Je vous propose aujourd’hui la traduction édifiante d’un article du New York Post, un journal parfaitement « sérieux ».
Vous tous ici lisez ces lignes sur un écran, soit celui de votre
ordinateur, soit celui de votre smartphone ou de votre tablette.
Moi-même, je suis un grand consommateur « d’écran », travail et
recherches quotidiennes obligent. Pourtant, comme dans cet article, mes
enfants ne possèdent ni tablette, ni ordinateur et encore moins de télé !
De la même façon que l’on est rarement un petit fumeur d’une
cigarette par jour, ou un petit consommateur d’alcool avec juste une
« gouttelette » de plaisir, ou encore consommateur de drogue avec
« juste » un petit rail de temps en temps.
Le résultat pragmatique de nos sociétés modernes, c’est que nous
voyons des hordes d’abrutis lobotomisés, y compris parmi les plus
jeunes, passer des heures et des heures à « tactiler » leurs écrans au
détriment évidemment d’une vraie vie qui devrait être vécue de façon
réelle.
Cet article vient rappeler utilement que ces outils et ces
technologies sont désastreuses pour la construction des enfants et
l’idée selon laquelle « offrir » une tablette à tous les élèves pour
« améliorer » le niveau est d’une connerie insondable. Pourtant, vos
enfants seront bien lobotomisés par l’école et, encore plus grave, chez
les adultes encadrant élevés eux-aussi aux écrans, il n’y a rien de plus
naturel maintenant que de mettre les enfants devant la télé y compris
pendant les récréations parce qu’il pleut, parce qu’il vente, parce que
c’est facile…
Refuser les écrans à vos enfants c’est la meilleure façon aujourd’hui
de les élever, c’est leur permettre d’atteindre un niveau de
concentration et conceptualisation qui fera la différence plus tard avec
les milliers d’abrutis que nous sommes collectivement en train de
fabriquer.
Pour les adultes « gémiards », refuser les écrans et la télé c’est se
libérer un temps considérable pour mener à bien d’autres projets.
Combien de gens vous disent « je n’ai pas le temps de reprendre mes
études, ou de suivre telle ou telle formation »… Ah bon ? Et ces mêmes
personnes se précipitent pour coucher leurs gamins à 20h00 le soir, pour
vite se mettre devant des séries TV, dont ils oublieront aussi vite
l’histoire le lendemain, jusqu’à minuit… Un temps largement utile pour
d’autres choses largement plus épanouissantes.
Bref, ce qu’il faut bien avoir à l’esprit, c’est que les écrans sont
des voleurs de temps et des voleurs de vie pour le plus grand bénéfice
de quelques grandes multinationales et à notre détriment. Nous devons
donc en user avec parcimonie, sagesse et raison.
Charles SANNAT
Traduction par le site www.le partage.com d’un article initialement publié (en anglais) sur le site du New York Post, le 27 août 2016, et rédigé par le Dr. Nicholas Kardaras.
Susan* a acheté un iPad à son fils de 6 ans, John, lorsqu’il était au
CP. « J’ai pensé : ‘Pourquoi ne pas le laisser prendre de l’avance?’ »
m’a-t-elle confié durant une séance de thérapie. L’école de John avait
commencé à utiliser ces outils avec des élèves de plus en plus jeunes —
et son professeur de technologie ne tarissait pas d’éloges à l’égard de
leurs bénéfices éducatifs — Susan voulait donc faire ce qui était le
mieux pour sa petite tête blonde qui adorait lire et jouer au baseball.
Elle a commencé par laisser John jouer avec différents jeux éducatifs
sur son iPad. Finalement, il a découvert Minecraft, dont l’enseignant
en technologie lui a assuré qu’il n’était rien d’autre qu’un « Lego
électronique ». Se souvenant du plaisir qu’elle avait, étant enfant, à
construire et à s’amuser avec ces blocs de plastiques qui s’emboîtent,
elle a laissé son fils jouer à Minecraft des après-midi durant.
Au début, Susan était assez satisfaite. John semblait être engagé
dans un amusement créatif, alors qu’il explorait le monde cubique du
jeu. Elle n’a pas remarqué que le jeu n’avait rien à voir avec les Lego
dont elle se souvenait — après tout, elle n’avait pas à tuer des animaux
ni à trouver des minerais rares pour survivre et accéder au niveau
suivant lorsqu’elle jouait à son ancien jeu bien aimé. Mais John
semblait vraiment apprécier ce jeu et l’école avait même une association
Minecraft, alors est-ce que ça pouvait vraiment être néfaste ?
Pourtant, Susan ne pouvait pas nier qu’elle voyait des changements
chez John. Il commençait à être de plus en plus concentré sur son jeu,
et perdait tout intérêt dans le baseball et la lecture, tandis qu’il
refusait d’effectuer ses corvées. Certains matins, il se réveillait et
lui disait qu’il pouvait voir les formes cubiques dans ses rêves.
Bien que cela l’inquiétait, elle pensait que son fils faisait
peut-être simplement preuve d’une imagination active. Alors que son
comportement continuait à se détériorer, elle a essayé de retirer le jeu
mais John a commencé à faire des crises de colère épouvantables. Ces
crises étaient si intenses qu’elle a abandonné, rationalisant toujours
en se répétant encore et encore que « c’est éducatif ».
Puis, une nuit, elle a compris que quelque chose n’allait vraiment pas.
« Je suis entrée dans sa chambre pour le surveiller. Il était censé dormir – et j’ai eu si peur… »
Elle l’a trouvé assis dans son lit le regard fixe, les yeux
écarquillés et injectés de sang, perdus dans le vide, l’écran
scintillant de son iPad posé près de lui. Il semblait être en transe. Ne
pouvant plus contenir sa frayeur, Susan a dû secouer le garçon à
plusieurs reprises pour le sortir de cet état. Affolée, elle ne pouvait
pas comprendre comment son garçon qui avait autrefois été un enfant sain
et heureux soit devenu si accro au jeu qu’il se tordait dans une
stupeur catatonique.
Il y a une raison pour laquelle les parents les plus méfiants face à
la technologie sont les concepteurs et les ingénieurs en technologie.
Steve Jobs était bien connu pour être un parent anti-technologie. Les
directeurs techniques et ingénieurs de la Silicon Valley placent leurs
enfants dans les écoles Waldorf, non-technologisées. Les fondateurs de
Google, Sergey Brin et Larry Page sont issus d’écoles Montessori,
non-technologisées, à l’instar du créateur d’Amazon Jeff Bezos et du
fondateur de Wikipédia Jimmy Wales.
Bon nombre de parents comprennent intuitivement que les écrans
lumineux omniprésents ont un effet négatif sur les enfants. On observe
des crises de colère lorsque ces outils leur sont retirés et des
périodes de déficit d’attention lorsque les enfants ne sont pas sans
arrêt excités par leurs appareils ultra stimulants. Pire, on constate
que les enfants s’ennuient, deviennent apathiques, inintéressants et
indifférents lorsqu’ils ne sont pas connectés.
Seulement, c’est encore pire que ce que nous pensons.
Nous savons désormais que ces iPads, smartphones et Xbox sont une
forme de drogue numérique. Des recherches récentes en imagerie cérébrale
montrent qu’ils affectent le cortex frontal — qui contrôle la fonction
exécutive, y compris le contrôle des impulsions — exactement de la même
façon que la cocaïne. La technologie est tellement stimulante qu’elle
augmente les taux de dopamine — le neurotransmetteur du plaisir le plus
impliqué dans la dynamique de l’addiction — autant que le sexe.
Cet effet addictif explique pourquoi le Dr Peter Whybrow, directeur
du programme de neuroscience à l’Université de Californie de Los
Angeles, appelle les écrans la « cocaïne électronique » et pourquoi les
chercheurs chinois l’appelle « l’héroïne numérique ». D’ailleurs, le Dr
Andrew Doan, à la tête de la recherche sur les addictions pour le
Pentagone et la marine américaine — qui a enquêté sur l’addiction aux
jeux vidéo — appelle les jeux vidéo et les dispositifs technologiques
munis d’écrans des « pharmakeia numériques » (terme grec pour désigner
les drogues).
Dans mon travail clinique auprès de plus de 1 000 adolescents au long
des 15 dernières années, j’ai compris que le vieil adage “mieux vaut
prévenir que guérir” est particulièrement juste lorsqu’il s’agit de
dépendance aux technologies. Une fois qu’un enfant a passé le cap de
l’addiction technologique, le traitement peut être très difficile. J’ai
même trouvé qu’il était plus facile de traiter un patient accro à
l’héroïne ou à la méthamphétamine en cristaux que des joueurs invétérés «
perdus dans la Matrice » ou que des toxicomanes des réseaux sociaux
accros à Facebook.
Selon la Déclaration de Politique de l’Académie Américaine de
Pédiatrie de 2013, les enfants de 8 à 10 ans passent 8 heures par jour
devant différentes formes de médias numériques, tandis que les
adolescents passent 11 heures devant des écrans. Un enfant sur trois
utilise des smartphones ou des tablettes avant de savoir parler. Dans le
même temps, le manuel de « l’Addiction à Internet » du Dr Kimberly
Young affirme que 18 % des jeunes adultes usagers d’Internet aux
États-Unis souffrent d’une addiction aux technologies.
Une fois qu’une personne a franchi la limite d’une véritable
addiction — que ce soit aux drogues, au numérique, ou autre — elle doit
se désintoxiquer avant qu’aucune autre sorte de thérapie puisse avoir la
moindre chance d’être efficace. Avec la technologie, cela signifie une
désintoxication numérique complète — pas d’ordinateurs, pas de
smartphones, pas de tablettes. La désintoxication numérique radicale
supprime même la télévision. Le temps préconisé est de 4 à 6 semaines ;
c’est le temps généralement requis pour qu’un système nerveux
ultra-stimulé se réinitialise. Mais ce n’est pas chose aisée dans notre
société remplie de technologie où les écrans sont omniprésents. Une
personne peut vivre sans drogue ou sans alcool ; avec une addiction à la
technologie, les tentations numériques sont partout.
Dès lors, comment empêcher nos enfants de franchir cette limite ? Ce n’est pas simple.
La clé est d’empêcher vos enfants de 4, 5 ou 8 ans de devenir accros
aux écrans, pour commencer. Cela signifie plutôt des Lego que Minecraft ;
plutôt des livres que des iPads ; la nature et le sport plutôt que la
télé. S’il le faut, demandez à l’école de votre enfant de ne pas lui
donner de tablette ou de Chromebook avant qu’il atteigne 10 ans, au
moins (d’autres recommandent d’attendre 12 ans).
Ayez des conversations honnêtes avec vos enfants pour leur expliquer
pourquoi vous limitez leur accès aux écrans. Dînez avec vos enfants sans
aucun objet électronique à table — tout comme Steve Jobs avait
l’habitude de dîner sans technologie avec ses enfants. Ne devenez pas
victime du « Syndrome d’Inattention Parentale » — comme nous l’avons
appris dans la Théorie de l’Apprentissage Social, les enfants ont
tendance à imiter, ou au moins à s’imprégner, des actions de leur
entourage.
Lorsque je parle à mes jumeaux de 9 ans, j’ai des conversations
honnêtes avec eux pour leur expliquer pourquoi je ne veux pas qu’ils
aient des tablettes ou qu’ils jouent aux jeux vidéo. Je leur explique
que certains enfants aiment tellement jouer avec leurs appareils qu’ils
ont du mal à s’arrêter ou à contrôler le temps qu’ils y passent. Je les
ai aidés à comprendre que s’ils se laissaient attraper par les écrans et
par Minecraft comme certains de leurs amis, d’autres parties de leur
vie pourraient en pâtir. Ils ne voudraient plus jouer au baseball aussi
souvent ; ni lire de livres aussi souvent ; ils seraient moins
intéressés par les projets de science et de nature ; deviendraient plus
déconnectés de leurs amis dans la vie réelle. Étonnamment, ils n’ont pas
besoin que je sois très persuasive maintenant qu’ils ont vu les
changements de certains de leur petits camarades victimes d’un excès de
temps devant l’écran.
Les psychologues en développement comprennent que le développement
sain d’un enfant implique des interactions sociales, des jeux d’éveil,
de l’imagination et de la créativité, et le contact avec le monde réel
et naturel. Malheureusement, le monde addictif et immersif des écrans
atténue et retarde ces processus de développement.
On sait aussi que les enfants sont plus enclins à la fuite dans
l’addiction s’ils se sentent seuls, aliénés, sans but, et s’ils
s’ennuient. Par conséquent, la solution est souvent d’aider les enfants à
se connecter à des expériences ayant du sens dans la vraie vie et à des
relations en chair et en os. L’enfant attaché à des activités créatives
et connecté avec sa famille est moins à même de s’évader dans un monde
fantastique numérique. Pourtant, même si un enfant a le meilleur soutien
et la plus aimante des familles, il ou elle peut tomber dans la Matrice
s’il se mettait à utiliser des écrans hypnotiques et à expérimenter
leurs effets addictifs. Après tout, environ une personne sur 10 est
prédisposée à des tendances à l’addiction.
Finalement, ma patiente Susan a récupéré la tablette de John, mais la
guérison fut une dure bataille chaotique et parsemée de coups durs tout
au long du chemin.
Quatre ans plus tard, après beaucoup de soutien et de renfort, John
va désormais beaucoup mieux. Il a appris à utiliser un ordinateur de
bureau de façon saine, et a acquis à nouveau le sens de l’équilibre : il
joue dans l’équipe de baseball et à plusieurs amis proches au collège.
Mais sa mère est toujours vigilante et reste une force positive et
proactive face à son usage des technologies car, comme dans toute forme
de dépendance, une rechute peut s’insinuer au moindre moment de
faiblesse. S’assurer qu’il possède des exutoires sains, qu’il n’a pas
d’ordinateur dans sa chambre, et qu’il dîne à table et sans technologie,
tout cela fait partie des solutions à mettre en œuvre.
* Les noms des patients ont été changés.
Le Dr Nicholas Kardaras est le directeur exécutif de The Dunes East
Hampton, l’un des meilleurs instituts de réhabilitation et ancien
professeur clinicien au Stony Brook Medecine. Son livre “Glow Kids: How
Screen Addiction Is Hijacking Our Kids — and How to Break the Trance” (
Les enfants luminescents : comment l’addiction aux écrans dévoie nos
enfants – et comment mettre fin à cette transe ) (St. Martin’s) vient de
sortir.

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