Cléo Rivierre
Depuis le début de l'épidémie, le gouvernement a témoigné d'une gestion
erratique de la crise.
Dernier revirement en date : l'imposition des
masques dans tous les lieux publics clos. Si le port du masque est
nécessaire, Macron et ses ministres appliquent comme à leur habitude une
gestion répressive des mesures sanitaires.
Depuis le début de l’épidémie de coronavirus en France, le
gouvernement a témoigné d’une gestion erratique de la crise. En
particulier avec la gestion scandaleuse du problème des masques, un
temps présenté comme « inutiles » avant d’être imposés, d’abord dans les
transports, et désormais dans tous les lieux publics clos à partir de
ce lundi – discours en réalité guidé par l’état des stocks plutôt que par des raisons sanitaires. Des masques qui avaient d’ailleurs disparu du visage des hommes politiques notamment pendant les municipales.
Vers une seconde vague ? La responsabilité du gouvernement
Aujourd’hui, plus de deux mois après le déconfinement, le virus
semble à nouveau se répandre dans plusieurs régions de France. Selon
l’AFP, « “Entre 400 et 500 clusters de coronavirus” sont actuellement
recensés en France, a affirmé lundi le ministre de la Santé Olivier
Véran, rappelant toutefois qu’il ne s’agissait pas d’une “deuxième
vague” ». Le ministre a évoqué « des signes inquiétants de reprise épidémique » et ce notamment dans l’Ouest – Bretagne, Mayenne – mais aussi dans le Grand Est.
Parmi ces clusters, 25% se situent dans des entreprises. Les
abattoirs sont particulièrement touchés, en raison des mauvaises
conditions de travail qui y règnent. Ce chiffre est particulièrement
marquant dans un contexte où le déconfinement s’est fait à marche
forcée, sans mesures sanitaires suffisantes, avec pour but principal de
faire reprendre l’économie et ainsi les profits des grandes entreprises.
Le gouvernement a par ailleurs été pris de court par cette reprise épidémique.
Ainsi, Macron avait d’abord annoncé que le masque serait obligatoire
dans les lieux publics clos à partir du 1er août, pour ensuite avancer
la date à ce lundi suite à de nombreuses voix de professionnels de la
santé qui s’étaient élevées pour dénoncer le caractère tardif de la
mesure.
La possibilité d’une seconde vague inquiète également sur la capacité
du système de santé à y faire face, dans la mesure où les soignants
sont encore harassés par la première vague qui les a frappés très
durement et ce en grande partie à cause de l’état désastreux de
l’hôpital public français, asphyxié par des coupes budgétaires
successives par les différents gouvernements. Le « Ségur » de la santé
n’aura absolument pas réglé ce problème, puisque tout ce qu’il a offert
aux soignants, ce sont des augmentations salariales très en deçà de
leurs attentes, sans aucune promesse de plan d’embauches massif, ni
d’ouverture de lits ; et en contrepartie, entre autres, d’un
« assouplissement » du temps de travail qui vient remettre en cause les
35 heures.
La répression pour tenter de masquer une gestion erratique de la crise
Le port du masque dans tous les lieux publics est donc une mesure
nécessaire mais tardive, encore récemment demandé par un collectif de
professionnels de santé qui avait exposé leur position dans une tribune.
Mais surtout, elle s’accompagne comme à l’habitude du gouvernement
d’une gestion répressive dont le prix va être payé avant tout par les
travailleurs et les classes populaires.
Tout d’abord, le coût des masques reste particulièrement élevé et
dissuasif pour de nombreuses personnes et familles. Selon Le Parisien, l’achat de masques pourrait représenter jusqu’à 228 euros par famille.
D’autant que depuis la fin de l’état d’urgence sanitaire leur prix est
déplafonné. Ensuite, l’amende pour non-port du masque, qui est de 135
euros, peut mettre en grande difficulté financière la personne qui la
reçoit – la double peine pour les précaires. La généralisation du port
de masque ne se fera pas par la gratuité mais par la répression. En cas
de récidive, sous 15 jours, l’amende sera de 1500 euros. En cas de plus
de trois récidives en un mois, la condamnation peut aller jusqu’à 6 mois
de prison fermes ! Autrement dit, pour non-port du masque, on peut
passer plus de temps en prison que Balkany ou que le policier qui a tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos !
De plus, comme on l’a vu pendant le confinement puis dans les
transports en commun où les masques étaient déjà obligatoires, les
mesures qui ont été imposées pour tenter de gérer l’épidémie l’ont été
de manière répressive, autoritaire et ciblée. Ce, notamment contre les
quartiers populaires, où les violences policières racistes sont venues
s’ajouter à la difficulté de respecter le confinement et les gestes
barrière pour les travailleurs pauvres, chômeurs et tous les précaires.
Au-delà des nombreuses vidéos de violences répressives qui ont tourné
sur les réseaux sociaux, on peut citer le département de la Seine-Saint-Denis,
dont les habitants ont reçu en moyenne trois fois plus d’amendes que
dans les autres départements. Le plan sanitaire de la bourgeoisie compte
plus sur les flics que sur les soignants pour sortir de la crise...
La question des dépistages est elle aussi problématique et les
réponses apportées par Macron et ses ministres sont largement
insuffisantes. Loin de 700.000 tets promis par le gouvernement,
certains médias évoquent des chiffres deux fois moindres. Selon LCI, « à ce jour, entre 300.000 et 350.000 [tests] sont effectués chaque semaine. » De plus, « les délais pour se faire tester au coronavirus ne cessent d’augmenter ».
Contre la gestion répressive, imposer la gratuité des masques et des tests massifs
Pour que ce ne soit pas à nous de payer le prix, en vies humaines et
en conséquences économiques, d’une éventuelle deuxième vague à venir, il
est encore et toujours nécessaire et urgent de revendiquer la gratuité
des masques et une véritable stratégie de dépistages massifs. Des tests
plus nombreux pourraient en effet permettre de contrôler l’étendue de
l’épidémie et de prendre les mesures nécessaires pour protéger la
population en amont. La gratuité des masques doit aussi être imposée à
ce gouvernement afin de ne pas ajouter aux inégalités qui caractérisent
l’accès à la santé en France. De plus, il est urgent de répondre aux
exigences des travailleurs de la santé, que ce soit en termes
d’augmentation du nombre de lits, d’embauches massives ou d’augmentation
des salaires.
Toutes ces mesures, ce sont les soignants et les
travailleurs qui pourraient les imposer et prendre en charge leur mise
en place, eux qui ont été en première ligne du combat contre la première
vague.

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