Claude-Marie Vadrot
Le représentant du HCR prévient que des millions de réfugiés du climat
seront chaque année chassés de leurs terres et de leurs pays.
Intervenant en marge du Forum de Davos, en Suisse, le Haut commissaire
des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a solennellement
prévenu les participants que la planète a besoin de se préparer à
accueillir des millions de réfugiés climatiques :
Tout individu dont la vie est menacée par les conséquences du réchauffement ou du dérèglement du climat et qui se trouve dans l’obligation de franchir une frontière pour préserver son existence ne doit pas être renvoyé dans son pays. Il risque sa vie comme dans une situation de guerre ou de persécution.
Le Haut représentant des Nations Unies a rappelé que tous les pays
doivent être prêts à faire face au « surgissement » de populations
contre leur volonté. Il a également ajouté qu’il était impossible de
prévoir leur nombre et les pays d’où ils surgiront, mais qu’il est
certain qu’ils se compteront en millions. Le Haut commissariat aux
réfugiés de l’ONU (HCR) a été créé à la fin de l’année 1950 pour régler
la question des populations des pays européens déplacées ou dispersées
par la seconde guère mondiale, puis mobilisé pour venir en aide aux
premiers réfugiés Palestiniens. Avant d’intervenir pendant ou après tous
les conflits.
Des réfugiés partout
Aujourd’hui, en listant les événements qui justifieraient d’accorder
un statut officiel de réfugies aux victimes du climat, le HCR cite comme
exemple les incendies en Australie, la montée des mers et océans, la
destruction des récoltes ou des troupeaux, les sécheresses, les
inondations ou les tempêtes. Et ceci aussi bien dans les pays du Sud que
dans les nations industrialisées. Illustration : les habitants d’une
île du Sud des États-Unis ont dû abandonner leurs villages et sont
considérés comme étant les premiers réfugiés américains. Sans bénéficier
d’une aide quelconque, comme d’ailleurs les Inuits qui ont du fuir
quelques villages de l’Alaska. Le HCR considère d’ailleurs que les
réfugiés ne seront pas seulement des habitants de pays pauvres.
Le problème du HCR et des Nations Unies, c’est que la Convention de
1950 ne laisse aucune place ni ne prévoit un statut pour les réfugiés du
climat.
Parfois même, comme en Turquie, les réfugiés sont utilisés comme un
moyen de pression sur d’autres pays vers lesquels le gouvernement du
pays hôte menace régulièrement de « les lâcher ». Dans de nombreux pays
ils sont l’objet de chantages inter-États dans lesquels l’ONU ne peut
pas ni intervenir.
Obstacles politiques et financiers
Cela fait des années que le HCR demande aux 194 membres des Nations
Unies de se mettre d’accord sur une définition internationale des
réfugiés climatiques. Un statut qui leur permettrait d’avoir accès,
comme les individus chassés par les conflits ou les persécutions
politiques ou religieuses, aux camps du HCR et à la protection des
Nations Unies.
Mais cela implique des décisions politiques et aussi une augmentation
des moyens financiers du HCR. Un organisme qui assure déjà l’assistance
de 70 millions de déplacés (hors de leurs pays) répartis dans plus
d’une centaine de camps où ils vivent souvent des années.
Tout cela pour
un budget relativement modeste : 8 milliards d’euros en 2019 qui ne
permettent souvent qu’un seul repas par jour et un hébergement sous
tentes, quel que soit le climat.

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