jeudi 28 juillet 2016

Ces Musulmans qui ne comptent pas

Serge Grossvak          

Tous, tôt ou tard, nous affrontons ces terribles moments que la vie vous réserve. Un proche, un aimé dont le corps se déchire et crie douleur. Et vous n'avez que vos impuissants pleurs à offrir. Impuissants et souffrants. L'abîme. 

Dépassé et impuissant, traversant la nuit noire, vous avez été aux « urgences », à l'Hôpital, avec votre proche et vos larmes. Des visages dont vous ignoriez tout vous accueillent, d'abord mécaniquement puis toute leur humanité déborde au-delà des gestes professionnels. Les petits mots, les gestes sur la main. Il y a l'infirmière (ou aide-soignante, ou médecin ?) qui vient dire un mot gentil dans l'ambulance du SAMU du transfère, l'équipe du SAMU qui parvient même à arracher une plaisanterie apaisante, le chauffeur qui s'excuse d'avoir « trop secoué », l'infirmière aux mots doux malgré l'attention aux gestes professionnels, le chirurgien qui sacrifie son dimanche puis sa nuit, les aides-soignantes si proches, si humaines, pour ne pas faire ressentir l'avilissement de l'infirmité où le malade est jeté... Et j'en oublie, et j'en oublie !
Parmi toutes ces belles personnes figurent quelques Karima, quelques Mourad, au milieu des Elodie (salut Elodie, la championne du suppositoire), au milieu des Arthur. Des prénoms Musulmans, des Musulmans qui ne comptent pas. Pourquoi compter les Musulmans ou supposés Musulmans lorsque c'est tout un hôpital public qui vit pour la vie ? Inutile décompte, surtout en laïcité. Mais lorsqu’un assassin devient musulman en une semaine et que les médias ne diffusent que cet aspect artificiel, alors il faut ouvrir les yeux.
 Lorsque la peur est diffusée en tombereau et que l'horreur est désignée musulmane, alors il faut penser au réel de notre existence. Dans ce réel, combien y a-t-il eut de ces Musulmans qui, sans vous connaître, vous ont apporté de cette humanité face au désespoir ? Combien ont été présents ? Impossible de préciser le nombre parce que jamais nous n'avons pensé à compter. Simplement nous savons qu'ils étaient infiniment plus nombreux que ces quelques redoutables fous de mort.
« Nous voici dans une nouvelle époque » nous serine notre ignoble premier Ministre, au bonheur de notre droite et extrême droite. Pas de recettes proposées pour sortir de cette époque sanglante. Si nous regardions un peu moins en Musulmans ces jeunes paumés horribles meurtriers et d'avantage en symptômes d'un processus dont nous avons allumé le feu. Si nous nous servions des meilleurs pages de l'histoire Européenne et abandonnions au passé les réflexes les plus sordides, alors nous aurions une chance d'échapper à cette époque annoncée de grandes douleurs.
Pour ne pas me laisser empoisonner par l'insidieux venin islamophobe qui se déverse, j'ai regardé ces êtres qui ont traversé ma vie en ces moments où j’avais tant besoin de cette humanité.
Avec reproche, des soutiens Israéliens me faisaient remarquer mon silence à l'égard du drame Niçois. Oui, un silence.

Il est des moments où il est dur d'écrire. Curieusement, voici que c'est la seconde fois que ma vie est happée par l'hôpital et c'est également la seconde fois que cela est concomitant d'un attentat. De là à soupçonner une complicité.

Source : Page FB de l'auteur

Palestine Solidarité



Aucun commentaire: