L.D.
Des membres du Parlement européen ont l’intention – a-t-on appris – de présenter à Benjamin Netanyahou
une facture de 1,2 milliard d’Euros, en indemnisation des destructions
opérées par l’armée d’occupation israélienne en Cisjordanie, où elle
s’en prend régulièrement à des installations financées par l’U.E. au
bénéfice de la population palestinienne.
Des affiches ont fait leur apparition, la semaine dernière, dans le
hall et les couloirs du Parlement européen, qui présentent au Premier
ministre israélien la note de l’U.E. pour la démolition d’une multitude
de projets humanitaires payés par les contribuables européens.
Des douzaines de parlementaires européens ont signé une pétition qui
accompagne les affiches (et ils ont l’intention, semble-t-il, d’acheter
une pleine page dans le quotidien Haaretz). Ils souhaitent –
ironiquement, on voudrait le croire – la bienvenue à Netanyahou à Bruxelles, où il s’est imposé plus qu’il n’a été invité (de sorte d’ailleurs que sa visite et le petit-déjeuner de travail sont classés “non officiels”), et ils le prient de payer la douloureuse avant de repartir.
Le montant de cette facture est de 1,2 milliard d’Euros et représente
le coût de la destruction de nombreux projets humanitaires financés par
l’U.E., tous situés en “zone C”, c’est-à-dire en territoire sous le
contrôle total d’Israël 1.
Parmi les destructions opérées par l’occupant : des installations
d’adduction d’eau pour des Bédouins dont les habitations sont
régulièrement démolies par les soldats de “l’armée la plus morale du monde”,
des constructions pour des écoles ou des jardins d’enfants, des
conduites d’eau, des citernes, des panneaux solaires pour la productions
d’électricité 2, des plantations d’arbres 3.
Selon les signataires de la pétition, environ 400 projets d’aide
humanitaire financés par l’UE et les États membres construits pour les
communautés palestiniennes vulnérables en Cisjordanie occupée ont été
délibérément démolies ou confisquées par Israël en dehors des hostilités
militaires et en violation du droit international humanitaire depuis en
2009, c’est-à-dire depuis que Netanyahou est devenu
Premier ministre. Ils précisent que le montant 1,2 milliard d’Euros ne
représente pas la valeur totale des installations détruites par Israël,
mais uniquement la part qui avait été financée par l’U.E. ou ses États
membres. Il ne comprend pas non plus le préjudice subi par les familles
palestiniennes à qui ces projets devaient bénéficier, pas davantage que
le tort infligé à toute perspective de paix 4.
Cette initiative s’inscrit dans un débat en cours au sein de l’U.E.,
puisque voilà un an que la commission compétente du Parlement européen
avait recommandé que les États membres de l’Union réclament un
dédommagement à Israël à chaque fois qu’une infrastructure financée par
les Européens serait détruite volontairement ou confisquée. Mais depuis
lors rien n’a été fait concrètement. C’est d’autant plus scandaleux que
le problème est parfaitement identifié depuis bien longtemps, et qu’on
ne peut éviter de conclure qu’il y a une volonté politique délibérée
d’assurer à Israël une impunité qui heurte profondément la conscience.
“Il est inconcevable que les institutions européennes et les
États membres imposent une austérité à leurs citoyens pour tenter de
gérer correctement les fonds publics, mais quand il s’agit du
gouvernement d’Israël, qui démolit les projets financés par le budget de
l’U.E. on ne s’en soucie pas” a déclaré Pascal Durand, parlementaire européen (Verts) qui participe à l’initiative.
Malheureusement, comme bien évidemment le camp sioniste tentait de lui opposer une accusation d’antisémitisme, M. Durand a cru devoir ajouter que les signataires de la pétition ne sont pas hostiles à la visite de Netanyahou
à Bruxelles, mais seulement à la destruction de projets humanitaires.
C’est bien sûr négliger que le premier ministre israélien est un
criminel de guerre de la pire espèce, qui ne devrait être reçu nulle
part aussi longtemps qu’il ne se conformera pas aux décisions du Conseil
de sécurité de l’ONU et aux principes essentiels du droit
international. Mais là encore, n’est-ce pas, il s’agit d’Israël et pas
d’un vulgaire État arabe indocile comme la Libye ou l’Irak, ou encore
d’un État d’Afrique noire dont on pourrait envoyer les dirigeants devant
la CPI…
Notes
| 1. | ↑ | Les zones A et B le sont aussi, mais l’occupant est parvenu à se décharger d’un certain nombre de responsabilités qui lui incombent normalement pour les faire endosser par l’Autorité Palestinienne, soi-disant “autonome”, et à faire passer cela pour un progrès vers “la paix” dont en fait il ne veut pas |
| 2. | ↑ | L’occupant refuse de connecter un certain nombre de communautés palestiniennes au réseau de distribution, alors qu’il le fait pour des implantations juives que lui-même déclare illégales tout en les encourageant… |
| 3. | ↑ | 3.200 arbres déracinés dans les environs de Hébron, en 2008, pour lesquels l’U.E. avait déboursé 64.000 €, et ce n’est bien entendu qu’un exemple |
| 4. | ↑ | Il ne s’agit donc pas non plus des projets financés par l’U.E. et détruits par Israël dans la Bande de Gaza, comme l’aéroport international (financé par l’UE à hauteur de 9,5 millions €). |
Pour la Palestine

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire