Victor Ayoli
Qui fait la loi en France ? Ben, les députés du peuple pardi ! Mouais,
ça, c'est en principe. Mais concernant les Jeux Olympiques, c'est le
Comité international olympique, sorte de secte au fonctionnement plus
qu'opaque, nageant dans les eaux troubles du fric et de la corruption.
À l’article 33 de la Charte olympique, on trouve ainsi que « les autorités publiques et le Comité national olympique doivent garantir que les Jeux olympiques seront organisés à la satisfaction du CIO et aux conditions exigées par celui-ci ».
Le tout puissant CIO impose donc sa loi, et celle de ses partenaires
margoulins (d'autres disent avec la bouche pincée « sponsors »). Et tous
les députés, de droite comme de gauche - à l'exception notable tout de
même des Insoumis - ont voté à main levée, le 21 décembre, un texte qui
transcrit dans la loi française les engagements pris par la ville de
Paris pour répondre aux exigences du CIO. Ceci l'année qui voit la
baisse du budget national des sports et la suppression des emplois
aidés, si utiles aux petits clubs…
Cette situation découle d'un chantage que le CIO impose à toutes les villes et pays candidats : « Tu veux les Jeux ? Alors tu te plies à nos volontés ! »
La Loi votée le 21 décembre passe sous les fourches caudines de la
secte helvétique et adapte le droit français à ses diktats. Qu'est-ce
qu'elle dit cette loi d'exception ? Elle suspend la loi ordinaire, le
droit commun, en un lieu donné et pour une période déterminée afin de
« sécuriser l'évènement olympique », c'est-à-dire assurer les profits
des magoulins agréés par le CIO. Ainsi, pendant la période concernée,
l’État remet une partie de ses pouvoirs régaliens entre les mains d'une
organisation privée extérieur au pays. C'est une loi d'exception
scélérate.
Ainsi, elle « prévoit certains aménagements juridiques pour
accélérer et/ou simplifier les procédures administratives existantes,
notamment relatives : - aux conditions de douanes et de visas pour la
Famille olympique et paralympique ; - à l’obtention d’autorisation de
travail de long terme ; - au renforcement de la protection de la
propriété intellectuelle ; - à la possibilité pour le Gouvernement de
statuer par voie d’ordonnance sur les modifications législatives rendues
indispensables par l’accueil des Jeux ; - à une utilisation élargie du
domaine public pour permettre un accès libre à certains lieux pour les
Jeux ». Sans oublier cette horreur économique qu’est l’exonération
fiscale, probablement du même genre que celle ayant sévi lors de l’Euro
2016 de football : aucun impôt sur les bénéfices, pas de cotisations
sociales, et zéro taxe d’apprentissage. Tout bénef pour les sponsors et
les organisateurs, toute la merde pour l’État organisateur…
Et que penser des « volontaires bénévoles » qui pourraient être
entre 45 000 et 70 000 et qui ressemblent fort à des emplois masqués…
Et que dire de la possibilité de pavoiser d’emblèmes olympiques, dès
le vote de la loi et jusque 2024, les monuments historiques ou sites
classés ? En effet, selon les accords, l'affichage du gavage
publicitaire pour les magoulins partenaires sera autorisée sur des
monuments historiques et des sites classés (Grand Palais, Champ de Mars,
etc.) jusqu'à 500 mètres autour des lieux accueillant des épreuves !
En 2012, un rapport du Sénat
, en 2012, s'essayait à tirer quelques leçons des Jeux de Londres. On
peut notamment y lire, au paragraphe intitulé « Les étranges règles
économiques des Jeux olympiques », que « les règles de protection
des marques fixées par le CIO apparaissent clairement excessives. À
titre d'exemple, dans tout le périmètre olympique (enceintes sportives,
centres de presse), on ne pouvait retirer de l'argent ou même payer des
consommations qu'avec une carte Visa, sans pouvoir utiliser de
Mastercard ou d'American Express ! De même, afin de protéger le
Mc Donald's, aucun stand ne pouvait vendre des frites, à l'exception
toutefois des Fish&Chips, mais uniquement accompagnées de poisson...
(…) Il a été interdit aux athlètes de parler sur les réseaux sociaux ou
Internet de produits non commercialisés par un sponsor officiel. (…)
Londres a aussi établi une zone d'exclusion de marques autour des
principaux sites olympiques, où les publicités pour des marques non
partenaires ont été interdites ».
Enfin que dire du slogan « made for sharing » qui a salopé la Tour Eiffel, insultant la France et sa langue qui est pourtant la langue officielle des Jeux Olympiques ?

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