François Cocq
Depuis le début de la semaine, M. Macron lançait des balles. « Allez, va chercher la baballe laïcité » disait-il aux uns ; « Allez, va chercher la baballe Notre-Dame-des-landes »
enjoignait-il aux autres.
Et de fait, il fallait bien aller chercher,
car les atteintes portées à la séparation des églises et de l’Etat
devant les évêques aux Bernardins, ou l’envoi de la troupe dans le
bocage se plaçaient à un tel niveau de violence, physique ou symbolique,
qu’elles n’auraient pu souffrir la passivité.
Après avoir ainsi bien détourné l’attention de la lutte sociale et
fragmenté un peu plus encore le pays, M. Macron s’affichait donc copain
comme coquin aux côtés de Jean-Pierre Pernaut le jeudi 12 avril au
journal télévisé de 13 heures de TF1. Là, sans même parler de l’école
réquisitionnée dans laquelle avait lieu l’entretien, ce fût un florilège
de clichés, la communication prenant définitivement le pas sur la
politique. Pot-pourri.
M. Macron profitait d’être dans un environnement scolaire pour affirmer concernant l’école ni plus ni moins : « On change tout, comme ce n’était pas arrivé depuis Jules Ferry ». Et pour traduire ses paroles en actes, le même de fixer des objectifs clairs : savoir « lire, écrire compter, bien se comporter en CM2 ».
Hum… en l’espèce M. Macron ne fait que recycler l’école du socle
énoncée effectivement par un Ferry ministre de l’éducation nationale,
mais qui s’appelait Luc et non Jules, litanie reprise depuis par tous
les fossoyeurs de l’école républicaine qui se sont succédés depuis rue de
Grenelle.
Avant cela, M. Macron avait commencé par la Syrie. Va-t-en guerre dans les pas de Trump, M. Macron affirmait tout de go avoir « la preuve que la semaine dernière des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad ». Très bien. Jusqu’à ce qu’il importe son art du « en-même-temps-tisme » à la géopolitique, déclarant ensuite avoir encore « des vérifications à faire ».
Alors quoi ? Ce sont des preuves et cela n’en sont pas ? Il y a assez
d’un clown sur la scène internationale pour ne pas se sentir obligé de
le mimer !
Lorsqu’il s’agit d’aborder le thème de la SNCF (après bien sûr qu’eût
été diffusé un reportage plein de fiel et de venin à l’encontre des
« preneurs d’otage »), M. Macron lâcha finalement le modèle de référence
en termes de service public pour la SNCF de demain : La Poste. Quand on
voit les centaines de fermetures de bureaux de poste chaque année (plus
de 400 pour la seule année 2016, le nombre de bureaux de postes étant
passé de 14 000 en 2005 à moins de 9 000 aujourd’hui), et la
désertification qui s’ensuit, on sait désormais à quoi s’attendre pour
les « petites » lignes. Le phénomène va s’accélérant. Qui n’a pas dans
son environnement immédiat un bureau de poste dont on restreint dans un
premier temps les horaires ou carrément déjà menacé de suppression ?
Sans compter l’explosion de la souffrance au travail (au point que comme
chez France Telecom, La poste était confrontée en 2016 à une vague de
suicides) et la multiplication de services payants qui ne l’étaient pas
avant. Il est beau le modèle de service-public pris en référence par M.
Macron ! Il est vrai qu’il a ceci de commun avec la SNCF qu’il répond
pareillement aux injonctions de ses maîtres bruxellois.
À défaut de se vanter d’être l’émissaire de ceux-là, M. Macron a par
contre entériné son ralliement à la famille de la droite traditionnelle.
Après s’être réclamé de ses amis, Bayrou puis Borloo, le voilà surtout
qui se revendiquait de…Jacques Chirac et Georges Pompidou, non sans
avoir au passage pris le parti de ceux-là contre François Mitterrand en
termes de sécurité routière.
Mais par-delà les références aux uns et aux autres, c’est surtout sa propre personne qui importe à M. Macron. La litanie des « Moi je, moi je, moi je »
avec quelque chose d’indécent dans cette salle de classe. Comme
lorsqu’il se cite lui-même, s’auto congratulant pour ce qu’il considère
comme désormais « Le fameux en même-temps ».
Reste au final au milieu de cette confusion la certitude de la soumission d’un homme à un système, celui « d’un monde qui va à toute allure »
comme il l’a mentionné à deux reprise, un système qui mérite dans son
esprit qu’on s’y résigne malgré le florilège des dégâts de la vie qu’il
occasionne.
Ne reste alors à M. Macron que l’incantation, celle des
« remerciements » adressés aux retraités pour leurs sacrifices, celle du
slogan publicitaire « Libérer, protéger, unir » auquel il été contraint
d’ajouter le troisième terme pour tenter de masquer la fracturation
profonde qu’il instille au sein du peuple français.

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