mardi 12 décembre 2017

Les années soixante, c’est bien fini ! À propos de la mort de Johnny.


Floréal

Notre Johnny national” fuyait l’impôt, tentait périodiquement d’abandonner la nationalité française, vivait en Suisse et idolâtrait les “States”.

Au point d’adopter un pseudo en (mauvais) anglais. Il n’a pas peu contribué, avec ses collègues de la génération yéyé, à placer la chanson française dans le sillage des modes anglo-saxonnes. Enfin, n’oublions pas que ce nanti avait choisi son camp, celui du Fouquet’s et de Sarkozy.
Et pourtant, telle est la force du talent, de la voix humaine, du rythme, de ce mélange de virilité et de souffrance tue, de révolte partagée, fût– ce à vide et sans cible bien identifiée, qu’aujourd’hui, ceux-là mêmes qu’il agaçait, sont attristés. Sans doute parce qu’il a incarné l’impasse de ces années soixante qui, commencées dans la rébellion et la fureur de vivre, n’auront accouché que du “capitalisme de la séduction” et de la contre-révolution.
Peut-être aussi parce que, dans sa manière si antinationale d’être notre “Johnny national”, d’américaniser la France mais aussi de franciser l’Amérique, ce petit Belge abandonnique nous parlait, tragiquement, de nos lourdes dérives.
Un souffle, haché par la maladie, s’est arrêté. Mais la voix généreuse et rauque à la fois, continue.

Le chant n’a pas de fin, et c’est à nous de lui en trouver une autre. Reviens, le jour !

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