Europalestine
"Le monde entier a changé, à l’exception de la plus grande prison de
toutes, qui redoute une épidémie avec seulement 65 ventilateurs, sans
tests de dépistage pour plus de 2 millions de personnes...
... et avec des
portes fermées dont la clé est entre les mains du geôlier israélien.",
écrit Gideon Levy dans Haaretz, en s’indignant de sordides marchandages
conditionnant l’entrée de ventilateurs à Gaza.
"Si Israël avait ne serait-ce qu’un soupçon d’humanité, il lèverait
immédiatement toutes les interdictions et permettrait une aide médicale
et économique illimitée dans la bande de Gaza pendant la pandémie.
Au début de cette semaine, Haaretz a rapporté que le Hamas pourrait
donner à Israël des informations sur les deux civils israéliens et les
restes de deux soldats détenus à Gaza en échange de ventilateurs.
Pour moi, cela rappelle l’accord conclu par Israël (Rudolf) Kasztner
avec les nazis*. Gaza n’est pas confrontée à un holocauste, mais à une
catastrophe humanitaire dont l’ampleur est amplifiée par la pandémie.
Mais si quelqu’un en Israël envisageait même de négocier la fourniture
d’appareils respiratoires à la bande de Gaza et de fixer des conditions à
leur livraison, cette comparaison serait inévitable.
Gaza n’a que 65 ventilateurs car elle est emprisonnée par Israël
depuis près de 15 ans. Il est intolérable qu’un général israélien décide
ce qui sera autorisé à entrer et surtout ce qui ne le sera pas. Ce
n’est rien moins que diabolique. De quel droit un général israélien
décide-t-il du nombre de ventilateurs dont Gaza disposera ?
Lorsque la Turquie veut aider la bande de Gaza, Israël met des
obstacles. Au lieu de se précipiter pour apporter quelques-uns des
ventilateurs que le Mossad a volés au reste du monde, comme les
dirigeants de l’agence d’espionnage se sont vantés, et au lieu de dire
au monde "N’oubliez pas Gaza", on laisse étrangler Gaza avec 65
ventilateurs, qui ne sont qu’un symbole de sa détresse.
En arrière-plan, un éventuel échange de prisonniers. Quelqu’un a
pensé qu’un accord pourrait être extorqué sous le couvert du
coronavirus. Israël n’a même plus le prétexte de ballons incendiaires
pour refuser un geste de bonne volonté.
Le Premier ministre israélien, comme tous ses prédécesseurs, est
responsable de la maltraitance de beaucoup plus de personnes que le
Hamas. Le seul atout dont dispose le chef du Hamas à Gaza est deux
civils et deux corps. Sinwar veut obtenir la libération de quelques-uns
des milliers de ses habitants qui se trouvent dans les prisons
israéliennes, dont certains sont des prisonniers politiques ou purgent
des peines draconiennes.
Premièrement, il demande la libération des personnes âgées, des
malades, des femmes, des mineurs et des 55 prisonniers qu’Israël a
scandaleusement réarrêtés après les avoir libérés dans l’échange de
Gilad Shalit, en vengeance pour l’enlèvement et le meurtre des trois
adolescents israéliens en 2014 et en se soumettant à la pression des
colons.
Un pays humain les aurait tous libérés sans conditions, comme un
geste de coronavirus. Jusqu’à présent, Israël n’est pas disposé à les
libérer même dans le cadre d’un accord. Après tout, nous devons montrer
au Hamas qui est le plus fort et donc le plus grand.
Tout ce que nous pouvons faire, c’est penser avec horreur au peuple
impuissant de Gaza. De leur terreur face à la pandémie, que la bande est
mal équipée pour combattre, et du désespoir économique et mental
croissant. Au début du mois, le général israélien a interdit l’entrée à
Gaza d’ordinateurs et d’équipements de communication, si essentiels lors
d’une pandémie.
Et une fois de plus, Israël a pulvérisé des récoltes près de sa
frontière depuis les airs. Le vent transporte les matières toxiques dans
les camps de réfugiés et, avec les intentions encore plus empoisonnées
d’Israël, dans les provinces de désespoir, de détresse et de peur."
Gideon Levy
Source : Haaretz

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