François Cocq
C’est une plaie toujours à vif au sein du courant de pensée
historique dont il se réclame qu’a rouverte ce week-end Benoît Hamon en
se félicitant des frappes militaires en Syrie, source potentielle
d’escalade incontrôlée.
Il a ce faisant mis la main dans un engrenage
que les Macron et autres Trump se chargent de faire tourner pour broyer
les cadres organisés et l’outil de l’ordre qu’ils représentent : le
droit international.
Oh bien sûr, les vieux partis sociaux-démocrates ont régulièrement
accompagné ces dernières années les aventures guerrières quand ils ne
les ont pas dirigées. Une fois encore, sans surprise, Olivier Faure et
le PS se sont immédiatement rangés derrière le Président de la
République. Mais enfin, le camp des universalistes et des progressistes
résolus a toujours pu compter sur quelques uns des siens pour refuser le
bellicisme aventureux et refuser de céder sur le respect du droit
international. Sans doute M. Hamon était-il attendu parmi ceux-là, aux
côtés de Bernie Sanders, Jeremy Corbyn et autres Jean-Luc Mélenchon qui
se sont exprimés sans ambiguïté sur le sujet pour dénoncer l’action
entreprise sous la forme sous laquelle elle l’a été. Peine perdue. Lui a
avalé le nouveau concept de « légitimité multilatérale » énoncé par
Emmanuel Macron pour rendre accessoire le droit international. Ainsi, dans une déclaration publiée à la suite des frappes, Génération.s assène : « Nous nous réjouissons qu’Emmanuel Macron le reconnaisse enfin. Même unilatérale, une frappe, ciblée, proportionnée, claire dans ses intentions pose une limite salutaire. » C’est là une rupture majeure et un déterminisme profond auquel s’attache donc désormais M. Hamon.
Celui-ci le conduit tout naturellement aux côtés des européistes
béats qui ne jurent que par Bruxelles alors même que les organisations
régionales, Ligue arabe en tête, ont été passées par-dessus bord à
l’occasion de l’intervention américano-britanno-française : « Il
est temps de se souvenir que le vrai combat pour la Syrie, contre la
réhabilitation internationale du régime syrien par la Russie, celui de
la patiente construction d’une alternative avec les Syriens eux-mêmes,
est un combat qui se jouera aussi à Bruxelles, avec l’appui de nos
partenaires européens » poursuivait ainsi Génération.s. Mais là
aussi M. Hamon s’isole même des siens. Ainsi, le parti DiEM25 de M.
Varoufakis, pourtant seul allié affiché de M. Hamon, a, dès ce week-end, condamné sans tergiverser les frappes en Syrie.
Dans ces conditions, M. Hamon a tort de vouloir faire de la politique
politicienne sur ces sujets comme lorsqu’il tweetait samedi : « Que
ceux qui s’offusquent du bombardement d’une usine, sortent aussi du
silence quand Poutine et Assad anéantissent les civils de la Goutha et
d’Alep ». La décision d’une telle opération extérieure et du cadre
dans lequel elle s’effectue n’est ni accessoire, ni même ne peut être
seconde, place à laquelle Benoît Hamon renvoie pourtant l’ONU. Elle
structure l’organisation du monde commun.
Renoncer au principe, c’est se
résoudre à l’ordre du chaos, à l’inverse de tout ce que nous enseigne
l’héritage et l’expérience du courant de pensée dont pourtant M. Hamon
se réclame.

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