Michel
Collectivités territoriales : la tirelire de l’Etat ?
13
milliards d’économies à faire, 70 000 postes de fonctionnaires
territoriaux à supprimer, voilà en gros le régime draconien auquel le
Président Macron entend soumettre les collectivités territoriales.
Passées
les grandes envolées lyriques sur la « mort programmée des petites
communes », arrêtons-nous un instant sur ce qui semble bien être une
partie de poker menteur.
L’affaire de la taxe d’habitation
Tout
le monde s’accorde à dire que cet impôt est injuste, mais alors
pourquoi ne le supprimer que pour 80 % des foyers ? Tout simplement
parce que le supprimer complètement coûterait trop cher aux finances de
l’Etat : la « justice fiscale » est parfois très pragmatique.
En
second lieu, puisqu’une recette locale qui se traduit par une perte
d’autonomie fiscale des communes et intercommunalités disparaît, par
quoi la remplace-t-on ? Par une dotation de l’Etat qui proviendra
d’autres recettes fiscales : il n’y a rien de gratuit. Le « cadeau
fiscal » promis à 80 % des ménages sera payé par eux-mêmes et les 20 %
restants par une nouvelle fiscalité qui se cherche en ce moment. Parmi
les pistes, une taxe supplémentaire sur les revenus, chose qui avait
déjà été envisagé pour les taxes foncières dans les années 90, mais
rapidement abandonné. En tout état de cause, les plus riches (les
premiers de cordée…) ne devraient pas être sollicités, bien entendu.
Rappelons
pour la petite histoire qu’une étude était en cours dans plusieurs
départements pour réformer la taxe d’habitation, mais que les résultats
(explosifs) d’une réforme des bases locatives servant de base au calcul
des taxes ont conduit prudemment nos gouvernants à ne pas en publier les
conclusions.
Cette
affaire de la suppression de la taxe d’habitation est donc bien une
partie de poker menteur de la part de l’Etat avant d’être un quelconque
cadeau (qui n’en sera pas un) aux ménages.
La « révolte » des Maires
Le
congrès des Maires de France a donné lieu avant et pendant sa tenue à
une formidable opération de communication dans laquelle étaient mis en
scène des Maires de petites communes en proie aux pires difficultés : là
un Maire en blazer et pantalon crème consolidant la bordure d’un
parterre, une autre juchée sur la fourche du tracteur de l’agriculteur
du coin accrochant les décorations de Noël sur la façade de la Mairie ou
encore ce Maire obligé de lancer une souscription auprès de ses
administrés pour réparer la salle de sports… On aura tout vu !
Grands
absents de cette campagne de com, les intercommunalités et les
Départements, les premiers étant sensés mutualiser et par conséquent
pallier le manque de moyens des petites communes, les seconds étant les
relais naturels de la ruralité avec leurs subventions et autres contrats
de territoires.
La
très puissante Assemblée des Maires de France a donc choisi la carte du
misérabilisme pour déclencher l’indignation des citoyens sans parler de
ce qui se passe autour des communes ni dire que les fusions de communes
sont à même de résoudre des situations critiques.
Les
enjeux sont ailleurs et le citoyen moyen tenté de s’indigner ne pensera
pas un seul instant qu’il se fait manipuler par des lobbys très
puissants d’élus et leurs partis politiques pour lesquels le petit maire
rural est la source de leur puissance et de leur pérennité dans la vie
politique.
Partie de poker menteur là aussi…
Où Macron va-t-il trouver les économies ?
Pas
dans la petite commune de 250 habitants, ni même dans celle de 1000,
mais plus certainement en lorgnant du côté des doublons (avérés) entre
communes et intercommunalités. Il est de notoriété publique que lors de
la création des intercommunalités, et plus récemment lors de la
diminution de leur nombre, aucune économie de fonctionnement n’a été
réalisée, les mairies ayant gardé leurs services, d’autres se créant à
l’interco. Il y a donc eu une tendance inflationniste tant en matière de
personnel que de coûts de fonctionnement qui perdure et perdurera
encore pendant longtemps ne serait-ce que parce que les nouveaux maîtres
des intercommunalités ont besoin de troupes à commander pour exister.
C’est
du côté des Conseils Départementaux (ex généraux) que les choses
risquent de se gâter tout simplement parce que le programme de Macron
prévoit leur fusion avec les Métropoles, encore faudrait-il que les
compétences transférées soient drastiquement revues si l’on veut faire
réellement des économies.
Par
exemple, hors de question de fusionner les assemblées qui deviendraient
alors pléthoriques, juste pour faire plaisir aux élus, sinon ce serait
un coup pour rien, avec maintien des coûts de fonctionnement existants
(indemnités d’élus, personnel de cabinet, dépenses de communication,…).
Il
serait utile par ailleurs de prendre acte que ces Conseils
départementaux sont devenues des collectivités à vocation
essentiellement sociale et que cette compétence devrait être dévolue à
la CAF, organisme payeur du RSA. La compétence collège devrait, en bonne
logique être regroupée avec les compétences lycées et transports
scolaires à la Région.
Enfin
pour la compétence sociale, soulignons que le Conseil Départemental a
souvent recours à une forme de sous traitance mal maîtrisée auprès d’une
myriade d’associations qui génèrent toutes des frais de structure avec
doublon.
Enfin,
le regard du gouvernement se porte actuellement sur les organismes HLM
sommés de réduire les loyers à concurrence de la baisse envisagée des
APL : comment faire payer aux autres les conséquences de ses propres
décisions… sans toutefois que soient concernés les bailleurs privés
(étrange, non ?).
Selon l’endroit d’où l’on parle…
Nul
doute que des économies soient possibles dans l’absolu en
rationnalisant l’action des acteurs locaux (communes et
intercommunalités, Conseils Départementaux, offices HLM,…), à condition,
d’une part que les élus concernés arrêtent de mener les citoyens en
bateau à partir de faux présupposés et que le gouvernement si prompt à
épargner les riches prenne toute la mesure de la situation des
territoires ruraux et des villes moyennes dont les élus ont parfois
précipité l’agonie des centres villes en sollicitant la grande
distribution pour venir s’implanter sur des terres agricoles.
Il faudra expliquer tout cela avec beaucoup de pédagogie, mais on n’en prend pas le chemin.
Là
également, il y a du poker menteur : Macron souhaite implanter son
parti politique sur tout le territoire et il aura bien du mal à le faire
sans arroser le terrain avec des subventions. Il a déjà promis des
subventions pour la revitalisation des centres dans les villes
moyennes : chercher l’erreur !
Le concours de conneries se poursuit et c’est le citoyen qui en fait les frais.

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