Tyshka Rostov
En 2012, le policier Damien Saboundjian tire quatre fois dans le dos
d’Amine Bentounsi, un jeune homme de 29 ans, entraînant sa mort.
Le
policier est renvoyé devant une cour d’assises, puis condamné en appel à
cinq ans de prison avec sursis, interdiction du port d’arme jusqu’en
2022.
Aujourd’hui, Damien Saboundjian est non seulement toujours en
poste, mais vient aussi de devenir délégué syndical Unité SGP Police
(FO).
Amine Bentounsi, 29 ans, meurt en 2012 tué par un policier d’une
balle dans le dos, alors qu’il était en fuite. Suite à cela, le policier
grenoblois, Damien Saboudjian, est jugé devant une cour d’assise, où il
est d’abord acquitté. Puis, le 10 mars 2017, il est condamné en appel à
Paris, à cinq ans de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de
port d’arme pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans
intention de la donner ». Pour cela, il est interdit de port d’armes
jusqu’en 2022 (soit 5 ans). Une peine bien légère si on compare à la
répression judiciaire qui s’est abattue sur les Gilets jaunes, où du
ferme a été distribué à la volée ! Par ailleurs, cette affaire est déjà
en soi exceptionnelle ayant conduit à... un procès !
Mais une faille judiciaire permet tout de même au policier d’exercer
ses fonctions en tant que policier. La cour d’assise n’a rien prononcé
sur une interdiction professionnelle. S’il faut un casier vierge pour
entrer dans la police, rien n’indique qu’on ne peut pas en avoir un au
cours de sa carrière. L’institution de la police est totalement
indépendante de la justice sur ce sujet, c’est à dire qu’il est de son
bon vouloir de suspendre ou non le policier en question de ses
activités, ce qui n’a pas été le cas pour Damien Saboudjian. La
direction générale de la police nationale (DGPN), rappelle que le
policier a été « suspendu par décision hiérarchique pendant près de deux
ans » mais à titre conservatoire, alors qu’il n’avait pas encore été
jugé, et non par sanction disciplinaire. Cela prouve bien l’impunité de
la police qui s’explique par son indépendance vis à vis de la justice.
Selon Médiapart,
le syndicat Unité SGP Police a d’ailleurs qualifié sa condamnation d’
« un acte de défiance des magistrats à l’encontre des policiers », le
syndicat avait appelé à une manifestation « contre le manque
d’objectivité de la justice ».
Loin de perdre son emploi, ses collègues ont soutenu sa cause en
plaidant corps et âme « la légitime défense » - argument que la justice a
écarté. Avant le confinement, il a même été élu délégué syndical, avec
le soutien inconditionnel de ses collègues. Déjà délégué syndical avant
l’affaire, il a de nouveau été désigné de manière consciente de la part
du syndicat, comme un symbole martyr de la « haine anti-flic ». Selon
Médiapart, Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité SGP (Force
Ouvrière), ne s’en cache pas : « Mieux que quiconque, il incarne la défense du policier, parce qu’il sait de quoi il parle. » Il assume avoir personnellement « piloté » Damien Saboundjian vers ce poste de délégué.
Amal Bentounsi, la sœur de la victime qui a depuis crée le collectif
« Urgence notre police assassine », citée par Mediapart, s’indigne du
fait que le policier soit encore en fonction et puisse être désigné si
facilement délégué syndical : « Cette nomination est extrêmement
choquante. C’est un énième crachat, une provocation, un pied de nez
inadmissible aux familles de victimes qui réclament la justice. C’est
une prise de position, une attaque même... on ne peut la prendre que
comme ça. Ils l’ont nommé délégué syndical alors même qu’il a été
condamné pour avoir tué mon frère d’une balle dans le dos. Ils envoient
un signal très clair : ils se protègent les uns les autres, quoi qu’ils
fassent, et pour eux, les vies de nos frères ne comptent pas. Déjà que
la condamnation, arrachée après des années de lutte, n’était pas à la
hauteur du crime, mais alors là, c’est l’expression d’une impunité
organisée et assumée. » dit-elle dans Médiapart.
Voilà le message que l’on fait passer aux familles des victimes, aux
victimes elles-même ou aux futures victimes : tu peux te faire tuer par
la police, mais le meurtrier continue d’exercer sa fonction, de gagner
son salaire, et même d’être délégué syndical. Un symbole pour assumer
cet acte, le revendiquer comme légitime au sein de la police. Un moyen
de propager cette méthode à ses collègues en la revendiquant, et en la
légitimant, voire l’incitant, pour les fois prochaines.
Difficile de parler de brebis galeuse, quand les supposés " mauvais
éléments " sont élus comme représentants par leurs collègues ! Une
démonstration de plus que le problème des violences policières et du
racisme ne concerne pas un individu mais bien toute l’institution. Cette
affaire rappelle également l’urgence qu’il y a à ce que les syndicats
de flics soient exclus des confédérations. Les syndicats de policiers
sont des organisations réactionnaires qui servent à maintenir l’impunité
et à revendiquer le droit de tirer dans le dos des jeunes des classes
populaires. La police n’est pas du côté du côté du mouvement ouvrier,
elle protège l’Etat, la propriété privée, les riches et opprime au
quotidien les classes populaires.
Les organisations ouvrières doivent
rompre une fois pour toutes avec les forces de répression : nos syndicats n’ont rien à faire dans la police, la police n’a rien à faire dans nos syndicats !

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