Floréal
“Notre Johnny national” fuyait l’impôt, tentait périodiquement
d’abandonner la nationalité française, vivait en Suisse et idolâtrait
les “States”.
Au point d’adopter un pseudo en (mauvais) anglais. Il n’a
pas peu contribué, avec ses collègues de la génération yéyé, à placer la
chanson française dans le sillage des modes anglo-saxonnes. Enfin,
n’oublions pas que ce nanti avait choisi son camp, celui du Fouquet’s et
de Sarkozy.
Et pourtant, telle est la force du talent, de la voix humaine, du
rythme, de ce mélange de virilité et de souffrance tue, de révolte
partagée, fût– ce à vide et sans cible bien identifiée, qu’aujourd’hui,
ceux-là mêmes qu’il agaçait, sont attristés. Sans doute parce qu’il a
incarné l’impasse de ces années soixante qui, commencées dans la
rébellion et la fureur de vivre, n’auront accouché que du “capitalisme
de la séduction” et de la contre-révolution.
Peut-être aussi parce que, dans sa manière si antinationale d’être
notre “Johnny national”, d’américaniser la France mais aussi de
franciser l’Amérique, ce petit Belge abandonnique nous parlait,
tragiquement, de nos lourdes dérives.
Un souffle, haché par la maladie, s’est arrêté. Mais la voix généreuse et rauque à la fois, continue.
Un souffle, haché par la maladie, s’est arrêté. Mais la voix généreuse et rauque à la fois, continue.
Le chant n’a pas de fin, et c’est à nous de lui en trouver une autre. Reviens, le jour !

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