Jean-Luc Mélenchon
Macron a écrit aux Français une lettre qu’ils liront peut-être, s’ils
ont le temps.
Cette lettre sera un flop. Bavarde, sans angle qui
souligne les enjeux politiques, elle faufile son discours entre les
sujets qu’elle aborde de façon erratique. La demande de clarté et de
sincérité qui monte du pays se dilue ici dans une dissertation
laborieuse et chafouine. Ce qui tue dans l’œuf ce qu’elle pourrait être,
c’est qu’elle affirme d’une part une volonté de continuité « droit dans
les bottes » de la politique libérale et d’autre part le fait qu’on ne
sait rien à propos de la façon dont les bavardages prévus donneront lieu
à des décisions. Ce document, à lui seul, confirme l’incompréhension de
Macron sur la nature du moment politique en cours. Imagine-t-on Mai
1968 se terminant dans un colloque décentralisé de cette sorte ?
Parfois, en lisant, on se frotte les yeux ! Quel culot quand même !
De fausses questions ouvertes sonnent comme autant de manifestes de
pensée libérale. Comme cette saillie de faux bon sens : « Mais
l’impôt, lorsqu’il est trop élevé, prive notre économie des ressources
qui pourraient utilement s’investir dans les entreprises, créant ainsi
de l’emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit
de leurs efforts. Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons
prises pour corriger cela afin d’encourager l’investissement et faire
que le travail paie davantage ». Autrement dit, on ne peut remettre
en cause la suppression de l’ISF ou la pérennisation du CICE puisque
c’est ce qui est désigné par ce vocabulaire technocratique. Des fois, la
ficelle est vraiment très grosse : « Faut-il supprimer certains
services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur
utilité ? À l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services
publics et comment les financer ? ».
Qui pourrait bien être entrainé par une telle prose faite de tant de ruses et dissimulations ?
C’est le moment de rappeler que Macron a déjà fait deux fois le coup
du grand débat. Une fois à propos de l’Outre-Mer, une seconde à propos
de l’Europe. De tout cela, il n’est rien sorti de concret. Même pas des
souvenirs. Et pour ce qui concerne l’Europe, on peut dire que personne
ne s’est rendu compte que l’événement avait lieu ! Il y a une différence
de taille pourtant. Car ce nouveau « grand débat » est présenté comme
la réponse à la situation d’insurrection citoyenne. Et cela au
moment-même où elle vient de faire une démonstration de force remarquée
ce samedi. La seule question qui vaille, c’est de savoir si elle répond
si peu que ce soit à l’état d’esprit du moment. Je crois le contraire.
Le décalage se ressent quasi physiquement. Le ton, l’abord des thèmes,
tout sent à plein nez la technocratie, et l’arrogance intellectuelle. Et
en même temps, on voit crument le manque d’empathie pour le peuple en
action. Pourtant ceux-là en 10 semaines, 10 morts et 1700 blessés ont
fait basculer le néo-libéralisme triomphant dans la détestation
universelle. Les stratèges de l’Élysée ne semblent pas comprendre que le
slogan de toutes les manifestation est « Macron démission ». C’est cela
qui fédère l’expression commune. C’est une sérieuse indication sur le
fait que les questions sociales sont devenues une question désormais
politique dans le pays. Ce qui ne se règle pas avec l’organisation de
causeries.
La vague de l’histoire passe. Quelqu’un le dit à Macron ?

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