Pablo Morao
Alors que de nombreuses voix se sont élevées contre la réforme des
retraites en dénonçant le spectre des sociétés de gestion d’actif et de
leur lobbying en faveur de la capitalisation...
... le gouvernement n’a pas
hésité à nommer aujourd’hui officier de la Légion d’Honneur le président
de BlackRock, plus important gestionnaire d’actifs au monde.
Depuis le lancement du projet de réforme des retraites, de nombreuses
voix s’élèvent dans les médias et du côté des politiques pour dénoncer
l’influence des fonds de pension sur la réforme. Ces derniers seraient
en effet des lobbys de premier plan en faveur du nouveau système qui
ouvre la voie à la mise en place progressive d’un système par
capitalisation. Parmi eux, BlackRock apparaît comme un acteur de premier
plan, et pour cause, ce fonds américain est aujourd’hui le plus gros
gestionnaire d’actifs au monde avec plus de 7 000 milliards de dollars
d’actifs.
Un fonds dont Mediapart révélait le 9 décembre dernier la
façon dont il tente de pousser le gouvernement vers la capitalisation au
travers de notes au gouvernement, de rencontres privilégiées avec
Emmanuel Macron, et d’une participation active à de nombreux travaux
gouvernementaux comme sur la réforme de l’épargne ou la réforme de
l’action publique. Des collaborations fructueuses puisque la Loi PACTE a
permis d’intégrer un ensemble de mesures favorisant le développement
des produits d’épargne-retraite vendus, notamment, par BlackRock.
Dans le cas de la réforme des retraites, c’est une mesure qui génère
particulièrement de questions sur les relations entretenues avec les
lobbys de gestionnaires d’actifs. La réforme prévue inclue en effet une
modification du calcul des pensions de retraite pour les hauts-salaires
qui ne cotiseront plus qu’à hauteur de 2,8% sur la part de leurs
salaires au-delà de 10 000€ par mois. Une mesure qui va augmenter le
revenu net des hauts-salaires mais aussi les contraindre à souscrire à
des produits d’épargne-retraite privés pour s’assurer de maintenir un
niveau de retraite final à la hauteur de leurs revenus.
La mesure a ainsi été contestée par des syndicats de cadres comme l’Ugict-CGT qui y voit principalement « un gain immédiat pour les employeurs qui n’auraient quasiment plus à verser de cotisations retraites entre 3 et 8 plafonds. »,
mais elle devrait également faire le bonheur des gestionnaires d’actifs
qui pourront vendre leurs produits aux hauts-salaires.
Dès lors, et en pleine réforme des retraites, le choix du Président
d’élever au grade d’officier de la Légion d’Honneur Jean-François
Cirelli, « président d’une société de gestion d’actifs, ancien
vice-président et directeur général délégué d’un groupe industriel
énergétique », déjà nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 2006, apparaît comme une véritable provocation.

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