Sofia Malone
En lieu et place de la prime de 500 à 1500 euros promise aux soignants
au travers du « plan d’urgence économique », ces derniers revendiquent
la revalorisation de leurs salaires !
On veut la revalorisation des salaires infirmiers et pas l’aumône !Lors de la présentation du « plan d’urgence économique » visant à « sauver l’économie » face à la crise sanitaire et économique qui se profile, le gouvernement a insisté sur le volet social pour tenter de masquer la réalité de leur politique. À savoir verser des milliards aux entreprises pour préserver les profits du patronat et donner des miettes aux travailleurs aujourd’hui en première ligne. Ainsi, au cœur de leurs annonces, une prime allant de 500 à 1500 euros qui sera versée au personnel hospitalier.
Derrière les effets d’annonces, cette prime est évidemment insuffisante et loin de répondre à l’une des revendications centrale pour laquelle le personnel hospitalier s’est battu pendant plus d’un an : une revalorisation nette de l’ensemble des salaires. C’est une « revalorisation du salaire infirmier et pas l’aumône » dont on a besoin, a déclaré Thierry Amoureux, porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers.
Si le gouvernement a tenté à travers ces annonces de calmer la gronde
qui existe au sein du personnel soignant qui se retrouve, après des
années de casse de l’hôpital public, dépourvu de moyens suffisants pour
faire face à la pandémie, l’opération est un échec. Apporter comme seule
réponse à la crise en cours une prime qui sera reversée de manière
inégalitaire entre les soignants, est, et apparaît, aux yeux de tous
comme largement insuffisant. En effet nombre de soignants, collectifs et
syndicats, ont dénoncé l’insuffisance de ces mesures et le budget
toujours aussi dérisoire alloué à la santé.
Le « plan d’urgence économique » initial, mis en place par le
gouvernement à la mi-mars, allouait déjà un budget dérisoire à la santé,
à savoir 2 milliards d’euros contre 43 milliards pour l’économie.
La tendance reste la même aujourd’hui. Si le budget de ce plan a
fortement augmenté, ce n’est effectivement pas le cas du budget alloué à
la santé. Les primes annoncées, qui coûteront au total 1,3 milliards
d’euros, sont les seules miettes, avec la revalorisation de 50% des
heures supplémentaires, lâchées au personnel hospitalier.
« On continue à payer des aides-soignantes au SMIC alors qu’elles ont une place indispensable dans le système de soins »
Face à ces annonces, les réactions de personnels de la santé ont été
nombreuses sur les réseaux sociaux. À l’instar du docteur Marty qui,
dans une vidéo sur Cnews, met lui aussi en avant la nécessité de revaloriser les salaires, tout en augmentant les moyens pour l’ensemble des hôpitaux : « On
continue à payer des aides soignantes au SMIC, alors qu’elles ont une
place indispensable dans le système de soins. Que leur métier est le
plus difficile. Et on continue à filer des primes. C’est une mascarade,
excusez-moi mais franchement c’est indécent ».
Concernant les salaires, ces derniers sont en effet très précaires au
vu du travail effectué par le personnel hospitalier. Une aide soignante
à l’échelon 1, touche en début de carrière, un salaire brut de 1541,70
euros. Un infirmier en soin généraux touche quant à lui 1827,55 euros
brut en début de carrière. La dernière revalorisation du salaire
infirmier remonte à 2010, au moment de la réforme Bachelot. Une
augmentation de 150 euros brut par mois, qui était d’ailleurs une
concession faite uniquement dans le but d’imposer en échange
l’allongement de l’âge de départ à la retraite. Passé à ce moment-là de
55 à 62 ans.
« Ce qu’on veut, c’est une revalorisation du point d’indice, on attend le président au tournant »
Face à ce gel du point d’indice, une infirmière du CHU de Nantes déclare, dans le journal Le Monde : « Ce
qu’on veut, c’est une revalorisation du point d’indice. On attend le
président au tournant, car une prime, ça ne compte pas pour notre
retraite ».
Les collectifs inter-urgences et inter-hôpitaux ont également réagit,
dans un communiqué commun sorti ce mercredi 15 avril aux annonces du
gouvernement : « On réaffirme les revendications portées depuis plus
d’un an par les personnels hospitaliers, syndicats et collectif : une
augmentation du nombre de lits et de structure, un recrutement massif de
personnel et une revalorisation de salaire de 300 euros net pour rendre
effectif ce recrutement ». Ajoutant que l’objet de cette prime « vise
à atténuer la dette du gouvernement pour carences fautives dans la
protection de ses employés, ayant conduit à des situations
traumatisantes de contaminations en série des personnels et de leurs
familles ».
Face à une prime qui divise les soignants, la nécessité de revaloriser l’ensemble des salaires
Ce qui est également décrié chez le personnel hospitalier, c’est le versement inégalitaire de ces primes, le « tri »
effectué dans le versement, selon les mots de Thierry Amoureux du
Syndicat nationale des infirmiers. Affirmant garder en mémoire « la prime de 800 euros par an accordée lors du plan Hôpital » en novembre 2019, qui « n’a concerné que 4 départements sur 100 et seulement 11 % des infirmiers des hôpitaux, ceux du premier échelon ». Une politique qui divise les soignants et qui avait été à l’époque fortement dénoncée.
La prime promise par le gouvernement répond à cette même logique.
Seuls les personnels des départements les plus touchés par l’épidémie et
ceux des services qui ont accueilli des malades du coronavirus
toucheront la prime de 1500 euros. Les personnels des autres centres
moins affectés toucheront une prime de 500 euros.
« Notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent si mal »
Ces déclarations de Macron tenues lundi soir, sous un air de
repentance, sont cruellement vraies. La crise sanitaire met à nu de
manière criante le fait que les travailleurs des secteurs essentiels
sont indispensables au bon fonctionnement de la société, à l’instar des
soignants, des caissières, des travailleurs du transport, du nettoyage,
mais qu’ils sont aussi ceux qui sont le plus méprisés et précarisés par
le gouvernement et le patronat.
Mais si le gouvernement ne cesse de rendre hommage à ces travailleurs
en première ligne, ce dernier n’est absolument pas prêt, au-delà des
mots, a leur lâcher autre chose que des miettes. Au contraire, avec la
crise économique qui se profile, tout tend à montrer qu’ils se donnent
les moyens de nous la faire payer. Loi d’urgence sanitaire qui instaure
l’allongement de la semaine de travail à 60 heures et la possibilité de
supprimer les congés, « plan d’urgence économique » qui alloue des
milliards aux grandes entreprises pour sauver leurs intérêts économiques
et rien pour les travailleurs.
Certaines entreprises, comme Daher, mettent déjà en place des plans
de licenciements massifs. Face à ça, il est central de s’organiser et de
revendiquer, entre autres, l’interdiction des licenciements, la
revalorisation des salaires, l’embauche en CDI de tous les intérimaires,
qui sont les premières variables d’ajustement quand il s’agit de faire
payer la crise à notre camp.

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