On en avait déjà connu des pas piquées des
hannetons, mais celle-là tient le pompon : 2016 aura été de bout en bout
une année de merde.
« Terrible, Horrible, No Good, Very Bad », titre l’Américain John Whitehead dans sa rétrospective publiée sur le site Rutherford Institute. Et d’ajouter pour faire bonne mesure :
« Guerres sans fin. Politiques toxiques. Violence. Faim. Tirs de police. Fusillades de masse. Ralentissements économiques. Cirque politique. Tragédies insensées. Perte. Chagrin. Intolérance. Préjudice. Haine. Apathie. Méchanceté. Cruauté. Pauvreté. Inhumanité. Avidité. »
Guerre sans fin au Moyen-Orient (et bel et bien
perdue par l’empire occidental). Mais faut-il oublier celles qui
dévastent dans un silence général les autres contrées du monde, le Congo
par exemple. Ou celles qui menacent avec cette ruée aux armements, cet
encerclement de la Russie par les forces de l’Otan en Europe.
Terrorisme sauvage et meurtrier, non pas exporté de l’étranger, mais souvent né dans nos propres quartiers sinistrés, comme le conducteur fou de Nice.
Cruauté, inhumanité contre les flots de réfugiés qui
se précipitent à nos portes, souvent victimes de notre avidité et de
notre absence de scrupules pour la satisfaire.
Politiques toxiques comme cette volonté de ruiner tous les acquis sociaux de l’après Seconde guerre mondiale : la loi Travail en France.
Majorités hagardes, désemparées, ballottées au gré d’une propagande qui tient désormais lieu d’information officielle.
Violences policières contre tous ceux qui veulent protester contre cette véritable démolition sociale. Ou carrément méchantes : au 28 décembre, 1143 personnes, en grande majorité afro-américaines, avaient été tuées par la police US aux États-Unis depuis le 1er janvier 2016.
Préoccupations écologiques, pourtant urgentes, évacuées dans le catalogue des bonnes intentions, toujours sacrifiées sur l’autel du profit débridé.
Situation économique morose et état financier calamiteux : stagnation généralisée, faillite en cours des banques italiennes et allemandes.
L’année 2016 aura été en tout point crépusculaire pour un monde de plus en plus fini, à l’image de toutes ces “stars” disparues qui illustraient nos années heureuses.
Il faut vraiment beaucoup gratter pour trouver quelques raisons d’échapper à cette terrible liste de sinistres. Peut-être cette volonté manifeste des populations de rejeter le vieux monde agonisant, ses malfaisants et ses malfaisances :
référendums contraires (Brexit, Italie…), choix de candidats
anti-système (Trump), minorités agissantes résolues (la ZAD de
Notre-Dame-des-Landes tient toujours)…
Mais rien en tout cas qui permettent d’augurer d’un monde d’après
lumineux pour dès 2017 (surtout pas via la prochaine présidentielle
française).
C’est ainsi, il nous faut prendre notre mal en patience et continuer
d’essayer d’aller de l’avant. En six décennies, je n’ai jamais connu de
“monde idéal”. Mais je ne puis dire non plus que je ne m’y suis pas
follement amusé. Les vieilles civilisations déglinguées tardent toujours
à s’effondrer, dans le vacarme, la douleur et le chaos, mais elles
finissent toujours par disparaître.
Bonne fin d’année à tous, malgré tout. Je termine en reprenant la citation de John Whitehead :« Ce qui est passé est un prologue » (William Shakespeare, La Tempête).
Le Yéti

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