Claude-Marie Vadrot
Une enquête de l'IFOP et nos observations rappelle et montrent à quel
point les Français retrouvent la fonction du jardinage écologique.
La plupart des associations et des communes qui mettent à la
disposition des Français un jardin potager de 200 à 300 mètres carrés
contre une « cotisation » de quelques dizaines d’euros refusent du
monde. Et depuis quelques années, les listes d’attente pour en
bénéficier s’allongent. Au point qu’il faut souvent attendre plusieurs
années pour obtenir satisfaction. La plupart des responsables de jardins
dits « familiaux » et autrefois « ouvriers », s’accordent pour
expliquer que les demandeurs retraités ne sont plus majoritaires et que
les plus jeunes sont désormais nombreux. Même phénomène en ce qui
concerne les jardins partagés, plus petits, qui naissent en ville. Comme
à Paris, où ils sont désormais plus d’une centaine créés entre les
espaces ou les friches subsistant entre les immeubles. Un mouvement venu
de New-York au début de ce siècle
Cette progression et cet engouement pour le jardinage se lit également dans un sondage de l’IFOP
(1) qui vient d’être publié et qui établit que 63 % des Français
disposent d’un jardin, dont 5% dans un jardin partagé (10% pour l’Ile de
France). 73 % de ces « jardiniers » affirment que pour eux il s’agit
d’un « acte militant ». Notamment ceux (6 sur 10) auquel le
jardinage permet de constater la progression et les effets du
réchauffement climatique. Surtout, expliquent-ils, en constatant
l’avance de la période du murissement de nombreux fruits et légumes à
chaque saison. Normal puisqu’ils sont 39 % à cultiver leur lopin de
terre « pour se nourrir autrement », un pourcentage qui
augmente année après année. Surtout quand ils se consacrent aux légumes
les plus courants comme les courgettes, les haricots verts, les
concombres ou les tomates. Ce qui explique que, pour ceux-là, les achats
auprès des grandes surfaces diminuent régulièrement. Au point que la
production estimée des petits jardins personnels dépasse désormais
largement les 100 000 tonnes par an.
Renoncement aux pesticides
Autre constatation, auprès des jardiniers et dans le sondage de
l’IFOP, ils sont 95 % à assurer qu’ils sont prêts, s’ils ne l’ont pas
encore fait, à renoncer à utiliser les pesticides et engrais chimiques
de synthèse au profit de produits naturels comme les algues ou la corne
de bovidés broyée. Ce qui confirme que 42 % de ces jardiniers du
dimanche font aussi le choix des fruits et légumes de leurs jardins pour
participer à la protection de la biodiversité.
Pour la plupart de ceux qui se lancent dans la culture autour de
leurs maisons, de leurs immeubles ou dans les jardins partagés, il est
important d’éviter les produits de la terre « qui n’ont plus de goût et sont trop chargés en eau ».
De plus, dans leurs jardins, ils retrouvent souvent la convivialité et
les notions de partage et d’échange qui disparaissent dans leurs
quartiers neufs et leurs immeubles.
L’extension fulgurante du nombre des jardins personnels, qui se
comptent désormais par millions en France, participe à une véritable «
rééducation » au goût et au plaisir de manger. Tendance qui explique que
les jardiniers amateurs soient de plus en plus nombreux à s’intéresser
au bio.
(1) Sondage effectué pour l'Unep, les 27 et 28 mars derniers, selon
la méthode des quotas auprès de 900 personnes âgées de 25 ans et plus.

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