Olivier Cabanel
Ce mot de 5 lettres, devenu célèbre grâce à un général
napoléonien, serait en passe d’être une solution radicale pour soigner
des maladies inflammatoires chroniques du système digestif, comme par
exemple la maladie de Crohn...
On a entendu parler des mérites de l’urinothérapie, appelée aussi « amaroli »
dont le principe consiste à boire sa propre urine afin de soigner
diverses affections, même s’il faut rester prudent, car, à ce jour,
aucune étude sérieuse ne permet d’approuver cette thérapie. lien
Quoi qu’il en soit, les adeptes de cette méthode sont catégoriques,
et affirment qu’elle peut aider l’organisme à combattre l’asthme, la
dépression, la migraine, certains troubles digestifs, les rhumatismes,
mais aussi la grippe, voire, en application locale, le mal de dos.
De fait, si notre urine est composée à 95% d’eau, les 5%
restants sont des hormones, de l’urée, et autres métabolites actifs
auxquels les adeptes de cette thérapie prêtent des effets bénéfiques.
Mais revenons à la merde, puisqu’il s’agit de ça... matière qui a le
plus souvent une connotation négative... être dans la merde est rarement
vécu d’une façon optimiste... mais pour autant, mettre un pied gauche
dans une crotte de chien serait signe d'une chance à venir... ce qui
reste à voir, car ce geste ne serait bénéfique que s’il est exécuté par
hasard, et non intentionnellement. lien
Ce qui peut faire sourire, car qui aurait l’idée farfelue de le faire exprès ?
Oublions donc cette superstition en restant dubitatif sur la raison
de cette croyance, et quittons ce domaine pour celui de la santé.
Nos excréments seraient en effet une solution efficace pour soigner, entre autres, la maladie de Crohn, en rétablissant une flore intestinale dégradée.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette thérapie révolutionnaire était déjà pratiquée dans la Chine du 4ème siècle, où l’on administrait déjà des excréments pour soigner des empoisonnements alimentaires...
Plus tard, au 16ème siècle, le médecin herboriste Li Shizhen faisait avaler à ses patients une « soupe jaune »...lien
En 1958 ce traitement avait été appliqué dans le cas d’une
colite extra-membraneuse, puis des études suivirent démontrant de façon
spectaculaire l’efficacité de cette pratique pour le traitement des CDI (Clostridium Difficile).
Rappelons pour l’anecdote que, lors de la seconde guerre mondiale, des soldats allemands installés en Afrique du Nord, s’étaient inspirés de pratiques bédouines similaires pour se soigner.
Récemment on s’est remis à parler de cette thérapie.
En effet, Daniel Fiévet, l’animateur de l’émission « du vent dans les synapses », de France Inter, sous le titre « les fabuleux pouvoirs du ventre »,
nous faisait découvrir la méthode mise au point par des chercheurs
américains, lesquels utilisent des excréments humains pour redynamiser
la flore intestinale de ceux qui, à coup d’antibiotiques, l’ont
grandement dévasté. lien
On connaissait bien sûr les façons rudimentaires qui permettent de
tenter d’améliorer le microbiote de la flore intestinale, par
l’alimentation...
Il s’agit de changer son alimentation, grâce à un régime enrichi en
végétaux, permettant en quelques jours de modifier notre microbiote de
manière très importante.
Puis il y a les probiotiques, qui sont des bactéries, ou levures, que l’on ingère vivantes, dont le yaourt est l’exemple type.
Mais une autre solution vient de revoir le jour : la transplantation fécale.
Il ne s’agit pas bien sûr de manger directement ses propres excréments, et c’est tout de même un peu plus complexe.
En effet, les excréments de personnes au microbiote riche et sain
deviennent intéressants pour les médecins à tel point qu’un
microbiologiste, Mark Smith en l’occurrence, a créé aux États-Unis une start-up d’un genre nouveau : une banque d’excréments, appelée OpenBiome.
Mark Smith, ce post-doctorant de l'institut MIT, teste et fournit ensuite des échantillons d’’excréments à 122 hôpitaux, dans 33 états différents, afin de permettre une transplantation fécale qui va restaurer la flore intestinale. lien
Au début, tout ça a ressemblé à un jeu, les chercheurs ayant lancé une campagne « GiveAShit »,
qui à l’aide d’un smartphone permettait au donneur d’envoyer une photo
de son étron, indiquant le moment de la journée ou le donneur défèque
habituellement, avant de recevoir un rendez-vous. lien
La start-up propose aujourd'hui 40 $ à ceux qui vont leur
envoyer leur propre déjection, à condition toutes fois qu’elle soit
recevable, et que l’expéditeur ait une flore intestinale en bon état,
c’est-à-dire qu’il n’ait pas subi d’agression antibiotique... ce qui est
de plus en plus rare.
Pour chaque médecin, dans les locaux d’OpenBiome, c’est un peu la « valse des donneurs » et à 40 $ la crotte, ces donneurs peuvent récolter jusqu’à 1000 $ annuels pour les plus assidus.
Comme l’explique Harry Sokol, gastro-entérologue à l’hôpital Saint Antoine de Paris, les candidats doivent en effet répondre à plus de 200 critères, surveillés par des médecins de l’équipe et leurs selles sont soumises à 30 analyses scientifiques avant d’être acceptées.
La transplantation fécale est une réussite dans 90 % des cas.
Il s’agit donc de remplacer un microbiote anormal par le microbiote d’un sujet sain.
Les selles du donneur sont homogénéisées, mélangées à du sérum physiologique, c’est-à-dire de l’eau salée pour faire simple.
Ensuite, on va filtrer le tout pour retirer des résidus alimentaires,
et puis on va mettre cette préparation au congélateur, avec une
substance cryio-protectante, enfin d'empêcher la mort des bactéries lors
de la congélation.
Lorsque les résultats des examens seront connus et positifs, on
introduit ce produit au patient par les voies naturelles, par le bas, en
pratiquant une coloscopie, ou tout simplement par un lavement, et si
c’est par le haut, ça peut être par un petit tuyau que l’on passe du nez
jusqu’à l’estomac.
Il reste la possibilité d’utiliser des gélules que l’on va tout simplement avaler.
Aujourd’hui, ces gélules ne sont pour l'instant pas disponibles puisqu'on ne peut pas les acheter en pharmacie.
En revanche, il y a un certain nombre de centres hospitaliers qui se
sont organisés pour produire localement des préparations fécales,
lesquelles sont réalisées de manière quotidienne aux patients atteints
de ces maladies, notamment la maladie de Chrohn.
Il s’agit donc de reconstruire l’éco-système des patients avec un taux de réussite plus qu’étonnant.
Hélas, à ce jour, de nombreux médecins ignorent encore cette
solution, et nous ne sommes pas au point d’organiser partout cette
thérapie, contrairement aux médecins d'outre-Atlantique. lien
C’est par exemple au CHU de Clermont-Ferrand que cette pratique s’est mise en place, avec des résultats plus que probants, si l’on en croit la patiente Ghislaine Grenet, qui assure que ça lui a sauvé la vie : « au
début, ça perturbe, parce qu’on se dit que c’est quand même des
excréments que l’on nous injecte, mais on est tellement mal, qu’il faut
faire quelque chose »...
Elle souffrait d’une infection récidivante à Clostridium difficile, une bactérie responsable de l’inflammation du gros intestin.
Le docteur Julien Scanzi est catégorique : « après une TMF (transplantation de matière fécale), il y a plus de 90% de guérisons sans récidive (...) c’est vraiment un traitement qui marche bien », assure-t-il. lien
Laissons la conclusion au Docteur Alexis Mosca qui affirme : « à l’heure actuelle, la TMF est le seul traitement qui permet de restaurer un microbiote sain et diversifié en cas de dysbiose. (déséquilibre de l’écosystème bactérien. ndlr). Son efficacité en cas de CDI n’est plus à démontrer... ». lien
L’avenir nous dira si cette pratique se généralisera, car comme dit mon vieil ami africain : « celui qui avale une noix de coco fait confiance à son anus ».

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