Sadek Basnacki
Malgré le flou qui entoure l’utilité et la sécurité de l’application
StopCovid, le Parlement a voté sa mise en place, qui devrait être
effective dès ce week-end.
L’Assemblée Nationale a voté en faveur de l’application StopCovid,
338 voix pour, 215 voix contre et 21 abstentions. Le Sénat a confirmé ce
vote avec 186 voix pour contre 127, avec 29 abstentions.
Cette application utilise le bluetooth des smartphones afin d’alerter l’utilisateur lorsque celui-ci est entré en contact avec une personne atteinte par le Covid-19 pendant plus de 15 minutes, seulement si cette personne possède également l’application.
Cette application utilise le bluetooth des smartphones afin d’alerter l’utilisateur lorsque celui-ci est entré en contact avec une personne atteinte par le Covid-19 pendant plus de 15 minutes, seulement si cette personne possède également l’application.
Le gouvernement n’avait pas besoin de passer par l’Assemblée et le
Sénat mais il voulait ainsi légitimer la mise en place d’un outil
controversé. Le pseudo feu vert de la CNIL va également dans ce sens,
comme l’explique Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du net, dans les Inrocks, « Il
n’y avait pas besoin en soi de l’autorisation de la CNIL - qu’elle n’a
d’ailleurs pas donnée -, mais elle a été consultée par le gouvernement
par courtoisie. »
Sur le papier, l’objectif est de permettre aux personnes utilisant
l’application d’aller voir le médecin ou de s’auto-confiner après avoir
été alerté d’un contact avec une personne contaminée, et ainsi éviter
une seconde vague de contamination dans le pays.
D’après le gouvernement, l’application n’utilisera pas la
géolocalisation, sera basée sur le volontariat, les données seront
effacées au bout de 14 jours, et, surtout, l’anonymat des utilisateurs
sera garanti. En réalité, il n’est pas question d’anonymisation mais de
pseudonymisation, ce qui est loin d’être suffisant.
La Quadrature du Net met en garde contre la banalisation des
technologies relatives au traçage et de la possibilité d’ajout de
« fonctions coercitives ». Mais pas seulement. L’application, d’après le
gouvernement, est censée être anonyme en générant des pseudonymes. Le
problème est le suivant : il n’est pas très compliqué de faire le
rapprochement entre le moment passé avec une personne et l’alerte
donnant le jour et l’heure de la rencontre passée avec une personne
contaminée.
Or comme le souligne le site Risques Traçage,
cela ne respecte pas les définition du Règlement Général sur la
protection des données. Ce dernier explique que « Les données à
caractère personnel qui ont fait l’objet d’une pseudonymisation et qui
pourraient être attribuées à une personne physique par le recours à des
informations supplémentaires devraient être considérées comme des
informations concernant une personne physique identifiable ».
Ils expliquent également qu’il existe énormément de risques de
détournement de l’application, notamment lors d’entretiens d’embauches.
« Il suffit d’utiliser un téléphone dédié, sur lequel on installe
l’application et qu’on ne met au contact que de cette personne. Les deux
téléphones enregistreront le contact, et si la cible est testée
positive le téléphone dédié recevra une alerte. » Dans un scénario
qu’ils développent, ils prennent l’exemple d’un entretien d’embauche.
« L’entreprise RIPOUE souhaite recruter une personne pour un CDD. Elle
veut s’assurer que le candidat ne tombe pas malade entre l’entretien
d’embauche et la signature du contrat. Elle utilise donc un téléphone
dédié qui est allumé uniquement pendant l’entretien, et qui recevra une
alerte si le candidat est testé positif plus tard » et dans ce cas le
candidat ne sera pas retenu. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres
qui montre les dérives possibles de l’application StopCovid.
D’après Risques Traçage,
il n’y a certes pas de base de données nominatives des malades mais les
données ne sont pas anonymes ; il est possible de retrouver qui a
contaminé qui, et il est également possible de déclencher de fausses
alertes. Le bluetooth pose aussi des problèmes de sécurités, puisque (des failles ont été décelées sur Android)
et cela n’empêche pas un fichage à grande échelle, notamment si des
applications annexes sont créées par des tiers sur la base des données
collectées par l’application.
Alors que le gouvernement explique que « Cette application évite des
malades et des morts ! » il n’y a aucune preuve que cela puisse avoir le
moindre impact pour éviter une seconde vague. D’autant plus que d’après
la Quadrature du Net
« de premières approximations évaluent que plus de 60%, voire plutôt 80
ou 100 % de la population devrait utiliser l’application pour que
celle-ci soit efficace, à condition encore qu’elle produise des données
fiables ». Or seulement 77 % de la population possède un smartphone, et
ce chiffre tombe à 44 % pour les personnes de plus de 70 ans,
considérées comme les plus vulnérables. D’après la Quadrature du Net,
Singapour a utilisé une application semblable, et seulement 16 % de la
population l’a utilisé, la rendant totalement inefficace.
La priorité n’est pas d’investir dans une application qui n’a pas
fait ses preuves et qui pose beaucoup de risques pour les utilisateurs,
mais de fournir des masques et des tests gratuits pour tous et toutes.
Nous n’avons pas besoin d’un flicage supplémentaire mais de plus de
moyens dans les hôpitaux, afin de soulager les personnels de santé et
d’améliorer la gestion des patients.

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