Jean-Luc Mélenchon
Obscène étalage d’arrogante richesse. 2153 milliardaires possèdent
autant de richesses que 4,6 milliards d’êtres humains. Une bonne partie
de ces gavés d’argent se retrouve cette semaine en Suisse, à Davos.
Ce
« forum économique mondial » est un lieu de réunion privilégié de
l’oligarchie mondiale. Patrons, actionnaires, dirigeants du capitalisme
financier globalisé y devisent sur l’avenir du monde. BlackRock y sera
par exemple représenté. C’est le plus grand fond de pension du monde qui
applaudit en France les initiatives de Macron pour développer les
retraites par capitalisation. Le but de tout ce petit monde est, selon
le site internet du forum « de façonner les programmes mondiaux en
matière économique ». C’est-à-dire un rôle qui est normalement dévolu,
dans le cadre des principes démocratiques et du droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes, par les États-nations, leurs gouvernements et les
institutions internationales qui les réunissent comme l’Organisation des
Nations Unies (ONU).
Mais les lieux comme le Forum de Davos sont créés pour contourner les
peuples au plan international comme les activités de lobbying au niveau
de chaque État. Il est donc logique que les politiques qu’il contribue à
« façonner » aillent toujours dans le sens de la concentration des
richesses dans les mains d’un petit nombre. Par exemple, la discussion
que le ministre de l’Économie français, Bruno Le Maire va avoir avec son
homologue des États-Unis en Suisse aura pour conséquence que la France
va renoncer à sa taxe sur les géants du numérique. De seulement 3% du
chiffre d’affaire, cette taxe ne compensait qu’une très faible partie
de l’argent volé à notre État par ces entreprises à travers l’évasion
fiscale. Mais c’était encore trop pour les propriétaires américains de
Google, Facebook, Microsoft, Amazon ou Apple. Pour l’occasion, ils ont
été bien contents de trouver Trump pour faire pression sur Macron afin
qu’il renonce à cette idée. C’est donc chose faite. Merci Davos !
Cette fois, Emmanuel Macron ne se rend pas en personne au Forum. Il
avait fait forte impression en 2018 lorsqu’il avait déclaré devant un
parterre de patrons « France is back ! ». La traduction était : « je
mets le modèle social des Français en vente : venez vous servir ! ».
Tellement soucieux de plaire à ce petit monde, le président français a
créé son propre mini-forum de Davos. Cela s’appelle « Choose France »
est ça s’est passé lundi au Château de Versailles. 200 grands patrons
étaient conviés. Et pour eux, la fête est belle depuis l’élection de
Macron : suppression de l’ISF, baisse de l’impôt sur les revenus du
capital, baisse de l’impôt sur les sociétés, suppression de cotisations
sociales, privatisations, destruction du régime de retraites par
répartition. Et ce n’est pas fini : Macron leur promet désormais un
« pacte productif » c’est-à-dire une nouvelle baisse d’impôts de 15
milliards d’euros. Cette fois, ce sont les impôts locaux qui vont
disparaitre. Et donc les services publics des communes, des départements
et des régions qui vont trinquer.
Avec Macron, la France est le bon élève de Davos. Le résultat, le
rapport d’Oxfam nous le présente par l’absurde dans une petite histoire.
Si un Français était né le jour de la prise de la Bastille, le 14
juillet 1789 et qu’il était encore en vie et s’il avait pu économiser
8000 euros chaque jour depuis lors, sa fortune actuelle n’atteindrait
que 1% de celle de Bernard Arnault.
La prise de la Bastille n’aura pas
été inutile cependant. La citadelle est donc à reprendre. On sait qui
peut le faire : le peuple. On sait quel monarque détrôner :
l’argent-roi.

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