mercredi 29 novembre 2017

Cette connerie disruptive


tgb

Disruptif... ! En voilà un mot qu’il est bio !
Innovation disruptive, technologie disruptive, président disruptif…ça disrupte grave dans nos chaumières, ces temps ci.

Etre disruptif c’est tendre à la rupture, changer de logiciel ou de modus operandi. Mais pas seulement.
On ne dira pas à sa femme de disrupter avec son amant, en revanche on pourrait très bien lui conseiller de disrupter question culinaire (désolé pour le côté sexiste de la chose) et d’abandonner le beauf mironton un peu trop Paulette au profit des raviolis sphériques au thé versus cuisine moléculaire.
Si être boulanger c’est vulgairement perpétuer la tradition du batard, si être néo boulanger c’est déjà participer à l’innovation du crouton, être vraiment disruptif question pétrin c’est devenir uber boulanger et entrer en grandes pompes dans la start up nation du quignon décongelé.
Oui, dans le concept de disruptivité il est une notion de rupture avec les anciens modèles, encore, faut-il en créer de nouveaux.
Certes, cesser de rembourser des montures Chanel à tous les bigleux assistés ou décourager les chômeurs de partir bouffer les aides colossales de l’état providence aux Bahamas c’est rompre, mais proposer de ne plus rien rembourser du tout à celles et ceux même pas foutu(e)s de devenir milliardaires est nettement plus disruptif.
Si, dire que demain l’université devra diffuser de l’intelligence dans un monde dispersé par le numérique c’est original (et encore), mieux vaut l’exprimer dans un langage approprié : "L'université va devoir faire des clusters d'intelligence dans un monde diffracté par le numérique » (Macron - Berlin) pour être tout à fait disruptif.
Car être disruptif, c’est non seulement être pionnier dans son domaine, en finir avec les schémas anciens, mais venir surtout là où personne ne vous attend et créer un phénomène de masse.
Manque de bol, tout comme Montebourg qui ne dit pas que des conneries - "Prétendre que l'ubérisation de l'économie sera disruptif et produira de la croissance, est une connerie libérale" (Arnaud Monbetourg - in En campagne - 2016) - je le sais je le sens, je suis pas assez disruptif comme mec.
Je soupçonne même la notion de disruptivité d’être une vaste plaisanterie visant à tout changer pour ne rien changer dans le concept néo-giscardien ébouriffant du changement dans la continuité ;
«On peut y faire du coworking et y installer des start-up.» S Bern à propos du patrimoine à l’abandon.
Bref, faire du neuf avec du vieux. Exemple : En Marche.
Débaucher de l’opportuniste à droite, faire de l’ouverture avec du carriériste de « gauche », créer un mouvement pseudo transversal dans une hiérarchie férocement pyramidale et prôner de la bonne vieille politique néolibérale réchauffée, continuation, accélération, amplification du thatchérisme d’il y a 40 ans ; inaugurer tout sourire la énième saison caritative restos du coeur et promouvoir la charité de la dame patronnesse au détriment de la solidarité citoyenne me paraît très modestement disruptif.
Vous voulez la misère secourue, moi, je la veux supprimée. (Victor Hugo).
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. (Jaures).
Quand la politique sent le vieux on nous la sert moderne.
Déjà quand j’étais môme et qu’on nous serinait du jeune et moderne ça faisait furieusement ringard.

Aucun commentaire: