Tyshka Rostov
Le gouvernement montre plus que jamais dans sa gestion de la crise,
quelles sont ses priorités.
Le plan de relance « à la Macron » consiste
d’un côté à vanter les bienfaits des baisses de salaires pour sauver
l'emploi (tout en subventionnant les licenciements dans l'automobile ou
l'aéronautique), de l’autre, d’aider les entreprises en supprimant un
impôt de productivité.
Taxer les plus pauvres et sauver les grandes entreprises. Voilà sans
surprise le cap que tient Macron pour faire face à la crise économique
majeure que nous vivons depuis la pandémie. En effet, interrogé sur le
plateau de TF1
ce 14 juillet à propos de l’APC (l’Accord de Performance Collecttive)
signé dans la filiale Derichebourg Aeronautics à Toulouse (contre lequel
les salariés ont mené une lutte exemplaire),
Macron tient ses positions : au nom du maintien de l’emploi, il se dit
favorable à la baisse des salaires que mettent en place certaines
entreprises grâce à ces accords de performance, imposés le couteau sous
la gorge. Il se dédouane ainsi en ne l’imposant pas mais en donnant très
clairement son aval aux entreprises sur cette méthode. Ce dispositif
est déjà enclenché dans plusieurs entreprises, sous la forme d’APC,
comme à Derichebourg Aero, ainsi que dans un florilège d’entreprises de
sous-traitance d’Airbus. Les APC, consistent à précariser les salariés
en remettant en cause leur contrat de travail tant sur la rémunération,
que le temps de travail ou encore la mobilité, tout ça sous le même
prétexte : il faut « faire des efforts ». "Pour notre pays, je préfère qu’il y ait des salaires qu’on doit baisser momentanément plutôt qu’il y ait des licenciements"
dit Macron. Cet argument n’est même pas valable, puisqu’une baisse de
salaires aujourd’hui n’est pas incompatible avec des plans de
licenciements à la rentrée. Aujourd’hui on dit aux travailleurs « si
vous voulez gardez votre emploi, acceptez la baisse de salaire » et
demain, ces mêmes salariés pourront subir des vagues de licenciements.
Le patronat cherche simplement à garantir ses marges (voire à les
augmenter) en profitant de la crise pour mordre partout où il peut !
Pour prendre l’exemple du patronat aéronautique, qui s’est gavé depuis
des années mais se prétend aujourd’hui en crise, personne n’est assez
naïf pour croire qu’il n’y aura pas une nouvelle bonne raison pour ne
pas remonter les salaires ou les primes à leur stade antérieur, une fois
la baisse "momentanée" passée. Macron semble avoir conscience de ça et
prend des pincettes en disant "Ça ne doit pas prendre la forme d’un
chantage. [...] Quand il y a de la peur dans un pays, le dialogue social
a une valeur inouïe parce que ça permet de mettre des gens autour d’une
table". Comme d’habitude, chaque sujet qui grince est résolu par le gouvernement Macron par l’argument ultime du « dialogue social » et l’invitation à la collaboration de classe.
En période de crise, la baisse des salaires est une stratégie commune
utilisée par la bourgeoisie et les gouvernements. Sous prétexte qu’il
faut à tout prix préserver les emplois, ils revêtent leur vernis social
en conseillant à tout le monde de faire des efforts en ces temps de
crise, et en brandissant l’argument de l’unité nationale. Comme si les
salariés étaient des héros de la nation pour sacrifier contre leur gré
une partie de leur salaire au profit de leurs patrons. Pourtant, ce
n’est pas aux travailleurs de payer cette crise, et le gouvernement
ainsi que les grands patrons ont suffisamment accumulé d’argent dans
leurs poches pour empêcher des baisses de salaires et des licenciements.
Mais pour eux, cela voudrait dire arrêter la course au profit.
Et si la crise permet de justifier des attaques contre les
travailleurs, elle permet aussi de faire de substantiels cadeaux aux
patrons. C’est bien pour ça que Bruno Lemaire, ministre de l’Economie, a
annoncé, une énième fois, ce jeudi à Matignon vouloir aider le
patronat. En France, les entreprises sont soumises à des impôts
directement prélevés sur les bénéfices ; et à des impôts sur la
production, qui ne dépendent pas des bénéfices. La Cotisation sur la
Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE) fait partie du deuxième cas. Dans
le cadre du plan de relance, Bruno Lemaire dit vouloir instaurer une « baisse significative » de la CVAE, un impôt de production perçu notamment par les régions. Selon lui c’est « l’impôt qui pèse le plus sur les entreprises ».
Il s’agirait alors d’une baisse de 10 milliards d’euros. C’est une
baisse conséquente si l’on prend en compte que le produit annuel de ces
impôts représente environ 70 milliards d’euros.
Le budget des régions est directement dépendant de cet impôt versé
par les entreprises, les élus régionaux sont donc très mitigées sur ce
sujet. Renaud Muselier, le président LR de l’association Régions de
France, s’oppose formellement à toute baisse ou suppression de la CVAE.
Dans une interview pour les Echos
il affirme « C’est presque un tiers de nos recettes. On ne peut pas
parler de relance et assécher nos ressources. ». À moins que ce ne
soient les caisses de l’Etat qui se vident pour le renflouer, dans tous
les cas de l’argent public aura été laissé dans les mains du patronat.
Pendant que Macron clame sur les plateaux que les travailleurs déjà
précaires doivent voir leur salaire diminuer, les grandes entreprises
voient leurs impôts baisser. Face à cette gestion capitaliste de la
crise, nous devons nous organiser. Nous ne devons accepter, ni
licenciement, ni baisse de salaire !
Les salariés sont ceux qui ont déjà
supporté la crise du Covid et maintenu l’économie à flot, ce n’est pas à
nous de payer la crise !

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