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Même Paris Match, peu suspect d’anticapitalisme, est obligé de le reconnaître (voir ci-dessous) : les produits toxiques répandus massivement dans nos champs sous la pression de l’industrie chimique détruisent la planète.
À l’opposé de l’approche dialectique de
l’agriculture consistant à étudier la nature dans sa globalité, tenant
compte des interactions innombrables entre tous les maillons du vivant,
la volonté, erronée scientifiquement et imposée par la violence de
classe d’une grande industrie héritière du Konzern IG Farben, de
sinistre mémoire au service du troisième Reich, de résoudre les
problèmes agricoles en éliminant à l’aide de divers poisons les insectes
“nuisibles”, mène à une impasse que seule pourra résoudre
fondamentalement une politique agricole planifiée sur le long terme au
service du peuple, mobilisant toutes les ressources de la science pour
promouvoir une agriculture respectueuse de l’homme et de la nature.
Rappelons que les Cubains montrent l’exemple,
et que le miel constitue un important produit de l’île socialiste, qui
relève le défi d’une agriculture débarrassée des poisons concoctés par
Monsanto et ses semblables.
Les abeilles à bout de souffle
extraits :
Sophie Boutboul - Paris Match|
C’est un drame qui menace la planète entière : le déclin des abeilles
est avéré, qu’elles soient élevées dans des ruches ou sauvages et
solitaires. La faute à la pollution, au climat, aux virus, au frelon
d’Asie et surtout aux pesticides
qui déciment des colonies entières. Les apiculteurs font tout pour les
protéger, renouveler leur cheptel. En vain. Face à la puissance des
lobbys industriels, l’Etat et l’Anses se montrent étrangement
apathiques. Comme contaminés eux-mêmes par les neurotoxiques.
(…)Si, depuis 1995, le nombre de ruches françaises stagne à
1,2 million (les apiculteurs reconstituent leurs colonies, les divisent,
pérennisant ainsi leur cheptel), la production de miel a chuté, passant
de 32 000 tonnes en 1995 à 15 000 tonnes en 2015, selon l’Union
nationale de l’apiculture française (Unaf). (…)
À travers le monde, les apiculteurs essaient de prévenir les risques
de mortalité chez les abeilles domestiques en gardant un œil attentif
sur leurs colonies préoccupantes. Mais personne ne joue ce rôle avec les
abeilles sauvages : « Les solitaires s’occupent elles-mêmes de leurs
larves ; si elles meurent d’un virus ou d’une intoxication aux
pesticides, leur nid aussi », indique Yves Le Conte, directeur de
recherche au département Abeilles et environnement de l’Institut
national de la recherche agronomique (Inra). « L’abeille domestique est
mobile sur plusieurs kilomètres, mais certaines espèces solitaires ne le
sont que sur 300 mètres. Si elles ne trouvent pas suffisamment
d’alimentation, de fleurs, elles se fragilisent », complète Axel
Decourtye, écotoxicologue à l’Institut technique et scientifique de
l’apiculture et de la pollinisation.
Une menace pour toute la planète
Cette diminution des colonies menace toute la planète puisque les
abeilles butineuses pollinisent 80 % des plantes à fleurs. Ce sont elles
qui permettent la reproduction botanique et la culture de nombreux
fruits et légumes, comme la courgette ou la pomme. La valeur économique de l’activité des pollinisateurs
(abeilles domestiques et sauvages, bourdons, papillons, mouches…) a été
estimée par l’Inra à 153 milliards d’euros. C’est plus que le budget
annuel de l’éducation en France !
Dans leur laboratoire d’Avignon, les scientifiques de l’Inra
travaillent chaque jour à l’identification des causes de mortalité des
1 000 espèces françaises. Ils ont étudié pendant plusieurs mois le
comportement des abeilles mellifères grâce à des minipuces électroniques
installées sur leur thorax. Les chercheurs ont alors observé plus d’un
millier de butineuses en milieu naturel, exposées à des insecticides de
type néonicotinoïdes, des substances chimiques neurotoxiques. Les
résultats publiés en 2012 et 2015 ont conclu que plus les abeilles sont
exposées à des néonicotinoïdes dans les champs autour de leur ruche (en
l’occurrence deux substances commercialisées par Syngenta à base de
thiaméthoxame), plus leur espérance de vie est courte. « Soit les
abeilles meurent sur place dans les champs traités, soit elles ramènent
ces molécules dans leur nourriture, provoquant l’intoxication de la
colonie. On a retrouvé une dizaine de pesticides différents dans le
pollen d’une ruche ! » précise Yves Le Conte.
Preuve supplémentaire de l’inquiétude autour du déclin des abeilles,
une formation spécifique apicole a été créée pour les vétérinaires à
Nantes. « Suite aux intoxications d’abeilles au Gaucho en 2006 (un
insecticide à base d’imidaclopride commercialisé par Bayer), la
profession apicole s’est dit que ce serait bien d’avoir des vétérinaires
indépendants plus présents auprès des abeilles », raconte Claire
Beauvais, vétérinaire, qui a suivi cette formation. Elle va visiter des
ruchers à la demande des apiculteurs ou de la Direction départementale
de la protection des populations (DDPP) pour confirmer des diagnostics
de virus ou de mortalité. « Avant la réglementation européenne REACh
entrée en vigueur en 2017, des milliers de pesticides étaient autorisés.
Ils ont entraîné une forte mortalité des abeilles. Les firmes doivent
maintenant donner des garanties de non-nocivité de leurs produits. Si la
plupart ne causent plus de mortalité aiguë, ils ont des effets
sublétaux, créant des dépeuplements des colonies en désorientant les
abeilles. C’est une mort à bas bruit », déplore-t-elle. La vétérinaire
continue d’être appelée pour des mortalités aiguës, plus rares. « Dans
ces cas, les diagnostics sont compliqués, car il y a souvent un effet de
synergie entre le parasite varroa, les aléas climatiques, le
ravitaillement, les pesticides et les importations de reines étrangères
pas forcément adaptées aux abeilles du territoire», pointe-t-elle.
Gilles Lanio a fait appel aux services de l’Etat via la DDPP pour un
diagnostic de mortalité aiguë il y a quatre ans. Il n’a jamais eu de
réponse. « Par téléphone, on m’a dit qu’il n’y avait pas assez de budget
et que mes cadres de ruches étaient restés au congélateur sans
analyses ! » se désole celui qui reçoit au quotidien des témoignages
inquiets parmi les 20 000 adhérents de l’Unaf.
Jean-Paul Faucon, du Groupement de défense sanitaire des abeilles des Alpes-Maritimes, reconnaît les difficultés de chacun pour maintenir son cheptel, mais il se félicite du réseau d’alerte mis en place pour les épandages dans le département : « Quand il y a une indication de la préfecture pour un traitement, les apiculteurs sont prévenus et peuvent ainsi fermer leurs ruches ou les déménager. » Encore faut-il que les insectes comprennent…
Jean-Paul Faucon, du Groupement de défense sanitaire des abeilles des Alpes-Maritimes, reconnaît les difficultés de chacun pour maintenir son cheptel, mais il se félicite du réseau d’alerte mis en place pour les épandages dans le département : « Quand il y a une indication de la préfecture pour un traitement, les apiculteurs sont prévenus et peuvent ainsi fermer leurs ruches ou les déménager. » Encore faut-il que les insectes comprennent…
En Bretagne, l’apiculteur Yves Jégo assure que ses abeilles ne
peuvent échapper à l’épandage dans sa région : « Même si je cherche à
implanter mes ruches dans des lieux de culture raisonnée, je ne contrôle
pas mes abeilles. Elles peuvent partir butiner sur un périmètre qui
s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés. Si les
néonicotinoïdes ne sont pas palpables, on les voit au quotidien avec la
durée de vie des reines qui diminue, le fait qu’elles sont moins bien
fécondées avec la spermathèque moins fournie des mâles. » Yves, devenu
apiculteur professionnel à 44 ans après une carrière dans l’industrie
automobile, est féru d’abeilles depuis quinze ans. « J’aimerais qu’elles
vivent mieux ; quand on ouvre une ruche, on vit abeilles, on respire
abeilles, on se doit d’être humble.On les conduit mais c’est elles qui
travaillent », témoigne-t-il de sa voix rauque. Il est aussi préoccupé
par l’avenir, avec les nouveaux insecticides commercialisés par les
firmes, comme les sulfoximines (lire l’encadré page 131).
Cette crainte est partagée par Claudine Joly, vétérinaire membre du
réseau France Nature Environnement : « L’abeille est un bio-indicateur,
une sentinelle, un symbole pour l’ensemble de la société. Si on n’a plus
de pollinisateurs, il y aura un impact énorme sur notre écosystème. Ce
n’est même pas envisageable. Les abeilles n’en peuvent plus. Donc
ras-le-bol ! Il faut que les autorités prennent de vraies décisions, des
actes forts, pour les protéger. »

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