Je publie ce post que je complèterai avec de nouveaux chapitres à
mesure des circonstances. L’exercice d’écriture d’un ensemble de textes à
publier ensemble devient rude en effet pour moi au milieu de tant
d’activités.
Comme vous le savez la rubrique « à chaud » qui tourne au
centre de l’écran reprend à mesure de leur production non seulement tout
ce que j’ajoute sur ce blog mais aussi ce que je publie sur Facebook. On trouve aussi dans l’espace interview ce que je dis dans la presse. Il n’y a donc aucun risque de perdre quelque chose de ce qui aura été écrit, dit ou filmé.
D’une façon générale, ce blog reste l’Agora centrale de tout mon système
de communication, à l’intersection entre les 450 000 abonnés de ma page Facebook, les 20 000 abonnés de ma chaîne Youtube et les cent vingt mille destinataires du bulletin de liaison de « la France insoumise » sans oublier les cent trente mille destinataires du courrier « L’Ère du peuple ».
Cette diversité d’entrées rencontre des publics différents entrés en
connexion dans des circonstances et des contextes eux-mêmes différents.
Au total, elle m’a donné la force de contourner le système médiatique
officiel pour construire dans la durée un courant d’intérêt qui peut
aussi devenir une adhésion à telle ou telle des analyses que je formule
ici à ma façon. La construction de cet espace intellectuel est depuis
l’origine mon objectif. Je le vis comme une contribution à l’espace
beaucoup plus large que forment nombre de sites thématiques (si on peut
dire) comme Acrimed, Mémoire des luttes, ou des médias comme Reporterre, l’Humanité, Politis, Le Monde diplomatique, le Grand Soir,
et quelques autres encore. Si mes lecteurs veulent contribuer à la vie
de cet ensemble sans bord ni appartenance figée, qu’ils pensent à s’y
abonner, c’est le mieux qu’ils puissent faire.
La scène internationale redouble de violences. Le nouvel ordre
mondial annoncé par Busch au lendemain de la chute de l’URSS est un
grand désordre d’autant plus criminel qu’il sature les préoccupations
des puissances, alors qu’elles devraient se concentrer sur l’essentiel
c’est-à-dire la menace de mort que fait peser sur la civilisation
humaine le dérèglement climatique. Il est frappant de voir combien cette
période ressemble à celle qui a précédé la première guerre mondiale. La
compétition pour les marchés et l’accès aux matières premières domine
la scène. La volonté de puissance des États-Unis et la compétition des
puissances régionales génèrent d’inépuisables conflits dans lesquels la
règle reste qu’il n’y a en a pas et qu’une après l’autre, les
conventions du passé s’effondrent.
Le pire est cette ambiance d’irresponsabilité et de mensonges
généralisés, ce recours massif aux moyens de manipulation de masse que
constitue le système médiatique mondial, cette peinture systématique de
la réalité en noir et blanc sous la baguette des agences
« d’information » sous influence nord-américaine. De l’entrée
intolérable de l’armée turque en Syrie pour y massacrer les Kurdes à
l’infâme coup d’État au Brésil, chaque situation s’intègre dans le
tableau général où se combinent la lutte des influences régionales et le
plan général des USA pour maintenir leur suprématie sur un monde qui
leur glisse entre les doigts. Dilma Roussef est abattue par des
corrompus parce que les USA ont besoin de reprendre le contrôle de
l’Amérique latine et davantage encore de mettre fin à l’alliance des
BRICS dont le Brésil est une cheville ouvrière essentielle. Les Kurdes
sont abandonnés parce que le partage des influences utiles aux USA dans
la région ne prévoit pas qu’ils puissent constituer un État sur la base
de la partition des quatre pays qui les contiennent actuellement. Et
ainsi de suite. Arrive dans ce contexte le malheur du Gabon, condamné
semble-t-il à la famille Bongo à perpétuité. De la sauvagerie du clan au
pouvoir peuvent naître des monstres plus terribles encore.
J’écris tandis que les bombes et les fusillades déchirent le Gabon.
De tous côtés m’arrivent des messages d’information et d’appel a l’aide.
Le Gabon mérite mieux que la comédie électorale et les meurtres qui
viennent de conclure la nouvelle « victoire » d’Ali Bongo. À propos, qui
était son agence de communication dans cette « campagne électorale » ?
En toute hypothèse, la France ne peut accepter d’être associée de
quelque façon que ce soit à ce qui se passe à présent. Elle ne doit pas
s’ingérer non plus de quelque façon que ce soit qui laisserait à penser
qu’elle peut décider d’un résultat électoral en Afrique. Le respect du
peuple gabonais doit à présent être prouvé par une impeccable attitude
de fraternité désintéressée. Cela signifie clairement que nous devons
exprimer notre complète opposition à ce qui vient de se passer et
davantage encore aux violences en cours du fait du gouvernement de Ali
Bongo.
Comment concilier refus d’ingérence et solidarité ? La France doit
demander en urgence à L’ONU de donner un mandat d’intervention pour
rétablir la situation et protéger le peuple contre le gouvernement qui
lui tire dessus et le bombarde. Les soldats français présents sur place
se mettraient alors en mouvement aux côtés d’autres troupes africaines
et sous commandement onusien, de préférence africain. En toute hypothèse
la concorde ne peut revenir que si l’honnêteté du résultat électoral
est garantie. Ce résultat s’atteint soit par un recomptage des bulletins
sous surveillance de l’ONU soit en reprenant à son point de départ
l’élection elle-même sous le même contrôle. Car d’un côté le Gabon
mérite la démocratie mais toute la région mérite que son peuple reste en
paix.
Une déstabilisation dictatoriale de plus servirait trop les loups
qui rôdent autour des puits de pétrole. Et par-dessus tout, aucun
gabonais de plus ne doit mourir pour avoir exprimé son opinion ni être
contraint à l’exil pour ne pas être assassiné.
Jean-Luc Mélenchon

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