André Cicolella
Face aux futures pandémies, André Cicolella réclame une politique de prévention des maladies environnementales.
L'épidémie de Covid-19 aura eu le mérite de faire émerger la notion de
crise sanitaire. Cette crise aura montré l’impasse d’un système de santé
s’il n’est qu’un système de soins sans politique de santé
environnementale pour agir sur les causes des maladies.
Mais de quelle crise sanitaire parle-t-on ? Une première lecture
basique fait le focus sur le stock de masques et de blouses. Si le bilan
en restait là, la société française ne se préparerait pas à faire face à
l’émergence d’autres pandémies, cette probabilité n’étant plus
contestée.
En 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait un
rapport sur les maladies infectieuses émergentes, qui requièrent des
efforts urgents de recherche et de développement. Le rapport évoquait la
« maladie X », ainsi présentée par Peter Daszak, un des auteurs du
rapport, dans une interview au New York Times en mars dernier : « Cette
maladie X résulterait probablement d’un virus d’origine animale et
émergerait quelque part sur la planète où le développement économique
rapproche les humains et la faune. Elle se propagerait rapidement et
silencieusement, exploitant les réseaux de voyage et de commerce
humains, atteindrait plusieurs pays et serait difficile à contenir. » En 2008, Nature
avançait dans un article le chiffre de 335 maladies infectieuses
émergentes depuis les années 1940, dont 60 % de zoonoses, 72 % provenant
de la faune sauvage, et montrait que l’augmentation était régulière
d’une décennie à l’autre.
Le bilan de cette crise est donc impérieux pour préparer la
résilience des sociétés humaines face aux menaces à venir. C’est
l’analyse du directeur de l’OMS Europe, dans un article publié le 8 mai
dans The Lancet : « La pandémie de Covid-19 a eu de
nombreux effets sur la santé, révélant la vulnérabilité particulière de
ceux qui souffrent d’affections sous-jacentes. La prévention et le
contrôle de l’obésité et des maladies non transmissibles sont essentiels
pour se préparer à cette menace et aux menaces futures pour la santé
publique. »
Les cas d’obésité, d’hypertention, de diabète augmentent régulièrement.
Pour certains patients, l’âge a très vite été mis en avant comme
unique cause de vulnérabilité, mais la caractéristique commune à toutes
les victimes, quel que soit leur âge, est la présence de comorbidités :
obésité, hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires et
respiratoires. Or le nombre de ces maladies chroniques progresse
régulièrement en France. Entre 2003 et 2017, le nombre cumulé de
maladies cardiovasculaires et de diabète est passé de 3 millions à 6
millions. On peut donc en déduire que la crise du Covid-19 aurait fait
grosso modo moitié moins de victimes il y a quatorze ans. Qu’en
sera-t-il si l’épidémie continue ? Selon le dernier rapport de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, publié en juillet, le nombre de malades
chroniques passera de 20 millions en 2017 à 23 millions en 2023. Sur dix
ans, le surcoût de cette épidémie s’élève à 120 milliards d’euros. Il
est donc plus que temps d’agir, pour des raisons tant sanitaires
qu’économiques. C’est le système solidaire d’assurance maladie qui est
lui-même en danger.
La France a signé les deux déclarations adoptées par l’Assemblée
générale de l’ONU sur l’épidémie de maladies chroniques, en septembre
2011 (« Principal défi pour le développement durable en ce début de XXIe
siècle ») et en septembre 2018 (« D’ici 2030 : diminution de la
mortalité prématurée par maladies chroniques de 30 % et arrêt de la
progression de l’obésité et du diabète »), mais sans leur donner une
suite concrète.
L’épidémie du Covid-19 est la conséquence d’une politique de gestion
du système de soins purement financière, de la mondialisation qui
favorise la circulation des virus, de la déforestation qui les met en
contact avec les humains, mais c’est aussi la conséquence de la
faiblesse de la politique de santé environnementale. Les grandes causes
sont connues : alimentation ultra-transformée, sédentarité, pollution de
l’air et contamination chimique, mais aussi plus largement urbanisme
pathogène qui a produit les autoroutes urbaines et une ville minérale,
pauvre en espaces verts. Cette situation risque de s’aggraver avec la
crise climatique. Lutter contre les passoires thermiques sans s’attaquer
à la pollution intérieure aggravera le coût sanitaire.
Il est temps de
considérer la crise sanitaire comme la quatrième crise écologique au
même titre que celles touchant au climat, à la biodiversité et à
l’épuisement des ressources naturelles.
André Cicolella Président du Réseau environnement santé.

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