lundi 6 novembre 2017

L’Etat catalan dans l’Histoire

Un article sur la Catalogne pour une autre manière de voir suite à celui du 2/11 publié sur ce blog "Catalogne : ça tourne à la pantalonnade". (Marissé)

Rosa Llorens

Le terme de "régionalisme" pour désigner les revendications catalanistes est erroné : il ne pourrait concerner que des revendications particularistes de Girone, Tarragone ou Lleida qui, avec Barcelone, constituent les 4 régions de la Catalogne qui, elle, est une nation (fait reconnu dans la Constitution de 1978). Du reste, actuellement, il y a bien un mouvement régionaliste en Catalogne, celui de la Vall d’Aran, qui est une sous-région (vigueria) de Lleida. Quant au catalanisme, c’est un nationalisme, mais c’est le nationalisme d’une nation sans Etat, donc bien moins dangereux que le nationalisme espagnol.
Tous ceux qui se posent des questions sur les événements en cours devraient réaliser que la réponse est dans l’Histoire : l’Etat catalan a existé depuis le IXe siècle (lorsque les Comtes de Barcelone sont devenus indépendants de l’Empire Romain Germanique, à la mort de Charlemagne) dans les mêmes frontières qu’aujourd’hui, bien avant que n’existe la France, et 6 siècles avant l’Espagne. Au XIVe siècle, il s’est fédéré avec l’Aragon, dans la monarchie catalano-aragonaise, qui elle-même s’est fédérée avec la monarchie espagnole en 1492, avec égalité de droits entre les 2 monarchies, qui restaient distinctes ("Isabel tanto monta, Fernando monta tanto"). Le mouvement autoritaire de centralisation des monarchies européennes a provoqué une première guerre entre l’Espagne et la Catalogne en 1632, le Guerre des Moissonneurs, perdue par les Catalans, mais qui a donné à la Catalogne son hymne national, le Chant des Moissonneurs. C’est la deuxième guerre, née à l’occasion de la Guerre de Succession d’Espagne, (la Catalogne et l’Espagne soutenaient deux prétendants au trône différents) qui a entraîné pour la Catalogne la perte de tous ses droits, en 1714 (le prétendant vainqueur, Felipe V, petit-fils de Louis XIV, a imposé le système centralisé français) ; mais cette défaite a donné à la Catalogne sa fête nationale, le 11 septembre, aujourd’hui jour férié, et solennellement commémoré. La soumission de la Catalogne a duré moins d’un siècle : alors que l’Espagne devenait un Etat parasite, dépendant de l’exploitation de ses colonies sud-américaines, la Catalogne participait à la révolution industrielle, devenant le moteur économique de l’Espagne (et, ce, jusqu’en 1936). C’est ce qui explique, au moins en partie, que le nationalisme ne s’est jamais dégradé en "régionalisme" ( comme ç’a été le cas pour des régions purement rurales comme la Bretagne). Le XIXe siècle a été pour la Catalogne celui de la Renaissance (Renaixença), non seulement économique, mais politique et culturelle : et le mouvement catalaniste a abouti en 1931, lorsque la République a été proclamée à Barcelone, au balcon de la Generalitat, avant de l’être à Madrid, par son Président, Francesc Macià. Depuis, la Catalogne a retrouvé ses institutions propres et a fonctionné comme un Etat (sauf la monnaie et l’armée) jusqu’en 1939 et l’entrée des fascistes à Barcelone ; pendant la guerre, la Catalogne s’est gouvernée elle-même, Madrid ayant assez à faire de son côté pour résister aux fascistes, et elle a été la dernière partie de l’Espagne à représenter la République. Le Président de la Generalitat d’alors, Lluis Companys, a été fusillé par les franquistes. Mais la légalité démocratique a perduré, à travers un gouvernement catalan en exil, représenté par Tarradellas qui, après la mort de Franco, est rentré en Catalogne et a assuré la continuité des institutions catalanes en adressant aux Catalans ces mots célèbres, depuis le balcon de la Generalitat : "Catalans, je suis de nouveau là" ("ja soc aqui"). C’est pourquoi, ces jours-ci, on faisait remarquer, dans la presse catalane, que l’autonomie catalane ne dépend pas de la constitution, puisqu’elle a été proclamée et remise en fonctionnement avant la rédaction de la Constitution de 1978.
Quant à ceux qui objectent que le catalanisme a toujours été conduit par la bourgeoisie, je voudrais bien qu’ils citent un seul Etat ou mouvement politique prolétarien en dehors, justement, de la Catalogne qui, entre 1936 et 1937, a fait la Révolution et a été dirigée par le syndicat anarchiste CNT - (voir Hommage à la Catalogne d’Orwell et Land and freedom de K. Loach). De plus, il y a un fait essentiel qu’on ne trouve guère dans les analyses consacrées à la Catalogne, c’est que le mouvement pour l’indépendantisme est soutenu par la petite et moyenne entreprise catalane (représentée par le parti de Carles Puigdemont, le PDeCat), tandis que le grand capital catalan s’est rallié (comme en 1936) à Madrid - et à la répression par l’article 155.
Enfin, ceux qui parlent de "fuite" de Puigdemont oublient, toujours, l’histoire ; le Président Companys, aussi, avait "fui" lors de la victoire des fascistes, en France (où il a été livré en 1940 à la police franquiste), dans l’intention d’assurer la survie du gouvernement catalan (un représentant du gouvernement espagnol a promis à Puigdemont le même sort que lui : être fusillé. )

Les événements actuels font surgir à la surface les racines fascistes du PP : rappelons que le galicien Rajoy a reçu l’investiture du galicien Fraga, hiérarque du galicien Franco.

Pris sur le forum du Grand Soir

Lire également : Catalogne. Le Chemin sera long

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