Charles Sannat
“Des responsables de la plateforme logistique de Leroy Merlin de
Valence ont établi un listing des intérimaires, en annotant des
commentaires très péjoratifs sur les recrues telles que ”feignasse” ou
encore ”vicieux”, révèle France 3.
”Mou du genou”, ”Beurk”, ”Feignasse”, ”Vicieux”, ”Trop bavarde”…
C’est par ces termes pour le moins péjoratifs que des responsables de la
plateforme logistique de Valence de Leroy Merlin dans la Drôme qualifie
les intérimaires employés chez l’enseigne, dans un listing diffusé par
France 3.”
Bon, ce n’est pas bien de dire que quelqu’un, et d’un collaborateur,
que c’est une feignasse. C’est évident, cela manque cruellement
d’élégance. Mais dire qu’il est paresseux… n’est pourtant pas plus
légal.
Dans notre monde d’hypocrisie où tout est censé se valoir, alors
qu’évidemment tout ne se vaut pas et que les différences de prix des
produits sont aussi justifiées que les différences d’appréciations sur
des … collaborateurs !
Et nous arrivons au débat sur la discrimination. S’il est évident
pour toutes et tous qu’il est détestable et insupportable de discriminer
par exemple une femme parce qu’elle est femme, il n’en reste pas moins
que par définition, “choisir” c’est être “discriminant”. Quand je
choisis dans ma garde-robe telle chemise plutôt que telle autre, je fais
un choix discriminant et par essence un choix n’est pas forcément
rationnel. Si lutter contre les discriminations même semble évidemment
totalement légitime, ce combat se heurte à la difficulté majeure de la
réalité, à savoir qu’au bout du compte faire des choix, c’est par nature
discriminer.
Cela signifie que nous devons débattre de la manière dont la société
autorise aux individus et en l’espèce aux entreprises de choisir, et
dans quel cadre elles peuvent avoir des processus légaux de choix.
Le cas de Leroy-Merlin montre toute l’hypocrisie actuelle du marché
du travail et des techniques de management. Le bon sens dans le fait de
noter un collaborateur est désormais absent et les entreprises sont
prises entre d’un côté le politiquement correct juridiquement étouffant
et la nécessité opérationnelle de diriger des équipes, ce qui nécessite
de faire de choix.
Alors comment sanctionner les paresseux, et promouvoir les “bosseurs”
? C’est loin d’être aussi facile qu’il n’y paraît alors que la loi par
exemple impose “l’égalité salariale” et donc à travail égal, un salaire
égal. Or entre deux personnes faisant le même travail, mais l’un bien et
l’autre mal… il est désormais de plus en plus difficile d’être
“discriminant” et donc de récompenser celui qui travaille plus.
Résultat ? Celui qui travaille plus n’étant pas forcément récompensé, les incitations positives à l’effort disparaissent.
Or le progrès humain est basé sur les incitations positives. Sans
incitations positives individuelles, point de progrès et d’évolution
mais une immense stagnation avant d’immenses reculs.
Il faut donc trouver les bons équilibres.

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