Claude-Marie Vadrot
Les 200 incendies en cours en Yakoutie, dont la capitale s'effondre irrésistiblement, menacent le monde entier.
Iakoutsk, la capitale de la Yakoutie, désormais connue sous le nom de
République de Sakha, la plus vaste de la Russie, est périodiquement
envahie depuis bientôt deux semaines par des fumées qui pénètrent dans
les maisons, les bureaux et tous les locaux des administrations. Ses
320.000 habitants ne savent plus où se réfugier. D’autant plus qu’en été
il n’existe pas de route menant à Moscou, située à 1.700 kilomètres, et
que toute la région est ravagée par environ 200 incendies dont la
plupart sont désormais hors de contrôle de la centaine de pompiers qui
tente en vain de limiter les dégâts.
Les feux se développent dans une région qui vient de connaître une
vague de chaleur qui a souvent approché les 40°C. Une situation météo
qui devrait se maintenir au-dessus d’une température de 30°C pendant au
moins une semaine, dans les zones qui ne sont pas (encore) touchées par
les incendies. Ces derniers contribuent d’autant plus à la forte poussée
du thermomètre que près de 400.000 hectares sont abandonnés au feu,
faute de personnels et de moyens matériels.
La situation est d’autant plus inquiétante que les feux se propagent
sous terre, dans le permafrost, et peuvent resurgir au loin sans qu’il
soit possible de deviner où. À plusieurs reprises, non loin de la
capitale sibérienne, des pompiers et des volontaires positionnés contre
un front de feux ont failli être pris au piège d’un autre incendie
surgissant du sol dans leur dos alors que les rares petits avions
d’observation n’avaient pas pu les repérer au milieu des fumées que les
vents et les tourbillons de chaleur font brusquement changer de cap.
Ce désastre en cours illustre ce que les spécialistes affirment
depuis des années : les zones arctiques se réchauffent largement plus
vite que le reste de la planète, et ce réchauffement s’accélère chaque
année. Ce qui remet en cause la survie de la taïga et de la toundra et
de toute la faune et la flore qui la peuple. Cette catastrophe encore
plus puissante que les années précédentes remet également en cause la
présence humaine et les installations industrielles, minières et
pétrolières qui se sont développées depuis des dizaines d’années dans
cette Sibérie du Nord. Enfin ces incendies, dont nul ne répertorie les
victimes, remettent en cause l’existence et la vie des petits peuples
qui tentent déjà de survivre sur ce territoire avec leurs modes de vie
traditionnels.
Des villes s'effondrent
Il suffit de répertorier dans la capitale, le nombre d’immeubles à
demi écroulés ou de maisons en train de disparaître dans le permafrost
qui fond, pour comprendre que la présence humaine est menacée à moyen
terme. À Iakoutsk la moitié des constructions sont touchées et à
Norilsk, une ville de 180.000 habitants, 60% des immeubles sont
endommagés, une bonne centaine étant définitivement inhabitables. Tout
simplement parce que toutes les habitations et toutes les installations
industrielles ou pétrolières ont été conçues et bâties pour (et sur)un
sol stable qui n’existe plus. Ainsi s'explique, par exemple, pourquoi un
énorme réservoir de 21 000 tonnes de fuel (prés de Norilsk) s’est
brusquement effondré au mois de mai, envoyant son contenu vers la mer.
Autres conséquences : les incendies du mois de juin ont déjà envoyé
une centaine de mégatonnes supplémentaires de CO2 dans l’atmosphère et
une quantité encore incalculable de méthane alors que ce gaz est encore
plus nocif pour le réchauffement que le gaz carbonique.
C’est loin, la
Sibérie et le seigneur du Kremlin fait tout pour minimiser ce qui s’y
passe alors que s’y joue plus que jamais le sort de l’évolution du
dérèglement climatique et des prudentes prévisions de la communauté
internationale.

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