Claude-Marie Vadrot
Les dizaines de millions de victimes du réchauffement n'ont toujours pas de statut et de protection.
Réunis à Paris de façon éphémère pour les besoins de communication du
gouvernement français, de nombreux chefs d’État et de gouvernement se
penchent ce mardi 12 décembre sur le Fonds vert et sur les moyens
financiers que la communauté internationale peine à mettre en place
depuis la conférence climatique de 2009 à Copenhague.
Mais depuis cette COP, la quinzième, les ministres et responsables
gouvernementaux évitent d’évoquer la question lancinante des réfugiés
climatiques, ces hommes et ces femmes contraints de s’exiler parce que
la mer les rattrape comme au Bangladesh ou aux îles Fidji, et même dans
des îles du sud des États-Unis. Ou bien parce que, envahis par le sable
et frappés par la sécheresse, comme en Afrique sahélienne, ou par les
inondations, comme en Inde, ils sont contraints de fuir vers les grandes
villes ou d’autres pays, en abandonnant les cultures traditionnelles
dont ils vivaient tant bien que mal depuis des siècles, et en
grossissant démesurément les bidonvilles des nations en développement.
26 millions de réfugiés en 2016
À en croire le rapport publié au mois de novembre par l’ONG
internationale Oxfam, ils auraient été 26 millions, rien qu’en 2016, à
fuir leurs villages et leurs activités agricoles ou pastorales. Chaque
année, davantage de personnes doivent quitter leurs lieux de vie pour
tenter de trouver ailleurs le moyen de survivre aux changements
climatiques. Ils seraient déjà près de 150 millions dans le monde et,
d’après les Nations unies, les prévisions sont de 250 millions en 2050.
Ces chiffres officiels se trouvent déjà, pour 2017, largement
dépassés, car la réalité montre que même après les ouragans, ils
reviennent rarement dans leurs espaces ruraux. Et pour ceux qui sont
poussés à l’exil par les sécheresses, il n’y a jamais de possibilité de
retour puisque leurs terres, comme en Éthiopie, au Tchad ou dans le
Darfour, ne peuvent pas retrouver leur fertilité.
L’espoir d’une solution est mince
Il paraît, car ce n’est pas le moins du monde le sujet de la réunion
de Paris, que les Nations unies devraient se préoccuper de leur sort… en
septembre 2018, au cours de leur assemblée générale. Mais l’espoir
d’une solution est mince car, depuis des années, pour la communauté
internationale, ils ne sont pas des « réfugiés » mais des « déplacés ».
Contrairement aux familles poussées à l’exil par des guerres ou des
conflits armés internes, ils ne peuvent pas bénéficier du statut de
réfugiés pris en charge, dans des camps ou par un statut, par le Haut
Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), créé en 1949.
Cette agence de l’ONU leur assure tant bien que mal une aide alimentaire
dispensée dans les camps où ils sont protégés. Rien de semblable pour
ceux que les aléas climatiques forcent à s’exiler. Les COP se sont
toujours refusées à leur trouver ou même à leur chercher un statut,
alors que la communauté internationale, par son attentisme à trouver des
solutions au dérèglement climatique, porte l’entière responsabilité de
leurs errances.
La seule préoccupation de la cinquantaine de chefs d’État et de
gouvernement brièvement à Paris paraît être de trouver suffisamment
d’argent pour permettre aux entreprises des pays industrialisés de
participer, avec le Fonds vert et les obligations vertes, dont la
réalité peine à émerger, pour augmenter leurs profits tirés de
l’équipement des pays du Sud sommés de lutter contre un réchauffement
dont ils ne sont ni responsables ni coupables…

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