Stéphane Ortega
Un amendement à la loi de finances 2018 a été déposé par deux députés La République en Marche (LREM) afin de durcir les sanctions contre la fraude fiscale.
Une volonté de s’attaquer à un manque à gagner de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour l’État ou un coup de communication sur un budget particulièrement favorable aux plus riches ?
Le durcissement des sanctions contre la fraude fiscale cache mal un budget taillé sur mesure pour les premiers de cordée. En début de semaine, deux députés LREM ont annoncé le dépôt d’un amendement au projet de loi de finances pour alourdir les sanctions contre les fraudeurs fiscaux. Ils proposent de porter la peine maximale encourue de 7 à 8 ans d’emprisonnement et l’amende de 2 à 3 millions d’euros. À cela ils ajoutent la proposition de déchoir automatiquement de leurs droits civiques (droit de vote et éligibilité) les contrevenants.
Une mesure plus symbolique que draconienne. D’abord, elle ne concerne
que les cas de fraude fiscale aggravée. Ceux commis en bande organisée,
avec une fausse identité, de faux documents ou sur des comptes
dissimulés. L’optimalisation et l’évasion fiscale des entreprises
passent sous les radars. Ensuite, le durcissement des peines parait
plutôt démagogique dans la mesure où sur 152 condamnations à des peines
d’emprisonnement pour fraude à l’impôt en 2015, seulement une a été
supérieure à 3 ans de prison. Ainsi son passage à 8 ans au lieu de 7 ans
ne devrait rien changer.
La fraude et l’évasion fiscale coûteraient 60 à 80 milliards d’euros
Pourtant, la fraude et l’évasion fiscale atteignent des sommes
indécentes. Un rapport du Sénat pointait en 2012 un manque à gagner
annuel pour l’État français de 30 à 36 milliards d’euros. Soit plus d’un
point de PIB, ou pour être plus parlant, autant que les budgets de la
recherche et de la culture cumulés. D’autres chiffres moins optimistes
évaluent l’évasion fiscale autour de 60 à 80 milliards d’euros par an.
De toute façon, cent fois plus que le montant estimé des fraudes
sociales.
La proposition d’amendement des députés LREM ne modifie pas
significativement les chances de succès dans la lutte contre la fraude
fiscale. L’élément le plus déterminant, « le verrou de Bercy », n’est
pas concerné par la demande. Encore aujourd’hui, c’est le ministère du
Budget qui conduit les poursuites judiciaires pour fraudes fiscales.
Ainsi, ces infractions font l’objet d’un traitement plus politique que
judiciaire. Au mois de juillet, au moment de l’examen de la loi « rétablissant la confiance dans l’action publique », la demande de suppression du monopole de l’administration fiscale a été rejetée par les députés LREM.
L’amendement proposé maintenant résonne comme à contretemps. Les deux
députés porteurs du nouvel amendement, Richard Ferrant, le président du
groupe parlementaire LREM et Stanislas Guerini, le porte-parole du
groupe à l’Assemblée, ne sont pas des seconds couteaux. Difficile donc
de voir dans cette proposition une initiative de francs-tireurs. Une
tentative de diversion est plus probable dans l’objectif de faire
oublier les cadeaux aux plus fortunés du projet de loi de finances 2018.
Premiers de cordée, premiers servis
Pas certain que cela suffise à donner l’illusion d’un budget
équilibré ne favorisant pas seulement les hauts revenus et les
entreprises. La suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune
(ISF), remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), ampute le
budget de 3,2 milliards d’euros selon Bercy. Selon l’Observatoire
français des conjonctures économiques, il faudra compter 800 000
millions supplémentaires. Le prélèvement forfaitaire unique sur les
intérêts du capital, fixé à 30 %, favorise lui aussi les plus aisés. Son
coût est estimé à 4 milliards d’euros pour les finances publiques. De
son côté, le taux d’impôt sur les sociétés passe de 33 à 28 %, avant de
descendre à 25 % d’ici 2022. Quant au Crédit d’impôt pour la
compétitivité et l’emploi (CICE) il est confirmé en 2018, malgré son
coût et son inefficacité, en attendant d’être transformé en suppression de cotisations sociales en 2019.
Pendant ce temps, l’augmentation de la CSG ponctionnera 20 milliards
d’euros pour tous les contribuables. Les quelques mesures présentées
comme étant plus favorables aux classes moyennes et aux salariés, comme
la baisse de la taxe d’habitation ou la suppression d’une partie des
cotisations sociales des salariés, ne compenseront pas le manque à
gagner. Le journal Basta
a chiffré à 53 milliards le bonus aux plus fortunées et à 18,4
milliards la perte pour l’ensemble des ménages, dans le projet de loi de
finances 2018. Un budget pour premiers de cordée.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire