Pierre Barbancey
Menacées d’être inscrites sur une « liste noire », des compagnies font
savoir qu’elles ne renouvelleraient pas leurs contrats. Tel-Aviv tente
d’en empêcher la publication.
La décision avait été prise en mars 2016 par le Conseil des droits
de l’homme des Nations unies : créer une « liste noire » des
entreprises dans le monde qui opèrent dans les territoires occupés par
Israël, à savoir la Cisjordanie et Jérusalem-Est, ainsi que le plateau
du Golan. Une motion proposée par la Palestine et les États arabes qui
condamnait l’existence des colonies d’implantation et appelait les
entreprises à ne pas investir dans ces colonies, mais allait donc plus
loin avec la création d’une base de données permettant de lister ces
compagnies. Aucun pays n’avait voté contre, les pays européens
s’abstenant, la résolution avait été approuvée par 32 pays et 15
abstentions. Au grand dam d’Israël qui tentait de faire croire qu’il
s’agissait d’une mesure antisémite « rappelant les heures sombres de
l’histoire », en parlant même de « business juif » ! Une rhétorique
largement usitée par Tel-Aviv et reprise récemment par Emmanuel Macron
et son premier ministre qui voient dans l’antisionisme « un nouvel
antisémitisme ».
L’action de l’ONU est déjà couronnée de succès
Dix-huit mois plus tard, néanmoins, la décision des Nations unies est
suivie d’effets. La Commission des droits de l’homme de l’ONU a, en
effet, commencé à envoyer des lettres à près de 150 compagnies en Israël
et dans le monde les mettant en garde sur le fait qu’elles sont
susceptibles de se retrouver sur la « liste noire ». La lettre, signée
par le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein,
souligne que ces compagnies font des affaires « dans les territoires
palestiniens occupés », en « contravention avec les lois internationales
et les décisions de l’ONU ». Selon le quotidien israélien Haaretz,
trente de ces compagnies seraient états-uniennes, un certain nombre sont
basées en Allemagne, en Corée du Sud et en Norvège, les autres étant
israéliennes. Parmi les compagnies américaines, le Washington Post a
relevé la présence de Caterpillar, Priceline.com, Trip- Advisor et
Airbnb. Selon la chaîne israélienne Channel 2, la liste inclurait
Coca-Cola, Africa-Israel ou encore la Bank Leumi. Pour l’heure, les
États-Unis, qui n’ont pu empêcher le vote l’an dernier malgré
l’intervention directe de John Kerry alors secrétaire d’État, tentent
maintenant d’éviter la publication de cette liste.
L’action de l’ONU est déjà couronnée de succès. Un officiel
israélien, cité par Haaretz sous couvert de l’anonymat, explique ainsi
qu’un certain nombre de compagnies ont d’ores et déjà fait savoir
qu’elles ne renouvelleraient pas leurs contrats et n’en signeraient pas
de nouveaux. « Ces compagnies ne peuvent tout simplement pas faire la
distinction entre Israël et les colonies et mettent un terme à leurs
opérations dans leur ensemble », explique cette source.
La publication de la liste pourrait avoir lieu en décembre
Un comité interministériel israélien a été créé, associant les
Affaires étrangères, ceux des Affaires stratégiques, de la Justice et de
l’Économie. La publication de la liste pourrait avoir lieu en décembre.
D’ici là, Tel-Aviv brandit la menace en s’adressant aux pays
étrangers : utiliser cette liste équivaudrait à accepter un boycott
d’Israël. Clairement, la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions
(BDS) est aujourd’hui une des armes visant à défendre le droit des
Palestiniens les plus redoutées par le gouvernement israélien. Alors
qu’en 2015 l’Union européenne a stipulé que les marchandises en
provenance des colonies devraient être étiquetées comme telles, le
gouvernement israélien continue à utiliser un code ZIP digital à sept
chiffres qui rend pratiquement impossible toute distinction entre Israël
et les colonies.
Source : Humanité

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire