Une quinzaine de séjours dans la zone interdite ne permettent ni de
comprendre tout ce qui s'est passé, ni pourquoi la vie sauvage est
revenue en force alors que les hommes, les femmes et les enfants
souffrent toujours de la radioactivité.
l y a trente ans, le pouvoir soviétique, l’Europe et la planète
entière découvraient une vérité que les nucléocrates continuent à nier :
le nucléaire civil peut être aussi dangereux et encore moins
contrôlable que le nucléaire militaire. Face au bureau politique, les
savants soviétiques volontairement ignorants, ou stupides, préconisèrent
devant un bureau politique éberlué, le recours au vin blanc de Moldavie
pour atténuer les effets de la radioactivité. Alors, en deux jours,
Mikhaïl Gorbatchev, bouscula le Parti communiste et déclencha la
perestroïka, en permettant au grand magazine Ogoniok puis à
toute la presse soviétique, de dire toute la vérité sur l’accident de
Tchernobyl. Ce qui contrastait avec les quelques lignes du quotidien
local de Kiev reléguant en pages intérieures les quelques lignes
annonçant « l’incident ». Conséquence de l’ouverture inattendue
de la presse nationale, de la pression des pouvoirs occidentaux et de
leurs opinions publiques : au bout de quelques mois, on en savait plus
sur cette catastrophe que sur celle de Fukushima pour laquelle le
gouvernement japonais verrouille toujours les informations sur l’étendue
et les conséquences du désastre. Refusant, au contraire de ce qui s’est
passé en Ukraine, l’aide des spécialistes étrangers, notamment des
Français.
Que savons- nous sur Tchernobyl trente ans après ?
Qu’il y a eu deux explosions consécutives dans le réacteur, les
causes de la seconde n’ayant jamais bénéficié d’une explication
scientifique satisfaisante.
Que si la faune et la flore ont pu se remettre de la
radioactivité au point que la zone interdite est devenue une véritable
et passionnante réserve naturelle, les sols en sont toujours gravement
pollués. Les hommes, les femmes et les enfants, en Ukraine, en
Biélorussie et dans l’ouest de la Russie, eux, souffrent et meurent
toujours de la pollution engendrée par l’accident, les scientifiques
n’offrant encore aucune explication plausible sur ce phénomène qui
épargne les animaux et la flore et frappe les êtres humains.
Qu’il est impossible de trouver un chiffrage des
victimes postérieur à la catastrophe qui en fit immédiatement une
trentaine. Jamais, les hôpitaux de Kiev, où des médecins ont pris en
charge, année après année, les malades de l’atome, n’ont pu l'établir,
autant pour des questions de désorganisation administrative que sous la
pression des nouveaux pouvoirs désireux de réhabiliter leur pays devenu
indépendant en 1991. Leur nombre est toutefois estimé à plusieurs
milliers.
Que des enfants nés des années après la catastrophe, et pas seulement en Biélorussie, souffrent encore de maladies graves de la thyroïde.
Que s’il subsiste une surveillance des produits alimentaires en Ukraine, celle-ci a disparu depuis des années en Biélorussie et dans l’ouest de la Russie.
Que des hommes et des femmes ne sont pas seulement
atteints de diverses formes de cancers, mais aussi de dérèglements de
leur appareil digestif, de maladies cardiaques, de dérèglements du
métabolisme et de graves dépressions qui se prolongent.
Que le nombre des victimes parmi les « liquidateurs »
reste inconnu. Qu’il s’agisse de ceux qui ont déblayé les débris
éparpillés au dessus du réacteur, bien qu’étant remplacés toutes les dix
minutes, de ceux qui ont édifié à la hâte le sarcophage provisoire (qui
dure et fuit toujours) pour contenir la radioactivité, de ceux qui ont
tenté d’aller explorer les ruines du cœur du réacteur, de ceux qui ont
construit le soubassement de béton destiné à limiter les infiltrations
dans le sous-sol des fuites de liquide radioactif et de ceux qui ont
survolé en hélicoptère le réacteur accidenté pour y larguer du matériel
ou pour filmer les dégâts. Civils ou militaires, ils étaient (vraiment)
des volontaires et sont repartis ensuite dans leurs lointaines
Républiques d’origine où ils n’ont bénéficié d’aucun suivi médical.
Beaucoup sont morts dans l’anonymat. Et si l’on peut estimer leur nombre
à quelques milliers également, aucune statistique n'en dresse un compte
exact.
Que dans le réacteur, la combustion de la matière
fissible se poursuit. Ce qui explique la nécessité de mettre en place un
nouveau et énorme sarcophage en acier (108 m de hauteur, 162 m de
largeur et 257 m de longueur) dont l’installation par Vinci et Bouygues
tarde depuis des années bien que le contrat de construction ait été
définitivement signé en 2007. Pour un coût actuellement estimé à 440
millions d’euros. Or le contrat stipulait que ce sarcophage devait être
mis en place en 2012. Au mieux cela se fera en 2017. Les constructeurs
affirment, contre toute vraisemblance, que leurs techniciens et ouvriers
n’ont pas été affectés par la radioactivité ambiante alors qu’ils ont
creusé dans un sol fortement pollué.
Que si la ville de Pripiat, 50.000 habitants à
l’époque de l’accident, reste définitivement interdite, quelques
centaines de personnes travaillent encore dans la centrale pour
l’entretien des trois réacteurs à l’arrêt et dans la petite ville de
Tchernobyl. Le fait que ces travailleurs et personnels de service
alternent quinze jours de présence sur place et quinze jours de repos
loin de la radioactivité, ne les met pas à l’abri des maladies
engendrées par une pollution qui reste importante.
Que mes trois amis ingénieurs ukrainiens ayant participé au
début des années 90 aux tentatives de réparations du cœur explosé au
début sont morts d’un cancer…

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