NPA
Le mouvement de grève entamé le 22 janvier
aux urgences de l’hôpital Lyon Sud a fait tache d’huile.
Si les
personnels des urgences de Lyon Sud ont « suspendu » leur grève le 19
mars (« mais on sera encore là pour les actions », affirment-ils), le
mouvement concerne à présent quatre autres hôpitaux, et dépasse le cadre
des Hospices civils de Lyon (HCL).
À l’hôpital Édouard Herriot, les deux services
d’urgences et la post-urgence reconduisent la grève depuis plus de 8
semaines. Ils ont été rejoints par les personnels des urgences de
l’hôpital de la Croix-Rousse, avant que ceux de l’hôpital
Saint-Luc-Saint-Joseph, hôpital privé avec mission de service public,
n’entrent eux aussi dans la bagarre. Et la semaine dernière, ce sont les
urgences de l’hôpital psychiatrique du Vinatier qui ont rejoint le
mouvement.
« Y’a urgences, l’hôpital est malade »
Course à la rentabilité, tarification à l’activité, « lean management »,
développement de l’ambulatoire, fusions et regroupements : depuis 10
ans, ce sont plus de 1 000 postes qui ont été supprimés sur l’ensemble
des HCL. Et pour 2018, la direction annonce officiellement 159 nouvelles
suppressions de postes. En réalité, il y en aura davantage, car elle a
écarté de son calcul les postes effectivement supprimés mais
externalisés. Dans tous les services, les difficultés liées au manque de
personnel et de moyens se font sentir et les conditions de travail se
dégradent.
Mais c’est d’abord aux urgences, plus sensibles à
l’augmentation de l’activité notamment pendant la période hivernale,
que les personnels ont dit « stop ». Avec des temps d’attente
interminables, des patientEs qui passent la nuit dans des brancards à
cause du manque de lits, les soignantEs ont depuis longtemps le
sentiment que, dans de telles conditions, ils ne peuvent plus faire leur
travail. Dans chaque service, ils et elles ont formulé des
revendications propres, qu’on peut résumer globalement ainsi : plus de
moyens, plus de personnel, l’embauche des contractuels, ainsi que des
revendications salariales (ils dénoncent notamment les nuits majorées 80
centimes de l’heure).
Dès le départ, les grévistes de Lyon Sud ont eu
le souci d’étendre leur mouvement. Alors qu’ils peinaient à toucher les
autres services de leur hôpital, c’est surtout dans les services
d’urgence des autres hôpitaux lyonnais qu’ils ont trouvé des relais,
aidés en cela par des liens déjà existants entre collègues des
différents hôpitaux, conscients de faire face aux mêmes types de
problèmes.
Difficile de se mobiliser à cause des
assignations : service minimum oblige, les grévistes sont la plupart du
temps contraints de continuer à travailler tout en s’affichant en grève,
dans des services en 12 heures, en alternance jour/nuit… et cela les
oblige à se réunir et se mobiliser sur leur temps de repos. Mais
qu’importe, quand on est déterminé !
Construire la contagion
Autant de raisons de se coordonner entre
hôpitaux en lutte. Dans presque toutes les assemblées générales de
chaque hôpital, des grévistes d’autres hôpitaux sont présents pour
échanger sur le mouvement. Des actions communes ont été organisées,
devant la Direction générale des HCL, puis devant l’Agence régionale de
santé (ARS). Les grévistes ont confectionné en commun affiches et
banderoles qu’ils ont placées devant tous les hôpitaux mobilisés ainsi
que dans des lieux publics, à la fois pour rendre visible leur mouvement
et en réponse à la politique de certaines directions locales (notamment
sur l’hôpital Édouard Herriot) qui faisaient arracher systématiquement
toutes les banderoles. Le cortège hospitalier, très dynamique, a été
remarqué dans la manifestation du 15 mars au côté des Ehpad et des
retraitéEs, ainsi que le 22 mars avec l’ensemble de la fonction
publique, où ils ont fièrement pris la tête du cortège. Le 3 avril,
après un rassemblement devant l’ARS, ils étaient plusieurs dizaines
d’hospitalierEs à rejoindre la manifestation des cheminotEs. Pour le
moment, les directions locales ne lâchent que des miettes : un poste
d’aide-soignant « en essai » à Lyon Sud, quelques postes de brancardiers
à Édouard Herriot … bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour que
les services puissent tourner correctement ! À chaque entrevue, les
responsables interpellés, directions, ARS, se renvoient la balle… si
bien que de plus en plus de salariéEs sont conscientEs que c’est à
l’échelle de tout le pays qu’il faudra faire pression.
De fait, les mobilisations se multiplient
partout dans les hôpitaux. L’exemple de Lyon prouve qu’il est possible
pour des grévistes de sortir de l’isolement en s’adressant aux autres et
en menant des actions communes.
Une expérience à généraliser : l’heure
est bien à tenter de rassembler et coordonner toutes ces colères.

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