Par Fatima Benomar,
Co-porte-parole des effronté-es, Huayra Llanque, Commission Genre d'Attac,
Christiane Marty, Fondation Copernic, Céline Piques, Porte-parole d’Osez le
féminisme ! Suzy Rojtman, Porte-parole du Collectif national pour les droits des
femmes - 5 avril 2018 -
Les femmes, premières concernées par la régression sociale en cours
Sur tous les fronts, le gouvernement organise le recul de l’État social avec le dépérissement des services publics, des systèmes de solidarité assurés par la Sécurité sociale et avec le démantèlement des droits du travail. Cette évolution avait certes commencé lors des précédents quinquennats, mais elle franchit aujourd’hui un saut qualitatif. Dans la Fonction publique, outre la disparition du statut, il est prévu notamment la suppression de 120 000 postes, alors que le personnel est déjà insuffisant pour assurer les missions de service public et répondre aux besoins sociaux, en particulier dans l’éducation, la santé, les établissements pour personnes âgées, la justice. Les rémunérations y sont à nouveau gelées, alors que les fonctionnaires ont déjà perdu près de 9 % de pouvoir d’achat depuis 7 ans. C’est une perte très sensible pour les catégories du bas de l’échelle des salaires, où la proportion de femmes est très forte.
Si
bien entendu toute la population est impactée par la régression en cours, les
femmes le sont à double titre et ce, de manière structurelle. D’abord, en tant
que principales salariées de ces secteurs : elles représentent plus de 60 % des
effectifs du secteur public (la SNCF avec seulement 22 % de femmes est une
exception) ; la suppression des postes, déjà initiée par les gouvernements
précédents, a des conséquences importantes, avec une intensification du travail
et des pressions, une flexibilité accrue, un stress croissant, qui affectent la
santé physique et mentale des salarié·es. La situation est devenue critique, en
particulier dans les secteurs les plus féminisés (secteur social, santé,
hôpitaux, établissements pour personnes âgées, agences pour l’emploi, etc...). Les
personnels sont souvent à bout, de plus en plus démunis face à une demande
qu’ils déplorent ne pas satisfaire convenablement.Ensuite, les femmes
sont pénalisées en tant que principales bénéficiaires et usagères des services
publics. Ce sont elles en effet qui assument très majoritairement le rôle de
responsable principale de la famille, de l’éducation et la santé des enfants,
des soins aux proches. Lorsque ferment des services hospitaliers, des maternités
de proximité, lorsque le montant des prestations sociales est gelé, ce sont les
femmes qui se heurtent à des difficultés encore accrues. Avec la fermeture de
nombreux centres pratiquant les IVG, c’est aussi le droit à l’avortement qui
s’avère concrètement menacé. Dans les Ehpad, les mobilisations récentes
témoignent d’une situation intenable pour les salariées (aides-soignantes, ...)
mais aussi pour les résidents, en majorité des résidentes. L’amélioration des
conditions de travail et la reconnaissance des qualifications sont vitales pour
assurer dignement les soins auprès des personnes âgées.
Contrairement aux
affirmations répétées du gouvernement, l’augmentation de la CSG sur les
retraites, appliquée depuis janvier 2018, touche des retraites y compris très
faibles ! Car le taux de CSG (normal, réduit ou nul), comme ici son
augmentation, se détermine en fonction du revenu, non pas de la personne, mais
de son couple dès lors qu’elle est mariée ou pacsée. Ce qui signifie que les
femmes, qui ont en moyenne des retraites bien plus faibles que leur conjoint,
voient leur pension diminuée si leur conjoint touche une pension suffisante pour
faire passer le revenu du couple au-dessus du seuil défini. Pour donner un
exemple, une femme avec 600 euros de retraite est touchée par la hausse de la
CSG dès que son conjoint gagne plus que… 1230 euros ! Ce n’est pas la petite «
rectification » annoncée récemment par le premier ministre - qui ne concernera
que peu de retraité·es et pas avant 2019 - qui changera grand chose à cette
injustice. La fiscalité basée sur le couple et non sur la personne est critiquée
depuis longtemps comme étant discriminatoire envers les femmes et contraire à
l’égalité entre les sexes.
Toujours sur les retraites, E. Macron a
annoncé une nouvelle « réforme » visant à instaurer un régime par points. Or, ce
système, outre occulter la question principale qui est celle de la répartition
de la richesse produite, a pour principe de renforcer le lien entre cotisations
et pensions, ce qui réduit en contrepartie - voire fait disparaître - les
mécanismes de solidarité (minimum retraite, pensions de réversion, droits
familiaux)… qui bénéficient majoritairement aux femmes. On le voit, alors que
l’égalité entre les femmes et les hommes devait être un chantier majeur du
quinquennat Macron, la réalité se révèle bien différente !
Comme le
disait Pierre Bourdieu, les femmes ont partie liée avec l’État social. Sa
régression actuelle affaiblit concrètement l’égalité entre les femmes et les
hommes et l’émancipation de tous.
Il s’agit donc, à l’opposé de la politique
menée, de promouvoir un État social en tant qu’outil pour la réalisation des
droits sociaux, avec des services publics améliorés, répondant aux besoins
fondamentaux et associant les principes de solidarité et d’égalité entre les
sexes.

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