Ali Abunimah
L’Union Européenne a apparemment reculé quant à sa menace d’imposer
des conséquences à Israël s’il allait jusqu’à annexer plus de terres de
la Cisjordanie.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le dirigeant du parti Blanc Bleu, Benny Gantz, sont parvenus à un accord pour former une coalition après un an d’impasse politique et trois élections générales.
L’accord de coalition comporte un engagement du gouvernement
israélien et du parlement à organiser, à partir de juillet, des votes
pour annexer de grandes parties de la Cisjordanie.
Selon le Times of Israel, de telles mesures ont de bonnes chances de passer.
Jeudi, le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, a renouvelé la position du bloc des 27 nations selon laquelle « toute annexion constituerait une grave violation du droit international ».
« L’Union Européenne continuera à suivre de près la situation et l’ensemble de ses implications et agira en conséquence » a ajouté Borrell.
Certes, « agir en conséquence » pourrait bien signifier ne rien faire.
Un langage édulcoré
Vu comment les diplomates de l’UE sont adaptés aux subtilités de
langage – et leur penchant pour plus ou moins de copié-collé d’anciennes
déclarations – il faut noter que Borrell n’a pas répété une ligne
beaucoup plus forte d’une déclaration faite juste quelques mois plus
tôt.
Au début de février, Borrell a réagi au plan du président Donald Trump – communément appelé le Deal du siècle
– qui endosse l’annexion par Israël de grandes parties de la
Cisjordanie, avec un avertissement rare, sinon sans précédent, disant
qu’Israël ferait face à des conséquences.
« Des pas en direction de l’annexion, s’ils sont entrepris, ne pourraient pas avoir lieu sans contestation » avait dit Borrell à ce moment-là.
Comme je le notais alors, il y avait peu de chances que l’UE change
effectivement son approche de longue date de soutien inconditionnel à
Israël tandis qu’il commet violation après violation, et crime après
crime.
Je notais
aussi qu’Israël a déjà annexé Jérusalem Est occupée en 1967 et le
plateau du Golan en 1981 – de graves violations du droit international
qui n’ont rencontré que des décennies de récompenses prodiguées par l’UE
à Israël.
Cela contraste fortement avec la façon dont l’UE a imposé des
sanctions à la Russie pour sa prise de contrôle de la Crimée contre
l’Ukraine en 2014. En janvier, l’UE a ajouté des mesures de rétorsion en
sanctionnant des représentants officiels de la Russie qui aidaient à
l’organisation d’élections en Crimée.
Israël a régulièrement des élections en Cisjordanie au cours
desquelles seuls les colons israéliens peuvent voter. L’UE célèbre
habituellement ces élections ségréguées dans les colonies construites
illégalement sur un territoire occupé.
En reculant par rapport à sa déclaration de février, déjà
contraignante au minimum, Borrell envoie encore à Israël le message
qu’il n’a rient à craindre de Bruxelles.
Dans sa dernière déclaration, Borrell promet que l’UE est « disposée à coopérer avec le nouveau gouvernement dans le combat contre le coronavirus ».
Il ajoute que « la coopération technique est en cours et se renforcera sur tous les aspects de la pandémie ».
Une telle « coopération renforcée » signifie, en toute probabilité, plus d’avantages pour l’industrie de guerre israélienne.
Le feu vert de Washington
L’administration Trump a parallèlement donné clairement le feu vert à l’annexion.
Mercredi, le Secrétaire d’État, Mike Pompeo, a confirmé que les USA voient cette question comme relevant de « la décision d’Israël ».
Cela rend particulièrement significative toute avancée possible de
l’UE qui prendrait le contre pied du soutien américain inconditionnel.
Mais l’UE, le plus important partenaire commercial d’Israël, manque de la volonté et de la crédibilité pour agir.
Au début de la semaine, il est apparu que des représentants de l’UE
avaient mis en garde Gantz contre le fait de donner sa signature à une
intention du gouvernement d’annexer.
« Ces officiels sont dits avoir averti que toute démarche en ce
sens par un possible gouvernement d’unité endommagerait les relations
d’Israël avec l’UE et provoquerait une réponse ferme », selon le Times of Israel.
Gantz n’en a tenu aucun compte, sans doute confiant que l’UE
poursuivrait sa politique de déploration sur les actes d’Israël tout en
l’inondant de petites gâteries.
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine
Source : The Electronic Intifada

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