Jean- Luc Mélenchon
Le journal « Le Monde » a, sur la politique
latino-américaine, une ligne éditoriale totalement alignée sur la droite
du parti Démocrate des États-Unis d’Amérique et les agences d’influence
diverses qui entourent cette fraction du pouvoir aux États-Unis.
C’est
bien son droit. S’il prévenait ses lecteurs de ce parti-pris ce serait
mieux. Ceux-ci méritent de savoir qu’ils ne sont pas informés mais
orientés dans ce domaine.
Ainsi de l’entretien très étrange que le quotidien consacre au putchiste Juan Guaido. Je mets le lien
pour que tout le monde puisse profiter du niveau intellectuel des
arguments de ce personnage déchu. Mais après lecture, une question
reste : pourquoi le grand quotidien ne dit-il pas à ses lecteurs que ce
monsieur n’est plus président de l’Assemblée nationale depuis le mois de
janvier dernier ? En effet la droite anti-chaviste a choisi un autre
candidat et l’a élu dans une assemblée où les chavistes sont
minoritaires. Ils l’ont fait parce qu’au Venezuela, comme dans tous les
pays du monde, personne n’aime les politiciens qui appellent les forces
étrangères à intervenir dans leur pays et les sanctions commerciales à
être renforcées alors que le peuple souffre déjà cruellement des menaces
de l’une et de la réalité de l’autre.
Rendre compte de ce qui se passe au Venezuela pour aider à comprendre
nécessite au cas présent de de se demander pourquoi Juan Guaido n’est
arrivé a rien en dépit du « soutien » et de la reconnaissance de 50 pays
sur injonction des USA. « Le Monde » plus qu’un autre devrait
le faire lui qui avait conclu « rien ne s’est passé comme prévu » à la
suite du fiasco du retour de Guaido depuis la Colombie. Surtout au
moment où on apprend que le parti d’Evo Morales serait en tête des
intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle. Là encore
rien ne se passe comme prévu non plus. Après un coup d’État,
l’arrestation de tous les membres du gouvernement et l’exil forcé du
président Morales, il était question d’une « libération ». Qu’est ce qui
cloche : la réaction des peuples ou bien la grille de lecture des amis
des USA ?
Le placage sur la réalité latino-américaine de la grille de lecture
appliquée à la Corée du Nord donne un résultat intellectuellement
toujours en échec puisque les faits ne s’y conforment jamais. S’agissant
du Venezuela, pourquoi perdre de vue que cela fait maintenant plus de
dix ans que l’opposition se divise sur la même ligne de fracture que les
agences de sécurité nord-américaines. L’ancien candidat à la
présidentielle contre Chavez, le nommé Capriles, n’est pas resté
longtemps sur la ligne néo-putschiste de l’extrême droite vénézuélienne.
Lui et pas mal d’autres ont joué le jeu des élections et en ont reconnu
les résultats. Pourquoi ? Précisément parce que ceux qui sont sur le
terrain connaissent les limites de l’alignement sur les méthodes
violentes de certaines agences nord-américaines. Celles qui ont monté le
coup lamentable en Bolivie avec le résultat que l’on connait. Celles
qui se sont coupées de tout le monde en prônant un embargo violent au
Venezuela.
Il reste donc aux grands journaux à s’intéresser à ce qui se passe
vraiment aux vraies discussions y compris dans l’anti-chavisme. Je me
souviens trop bien de cette « correspondante sur place » du « Monde »
qui rapportait sur le Venezuela depuis la Colombie, un peu comme si un
journaliste habitant Stockholm racontait le quotidien de Paris. Tout
cela ne montre qu’une chose : l’ignorance et l’arrogance. Les peuples
d’Amérique du Sud ne sont pas des ramassis d’indigènes folkloriques. Ils
sont complexes, éduqués et socialement plus divers que les caricatures
de salle de presse occidentale.
De notre côté quelles que soient nos sympathies idéologiques, nous
devons nous tenir informé et réfléchir avec acuité pour apprendre. Tout
ne se passe pas non plus « comme prévu » pour nous bien des fois sur ce
continent. Malheureusement pour apprendre il faut être bien informé. « Le Monde »
ne nous sert à rien dans ce domaine. Il faut donc enquêter par soi-même
à partir des sites de la presse souterraine et des témoignages sur
Facebook et les réseaux sociaux.
Quant au « Monde » : dommage. Si le bobard est de cette
taille sur un sujet de cette sorte, qu’en est-il des autres où je suis
moins bien informé ? Tout alors devient suspect. Dommage. L’info et le
débat méritent mieux que ce genre de manipulation du lectorat.

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