Claude-Marie Vadrot
Croissance démographique et réchauffement climatique explique
l'augmentation de la déforestation sur ce continent, selon le dernier
rapport de la FAO.
Alors que toutes les inquiétudes écologiques concernant le couvert
forestier se tournent vers le Brésil et son Amazonie livrés à un pillage
sans précédent avec la bénédiction de son Président, une Agence des
Nations Unies, la FAO vient de rendre public les principaux résultats de son rapport quinquennal.
Les difficultés de toute la forêt latino-américaine, dont le couvert
végétal du Brésil, y sont rappelées. Mais le rapport alerte surtout sur
la brusque détérioration de l’ensemble des forêts africaines qui partent
en fumée.
Depuis le dernier rapport, il y a cinq ans, les pertes forestières de
l’Afrique ont régulièrement augmenté. Elle sont passées de 3,4 millions
d’hectares par an à 3,9 millions ; un chiffre qui poursuit son
augmentation et dépasse depuis quatre ans la déforestation en Amérique
Latine. Anne Branthomme, l’experte de l’Agence de l’ONU pour
l’Alimentation et l’Agriculture qui a supervisé le rapport, explique «
il s’agit d’une très mauvaise nouvelle en grande partie due à la
croissance démographique. Une grande partie de la déforestation de cette
région est due au développement de l’agriculture de subsistance. La
pression sur la forêt est augmentée alors que les forêts africaines
représentent aussi une source très importante de nourriture, de bois de
chauffage, bois énergie » (charbon de bois).
Des millions d'hectares de terres stérilisés
Une autre des explications à ce défrichement c’est aussi le
réchauffement climatique et donc les sécheresses régulières ou
définitives (Nord du Sénégal, Mali, Nord du Tchad, Kenya, Darfour,
Somalie ou nord du Niger…). Elles chassent les petits paysans et font
disparaître peu à peu les petits villages. Faute de pouvoir vendre à un
marché local ou parce que les puits qu’ils utilisent sont à sec. Alors
ces paysans s’en vont. Soit pour défricher ailleurs, soit pour grossir
les grandes villes comme Bamako ou N'Djamena, la capitale du Tchad.
Souvent, comme la crise climatique dure depuis des années, ils doivent à
nouveau déménager et défricher de nouveau et gagner les taudis des
villes. Des zones où ils trouvent de moins en moins leurs nourritures
traditionnelles, notamment les célèbres « poulets bicyclette »
qui permettaient de maintenir les échanges traditionnels. Et se
contenter des poulets congelés qui viennent de France ou d’ailleurs et
dégèlent au soleil.
Presque partout, à peine abandonnées, les terres se stérilisent et
sont recouvertes par les sables qui progressent au sud et au nord du
Sahel. Comme par exemple au Darfour mais aussi dans toutes les zones où
les agriculteurs se retrouvent en concurrence avec les éleveurs dont les
pâturages disparaissent en quelques jours et contraignent les animaux à
venir chercher leurs nourritures dans les espaces cultivés.
Ce charbon de bois qui part en France
Autre cause de ces exodes massifs et de la déforestation, les exilés
du climat ont besoin de bois pour cuisiner et surtout de charbon de
bois, dans des foyers dont le rendement calorifique est faible. Un
combustible dont la fabrication détruit d’immenses espaces forestiers.
D’autant plus que ce charbon de bois part souvent à l’exportation
(notamment en Somalie) pour alimenter les barbecues français ou
européens sans enrichir les paysans africains. Il suffit de prendre les
routes qui montent vers les villes africaine pour apercevoir des
milliers de vendeurs proposant des fagots ou des sacs de charbons de
bois vendus à des prix dérisoires.
Rien ne parait arrêter l’hémorragie de bois et de buissons qui
maintenait la faible couche de terre arable dans un monde qui a perdu en
une trentaine d’années près de 180 millions d’hectares forestiers.
C’est ainsi que, de l'autre côté de l'Atlantique, Haïti ne comporte plus
que quelques dizaines d’arbres, qu’il faut protéger, à côté de la
capitale Port au Prince alors que les agriculteurs en sont réduits à
déterrer les vieilles souches pour faire du charbon de bois…

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire