Le Conseil de sécurité de l’ONU a voté par 14 contre 0 et une
abstention – les États-Unis – une résolution condamnant les colonies
israéliennes en Cisjordanie occupée.
La résolution adoptée
vendredi exige qu’Israël « cesse immédiatement et complètement toutes
les activités de colonisation dans les territoires palestiniens occupés,
y compris Jérusalem-Est, et qu’il respecte pleinement toutes ses
obligations légales à cet égard ».
C’est une déclaration claire que les activités coloniales d’Israël sont illégales, mais comme je l’ai expliqué dans une analyse jeudi, les résolutions existantes – qui n’ont pas été appliquées depuis des décennies – le font déjà.
Cette résolution, comme celles qui la précèdent, ne prévoit aucune
conséquence concrète pour Israël s’il ne s’y conforme pas. Il y a aussi
des éléments clés de la résolution – concernant la solution dite des
deux États et le droit des Palestiniens de résister – qui selon moi
érodent les droits des Palestiniens.
Mais les partisans des droits des Palestiniens vont au moins saluer
le renouvellement par le Conseil de sécurité de sa condamnation de
longue date du vol par Israël des terres palestiniennes. Cela donnera
une impulsion aux initiatives qui visent à mettre fin à toutes les échanges avec les colonies.
Drame diplomatique
Le vote est intervenu après 24 heures d’un extraordinaire drame
diplomatique et de violentes dénonciations israéliennes contre son plus
grand bienfaiteur, les États-Unis.
Le jeudi, quelques heures avant que la résolution parrainée par l’Égypte devait être votée, le Caire décida ce la retirer.
C’était le résultat d’une intense pression israélienne sur le
dictateur égyptien Abdulfattah al-Sisi, puisque comme l’a signalé le journal Haaretz
de Tel-Aviv, la résolution « n’était pas conforme aux bonnes relations
et à la coopération en matière de sécurité entre les deux pays, et
ferait beaucoup de mal à Israël. »
Mais le facteur décisif semble avoir été l’intervention du président américain élu Donald Trump, qui a tweeté que les États-Unis devraient opposer leur veto à la résolution et qui avait appelé Sisi personnellement pour s’opposer à l’initiative égyptienne.
Israël poussa un soupir de soulagement, et le quotidien en hébreu
Yediot Ahronot portait un titre en première page disant « Merci Sissi ».
L’armée égyptienne dépend fortement d’environ des 1,5 milliard de
dollars d’aide militaire américaine annuelle, un soutien qui ne perdure
que tant que l’Égypte continue de jouir des faveurs du lobby israélien.
Mais cela ne signifia pas la fin de la résolution. Quatre autres
membres du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le
Venezuela et le Sénégal – ont donné un ultimatum à l’Égypte disant que
si elle ne soumettait pas à nouveau la résolution, ils la soumettraient eux-mêmes à un vote vendredi.
En mode panique
Cela a mis Israël en « mode panique ». Un officiel israélien dont le nom n’est pas communiqué, a lancé une attaque violente contre le président Barack Obama et son secrétaire d’État.
« Le président Obama et le secrétaire [John] Kerry sont derrière
cette initiative honteuse contre Israël à l’ONU », a déclaré le
responsable aux médias. « L’administration américaine a secrètement
préparé avec les Palestiniens une résolution anti-israélienne extrême
derrière le dos d’Israël, qui propulsera le terrorisme et les campagnes
de boycott, et fait en réalité du mur occidental un territoire
palestinien occupé. »
L’officiel se référait au « mur occidental », anciennement dans le quartier marocain de Jérusalem,
qui fait partie de Jérusalem-Est occupée. Le responsable israélien a
appelé la résolution « un abandon qui rompt des décennies de politique
américaine de protection à l’égard d’Israël à l’ONU ».
L’attaque est d’autant plus extraordinaire que le mois de septembre dernier, Obama a approuvé le plus important programme d’aide militaire à Israël – un montant sans aucune condition de 38 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années.
Vendredi matin, le sénateur républicain Lindsey Graham a menacé de faire tout son possible pour bloquer le financement américain des Nations Unies si la résolution était adoptée.
Le représentant de la Malaisie, Ramlan Ibrahim, a déclaré au Conseil
de sécurité avant le vote que le projet était rendu plus urgent par
l’adoption récente par Israël d’une nouvelle loi pour légitimer ses vols de terres en Cisjordanie.
L’ambassadrice américaine Samantha Power a déclaré au Conseil de
sécurité après le vote que l’organisme avait « réaffirmé le consensus
établi que les colonies n’ont aucune validité juridique. »
Elle a souligné que jusqu’à aujourd’hui, l’administration Obama avait
été le seul gouvernement américain depuis 1967 qui n’a pas assisté à
moins une résolution adoptée sur la question.
Power a aussi affirmé que l’ONU avait un long passif d’un traitement
injuste d’Israël, et elle a condamné les États membres pour leurs
critiques d’Israël et pour appliquer ce qu’elle a qualifié de « double
standard ».
Indépendamment du psycho-drame lié à ce vote, la situation sur le
terrain reste inchangée : Israël continue de s’emparer des terres
palestiniennes et de construire des colonies, tandis que le Conseil de
sécurité de l’ONU publie des résolutions qui restent des bouts de
papier.
Photo : ActiveStills.org - Juin 2014 - Territoires palestiniens - Rassemblement de colons et
fascistes israéliens, appelant au meurtre de Palestiniens -
23 décembre 2016 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine

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