyen et de réduire le taux de chômage. En dépit du fait que la
récession enregistrée en 2014 a été surmontée, le taux de croissance de
3,5% enregistré en 2015, est insuffisant en regard de la croissance
démographique palestinienne.
En ce qui concerne Gaza, les auteurs du rapport estiment qu’on ne
peut pas espérer que l’économie se rétablisse complètement des
conséquences de l’agression israélienne de 2014 [2] avant 2018. Les
travaux de reconstruction sont toujours entravés par le fait que les
aides promises par les donateurs étrangers n’arrive qu’au compte-gouttes
(à ce jour, à peine 40% des montants promis lors de la conférence du
Caire ont été effectivement versés). À ce rythme, estime Steen Lau Jorgensen, la totalité de l’aide promise ne sera pas arrivée avant le cinquième anniversaire de la fin de l’agression israélienne [2][3].
La lassitude de la population de Gaza est facile à comprendre, ajoute Steen Lau Jorgensen,
si on tient compte du fait que 20 mois après la fin des hostilités,
seulement 9% des maisons détruites ont été reconstruites et que
seulement 45% de celles qui avaient été endommagées ont été réparées.
(Voir l’article « A Gaza, des dizaines de milliers de civils survivent dans des conditions précaires depuis l’agression de 2014 »).
Plus de 14.800 familles demeurent sans abri et n’ont aucun endroit où
aller puisque la Bande de Gaza reste soumise à un blocus total par
Israël.
[1] pour les importations et les
exportations de marchandises, Israël impose que les marchandises soient
déchargées des camions palestiniens et rechargées dans des camions
israélien, ou l’inverse. Les cargaisons sont évidemment inspectées par
la police des frontières israélienne, ce qui entraîne des délais parfois
considérables (on devine la mauvaise volonté dont les forces de
l’occupant sont capables). Officiellement, ces transbordements très
pénalisant pour l’économie palestinienne car ils augmentent
considérablement les coûts et ralentissent la circulation des
marchandises (voire, dans le cas des produits périssables, entraînent
parfois leur destruction) sont évidemment justifiés par des
considération “de sécurité” (pour Israël, puisqu’il est entendu une fois
pour toutes que seule importe la sécurité des Israéliens, les
Palestiniens n’y ayant par définition aucun droit). – NDLR
[2] bien évidemment, la Banque Mondiale n’utilise pas ces termes, mais parle au contraire de “guerre entre Israël et le Hamas”, ce qui est radicalement trompeur. Pour qu’on puisse parler de ”guerre” il faudrait qu’il existe entre les protagonistes une commune mesure de puissance militaire, ce qui n’est évidemment pas le cas quand une des plus puissantes armées du monde occidental pilonne pendant 51 jours les zones d’habitation, les écoles et les hôpitaux, et n’a en face d’elle que des forces dépourvues d’armements lourds, d’artillerie, d’aviation, et de tout l’arsenal ultra-moderne dont les États-Unis dotent généreusement Israël, en lui assurant année après année une aide militaire de l’ordre de 3 milliards de dollars (en forte hausse) – NDLR
[3] La lenteur du versement effectif de l’aide internationale n’est pas seule en cause : Israël interdit toujours l’importation de certains matériaux sans lesquels l’effort de reconstruction ne peut pas être mené à bien. – NDLR
[2] bien évidemment, la Banque Mondiale n’utilise pas ces termes, mais parle au contraire de “guerre entre Israël et le Hamas”, ce qui est radicalement trompeur. Pour qu’on puisse parler de ”guerre” il faudrait qu’il existe entre les protagonistes une commune mesure de puissance militaire, ce qui n’est évidemment pas le cas quand une des plus puissantes armées du monde occidental pilonne pendant 51 jours les zones d’habitation, les écoles et les hôpitaux, et n’a en face d’elle que des forces dépourvues d’armements lourds, d’artillerie, d’aviation, et de tout l’arsenal ultra-moderne dont les États-Unis dotent généreusement Israël, en lui assurant année après année une aide militaire de l’ordre de 3 milliards de dollars (en forte hausse) – NDLR
[3] La lenteur du versement effectif de l’aide internationale n’est pas seule en cause : Israël interdit toujours l’importation de certains matériaux sans lesquels l’effort de reconstruction ne peut pas être mené à bien. – NDLR
Source : Jack Khoury dans Haaretz – “World Bank: Raw Deal With Israel Costs Palestinians $285 Million in Annual Revenue” –
Photo : Un jeune palestinien ère dans les ruines d’une maison détruite par une frappe aérienne israélienne à Deir El-Balah (centre de la Bande de Gaza) le 14 juillet 2014. – REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa.
Traduction et adaptation : Luc Delval
pourlapalestine.be

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