Jean-Luc Mélenchon
Monsieur le Président,
J’ai le regret de vous informer que mon groupe a décidé de ne plus
participer à la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la
Nouvelle-Calédonie. Nous étions pourtant bien déterminés à nous associer
à ses travaux.
En me désignant comme membre de cette mission, notre groupe voulait
souligner l’intérêt collectif qu’il apporte à ce territoire et à ses
populations dans le contexte complexe qui est le sien. Cela non
seulement parce que j’en suis le président, mais parce que j’ai suivi
personnellement chaque étape de la vie politique du territoire depuis
avant même les accords entre ses protagonistes.
Il s’est révélé cependant qu’un accord d’origine inconnue a décidé de
confier la présidence de cette mission à monsieur Manuel Valls. On ne
saurait faire choix plus inapproprié. Monsieur Valls est un personnage
extrêmement clivant, qui suscite de forts rejets du fait de sa proximité
avec les thèses ethnicistes de l’extrême droite.
On se souvient d’avoir entendu monsieur Valls exprimer devant des
caméras ses préjugés sur la couleur de peau de ses administrés, en
regrettant qu’il n’y ait pas assez de « whites » et « blancos » autour
de lui. Il a affirmé également, étant ministre de l’Intérieur, que
certaines populations étaient « inassimilables ». De plus, sa proximité
avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne fait l’objet d’une
ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du
nôtre.
Pour toutes ces raisons, monsieur Valls ne saurait être le personnage
unifiant et tolérant qu’une telle mission impose dans le contexte
particulier de la Nouvelle-Calédonie/Kanaky. Nous en voyons un signe
supplémentaire quand nous l’entendons accuser notre groupe de
complaisance pour les assassins islamistes. Cette accusation, formulée
dans les termes de l’extrême droite, confirme l’inaptitude du personnage
à mesurer ses propos et à proportionner l’expression de ses
préférences. Nous redoutons ce qu’il pourrait être conduit à dire à
propos des personnes à qui ses préjugés ethniques ou politiques
viendraient à l’opposer dans le dossier de la mission.
Nous voulons donc marquer notre désapprobation totale du choix d’un
tel personnage. Nous estimons qu’il s’agit d’une décision peu
respectueuse de l’intérêt des parties prenantes au destin du territoire.
À la veille d’un référendum décisif, ce choix sonne comme un signe de
manque d’intérêt qui relègue le sujet à une opération de repêchage d’un
ancien Premier ministre. Et cela alors même que celui-ci a déjà été
désavoué de toutes les façons possibles dans un passé trop récent, pour
ne pas provoquer encore d’inutiles tensions préjudiciables à l’intérêt
de la mission.
Avec l’expression de mes regrets,
Je vous prie de croire Monsieur le Président à l’expression de ma considération.
Jean-Luc Mélenchon
Président du groupe parlementaire « La France insoumise »
Lettre de Jean-Luc Mélenchon au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. Retrouvez ce document en PDF.

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