Olive Ruton
C’est sous une importante pression que le gouvernement a dû réagir aux
mobilisations massives contre le racisme d’Etat et les violences
policières.
Mis en pression par Macron à la défensive sur la question,
Christophe Castaner a dû répondre au discrédit grandissant de
l’institution policière. Des déclarations qui, au-delà de leur maigre
contenu, sonnent comme des belles paroles qui n’engagent que ceux qui
les croient. Pas de surprises pour le maitre d’œuvre de la répression
des Gilets jaunes et de l’accentuation de la répression pendant le
confinement.
Ce lundi, Christophe Castaner tenait une conférence de presse en
direct sur « la question du racisme et de la mise en cause des forces de
l’ordre ». Dans un contexte explosif sur ces questions à l’échelle
internationale, et en particulier en France, le ministre de l’intérieur –
pressé par Emmanuel Macron - a dû prendre la parole ainsi que des
premières mesures, pour tenter de répondre à la colère de la forte
mobilisation populaire.
La mort de Georges Floyd
a réveillé une immense colère populaire contre les violences racistes
commises par la police avec des manifestations massives rapidement
étendues à l’ensemble des États-Unis et dans le monde entier.
En France, cette colère populaire face aux images de la mort de Floyd
a rencontré une tension déjà très forte autour des violences
policières, et du racisme de la police. Après une période de confinement qui a mis en lumière ce type de violences dans les quartiers, et l’impunité dont jouissent les forces de l’ordre, la polémique suite aux déclarations de Camélia Jordana avait propulsé cette question sur le devant de l’espace médiatique.
Avec le dé- confinement, on a vu comment la nouvelle conscience et
colère sur ces questions se sont regroupées dans la rue, montrant un
terrain explosif, avec plus de 40 000 personnes présentes au
rassemblement appelé par le Comité Justice et Vérité pour Adama (et
interdit par la préfecture) mardi dernier.
Dans un tel contexte, le gouvernement - sous pression de l’immense
mobilisation populaire et des multiples images, messages, audios, vidéos
de messages, insultes, ou actes racistes de la part des « forces de
l’ordre » - se trouve obligé de réagir. Très en difficulté, Emmanuel
Macron a pressé son Ministre de l’intérieur pour qu’il fasse ses « propositions pour améliorer la déontologie des forces de l’ordre ». On voit ainsi une tension au sein même de l’Exécutif pour calmer au plus vite la situation.
Une tension à laquelle répond l’organisation d’une conférence de
presse ce lundi après-midi sur ces questions, dans laquelle Christophe
Castaner s’est exprimé. Une allocution importante qui, en annonçant les
premières mesures qu’il comptait prendre, tentait de réunifier « le
peuple français » dans son discours, sur fond d’insistance sur la
différence radicale entre les États-Unis et la France et, bien sûr, de
défense passionnée de la police et de la gendarmerie.
Au centre des mesures annoncées, la dite interdiction de la méthode
d’interpellation « dite de l’étranglement », complétée de remarques
pratiques : « Par ailleurs, si un policier ou un gendarme doit
maintenir quelqu’un au sol lors de son interpellation, il sera désormais
interdit de s’appuyer sur sa nuque ou son cou ». Une méthode qui
« comportait des dangers », selon Castaner, dans un euphémisme
nauséabond au regard de la mort de Georges Floyd, étouffé, suffoquant de
longues minutes sous le genou du policier qui l’a tué.
Aux cotés de cette interdiction, la promesse d’une réforme de l’IGPN,
l’obligation de porter bien visible son RIO pour chaque policier, ainsi
qu’un renforcement de la surveillance vidéo lors des interpellations ou
contrôles policiers. Autant d’annonces qui pour l’instant restent à
l’état de paroles et révèlent une façon pour le gouvernement de calmer
les foules, tout en restant des mesures non seulement dont l’application
reste à prouver, mais aussi tout à fait minimes.
Au sujet de la dite interdiction de « la méthode de l’étranglement »
dont la véracité même de l’annonce reste à prouver, le ministre a par
exemple refusé d’interdire au même titre le plaquage ventral, prétextant
que cela n’était pas une méthode instituée, enseignée dans les
formations des « forces de l’ordre ». Le tout en insistant sur le fait
que le plus simple pour interpeller quelqu’un était tout de même de le
mettre au sol, les mains dans le dos. Une manière de botter en touche,
et de ne pas se prononcer et interdire une pratique extrêmement
violente, dont nous avons à l’esprit au moins deux victimes récentes. Cédric Chouviat,
mais aussi Adama Traoré sont ainsi décédés, ne pouvant plus respirer,
le poids de policiers sur leur dos suite à des plaquages ventraux.
Dans ce sens, le Ministre a fermement ignoré l’interpellation d’un
journaliste sur la question de l’enquête et de la justice sur la mort
d’Adama Traoré. Alors que mardi dernier le Comité Vérité pour Adama a
réuni 40 000 personnes devant le TGI de Paris,
Emmanuel Macron a demandé ce lundi-même à Nicole Belloubet de se
pencher sur le dossier. Un cas particulièrement épineux pour le
gouvernement pour plusieurs raisons. Non seulement par la capacité qu’il
a à mobiliser très largement pour obtenir justice, mais aussi,
comme toutes les morts de violences racistes de la part des forces de
police, il fissure le vernis fragile du « pays des droits de l’homme »,
et de l’affirmation répétée dans les bouches de tous les politiques et y
compris de Castaner : « La France, ce n’est pas les États-Unis ».
Un invitation que la famille Traoré a refusé en bloc affirmant :
« Contrairement à ce qu’affirme certains médias, sans avoir attendu la
réponse de la famille Traoré, celle-ci refuse de rencontrer la garde des
sceaux pour échanger.Elle demande depuis quatre ans que les gendarmes
entre les mains desquelles est mort Adama Traoré soient convoqués devant
la justice, interrogés et mis en examen. La famille d’Adama Traoré
rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations
à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale. »
Ainsi, malgré la tentative du gouvernement de calmer la mobilisation
et de « sauver le système » selon les mots d’Assa Traoré, c’est toujours
le même Ministre (celui qui a organisé la répression contre les Gilets
jaunes, et celui à la tête des forces de polices qui ont sévi pendant le
confinement). Ce même ministre qui, durant tout son discours, n’a cessé
de répéter sa confiance en la police et la gendarmerie, et sa fierté
d’être à leur tête, son implication dans le projet d’une « police de la
confiance ».
Bien loin des réactionnaires qui voient en ces promesses une
soumission du gouvernement aux mobilisations, à l’image de Geoffrey
Lejeune de Valeurs Actuelles qui a déclaré en direct sur LCI, « Castaner
a cédé à la famille Traoré, une famille de grands délinquants, dont la
moitié est en prison pour tentative de meurtre, viol et extorsion de
fonds », ce sont autant d’annonces qui, entre deux déclarations sur
« la tolérance zéro » vis-à-vis du racisme, ne répondent aucunement aux
revendications qui s’expriment dans la rue.
Ce ne sont pas des belles paroles qui convaincront la population et
des classes populaires qui se mobilisent aujourd’hui contre les
violences policières, pour la justice pour leurs victimes, et contre le
racisme de l’État et de son bras armé qu’est la police.
Dans le sens du
post du comité Adama en réaction à l’allocution, c’est dans la rue que
cette bataille continuera à se mener, contre la police - institution
intrinsèquement réactionnaire et raciste, qu’aucune réforme ne rendra
plus juste ou du côté des classes populaires – et contre le pouvoir
qu’elle défend.

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